Art + liberté = ploutocratie ?

Peu après les émeutes qui ont marqué la lutte de l’Action française contre « le juif déserteur » Henry Bernstein, fin février et début mars 1911, Maurras revient sur l’événement. Ou plutôt il cherche à en tirer la leçon la plus générale : c’est le sens de cet article du 9 mars 1911 intitulé « Ploutocratie et liberté ». Continuer la lecture de « Art + liberté = ploutocratie ? »

La préoccupation sociale à vingt ans

Le texte que nous vous proposons aujourd’hui est un texte de jeunesse paru dans La Réforme sociale en 1888, « La bienfaisance à Paris ». Le jeune Maurras a écrit quantité d’articles, et beaucoup comme cette « bienfaisance à Paris » débordent un peu la sèche fiche de lecture dont un autre se serait peut-être contenté pour rendre compte d’un ouvrage comme Paris bienfaisant de Maxime du Camp — l’ami de Flaubert devenu un sage et vieil académicien. Continuer la lecture de « La préoccupation sociale à vingt ans »

La préface du Venin

La première édition du Chemin de Paradis fut publiée chez Calmann-Lévy en 1895. La préparation de l’ouvrage et son impression ont dû prendre un certain temps, car la préface, dédiée à Frédéric Amouretti, est datée de mai 1894.

Bien que le recueil de Contes qu’est Le Chemin de Paradis ne soit pas la toute première publication de Charles Maurras, celui-ci le présente dès le début de cette préface comme « mon premier livre ». Il est vrai que Théodore Aubanel (1889) et Jean Moréas (1891) peuvent être considérés comme de simples brochures. Mais la vraie raison n’est sans doute pas là. Continuer la lecture de « La préface du Venin »

Vestiges et instruments de nos passions déréglées

La découverte des ruines de Troie, les progrès de l’ethnologie et de la psychologie, les travaux de Pasteur, les observations de Darwin et bien d’autres nouveautés ont profondément marqué la vie intellectuelle de la fin du dix-neuvième siècle, cette période est celle où le jeune Maurras curieux de tout lit, étudie, on pourrait dire dévore tout ce qui se publie, s’imprègne de tout ce qui se pense et se compose peu à peu sa propre synthèse, tant politique et anthropologique que spirituelle.

Ce sont des années où les courants de pensée naissent, s’hybrident, s’entrechoquent dans une sorte de tintamarre bien éloigné de notre actuel et morne consensus. La place de l’homme dans le monde, dans l’Histoire, dans la société ou devant Dieu est alors au centre de toutes les spéculations. L’eugénisme et le racialisme se déploient avec une bonne conscience qui figerait d’horreur nos modernes Pharisiens, d’autant que ces sentiments ne s’opposent pas forcément au socialisme ou du moins au progressisme social, de même que scientisme et occultisme savent aussi à l’occasion faire un étrange bon ménage.

En février 1897, lors de son voyage à Florence, Maurras rencontre l’une des figures marquantes de cette effervescence : le docteur Paolo Mantegazza, esprit universel, à la fois homme de lettres et savant versé dans quantité de sciences, correspondant régulier de Darwin, de surcroît homme politique et fondateur d’un musée qu’il fait visiter à son jeune hôte.

Maurras appellera ce musée celui « des passions humaines » car on y découvre tout un bric-à-brac d’objets témoins et instruments de ce que les sociétés humaines ont pu montrer de fureur, d’emportement, de vices et de cruauté. Une sorte de musée des « arts et traditions populaires » tourné vers le tragique dont Mantegazza semble attendre qu’en sortent, d’elles-mêmes, les clefs de la compréhension de la nature humaine. Continuer la lecture de « Vestiges et instruments de nos passions déréglées »

Les quatre États confédérés dans le Midi

Les « quatre États confédérés » sont l’une des formules qu’on retient volontiers de Maurras. Nous vous avons déjà présenté un texte de 1905 qui offre sans doute la meilleure synthèse des vues de Maurras sur ce sujet controversé. Nous vous proposons aujourd’hui Le Midi Esclave, qui aborde le même sujet dès 1903, 1907 pour sa reprise dans la revue L’Action française.

Car cette idée des quatre États confédérés, d’où est-elle venue à Maurras ? La question est d’autant plus importante qu’on y voit facilement, une certaine bien-pensance actuelle ayant tout imprégné et étant devenue dominante, une sorte de manie, de fixation incompréhensible, de persévérance malsaine chez Maurras à parler d’un sujet aujourd’hui regardé comme une grossièreté inconvenante. Continuer la lecture de « Les quatre États confédérés dans le Midi »

La servitude est abolie, chères ombres !

Ainsi parla Mercure, annonçant aux esclaves rassemblés aux Enfers que, là bas, dans le monde visible, la Liberté régnait désormais. Et ce, sur toute l’Humanité, anciens esclaves compris. La Liberté, c’est être le seul maître de soi, ne dépendre de personne…

Les esclaves ont reçu le gouvernement de leur âme. Ils ne sentent plus d’autres jougs que ceux de vivre et de mourir. Ils disposent de tout leur cœur.

Et il ne tient qu’à vous, ajoutait-il, de jouir de ce bienfait inestimable. Je vous offre la coupe du Léthé qui vous permettra de revenir dans le monde des vivants.

Mais les esclaves que Maurras met en scène dans son conte des Serviteurs refusent cette faveur. Ils ont retrouvé aux Enfers leur maître bien aimé. Certes, celui-ci savait parfois se montrer cruel. Mais qu’il était doux et simple de se reposer sous son autorité ! Le seule idée de devoir apprendre à se gouverner soi-même leur apparaît insupportable. D’autant qu’ils imaginent avec clairvoyance toutes les dérives de la société démocratique. Mercure en convient volontiers, et repart avec sa coupe. Les Ombres sont restées chez les Ombres. Continuer la lecture de « La servitude est abolie, chères ombres ! »