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Archives pour janvier 2007

Coquilles, pâtés et boulettes

Mardi 30 janvier 2007

Il reste toujours des fautes.

D’abord parce que c’est une fatalité : bien malin le correcteur qui pourrait jurer sous les peines les plus sévères qu’il a tout corrigé.

Ensuite parce que ces textes de Maurras demandent beaucoup de lectures et relectures successives : pour évaluer le texte — est-il entier ? quelle édition est-ce ? — ensuite pour relire la production de l’OCR, puis pour mettre en forme, puis relire une nouvelle fois pour traquer les fautes que l’on espère les dernières… Or, on relit toujours d’autant moins bien un texte qu’on l’a déjà lu auparavant et qu’on en connaît la teneur, car la mémoire a tendance à suppléer le regard.

N’hésitez donc pas, si vous découvrer des erreurs ou des coquilles dans nos textes, à nous le signaler par mail. Et régulièrement retéléchargez les textes : il y a de fortes chances que quelques jours ou quelques semaines après la mise en ligne, l’une ou l’autre faute qui restait bien cachée aura été corrigée.

Une courte notice de 1894

Dimanche 21 janvier 2007

Tirée du numéro 136 de la Plume (15 décembre 1894, p. 518-519), la courte notice suivante ne peut figurer parmi les œuvres de Charles Maurras, elle n’a ni l’originalité ni les dimensions qui lui permettraient cette ambition. Elle a néanmoins son intérêt ; si Une Passade est un peu oubliée, Henry Gauthier-Villars, alias Willy, ne l’est pas : c’est bien le Willy qui épousa Colette puis signa plusieurs de ses ouvrages à défaut de les écrire, qui fut un journaliste brillant et un critique musical ou dramatique aussi avisé que féroce.

Bibliographie

Une Passade

Notre collaborateur et ami Henry Gauthier-Villars vient de publier chez Flammarion un petit chef-d’oeuvre, cette Passade qu’il a signée de son pseudonyme habituel et déjà plus qu’a demi célèbre de Willy.

Nous ne parlerons pas de Willy. Willy, ce joli nom correspond dans l’esprit des lecteurs à des images parfaitement arrêtées et d’une netteté entière. Les directeurs de journaux disent déjà aux débutants « Faites nous du Willy » comme ils demandaient du Janin il y a cinquante ans. Mais Willy vaut mieux que Janin, et Janin n’a d’ailleurs jamais écrit Une passade, ni rien qui vaille ce charmant poème de l’Amour-Esclave.

Une Passade est, d’ailleurs, d’un Willy tout neuf, d’un Willy en profondeur, si j’ose ainsi parler. On le connaissait et on l’admirait pour l’agilité de ses sautillements, pour les vastes espaces de pensées qu’il courait en un clin de phrase, en un tour de main, en rien de temps, le nombre de secondes indispensables à la sommaire indication d’un bon calembour. Des calembours métaphysiques, des calembours moraux, Willy en fourmillait dans ses moindres cartons. Mais voici que le moraliste intégral se démasque, et le métaphysicien pur nous apparaît dans !es pages d’Une Passade.

Ne riez pas. Il y a là une métaphysique, courte et bonne, d’une des passions essentielles de l’amour, qui, sans conteste, est l’habitude. Il y a une description de l’intérieur (très peu meublé, je le concède, mais la faute n’en est nullement au peintre, à Willy) d’une âme de petite femme.

Puis les jolis paysages de Montmartre ! Les tendres croquis d’anarchistes au café et, par dessus tout, la belle charge (elle était devenue nécessaire), de la jeune grue littéraire coiffée en Botticelli, allongeant des yeux de Lippi, discutant de perversité et de magnificence, et, pour couronne, se distribuant en récompense aux esthètes les mieux aimés des Muses les plus absconses.

Charles Maurras

Un jugement de Maurras sur Verlaine

Vendredi 19 janvier 2007

Nous poursuivons notre exploration de la revue la Plume : la mort de Verlaine en janvier 1896 avait précédé de peu une vaste réunion poétique, qui se transforma bien vite en hommage et en élection du plus grand des successeurs.
À cette occasion la Plume fit paraître l’avis de quantité de poètes, certains considérables — Mallarmé, Heredia, Moréas… — et d’autres bien oubliés. Parmi les avis, celui de Charles Maurras est critique envers Verlaine en qui il voit surtout l’exténuation finale de la révolte romantique entamée par Hugo. Cela lui donne l’occasion d’opiner pour Moréas comme le vrai grand poète du temps, restaurateur d’un certain classicisme.

Macchus échappé des Atellanes

Mercredi 17 janvier 2007

Mon cher Deschamps,

Votre collaborateur M. Adolphe Retté, dans la Plume du 15 février dernier, mêle mon nom à de plates bouffonneries. Dites-lui, je vous prie, qu’il a perdu son temps : il ne m’a pas donné le sujet ni l’envie de m’intéresser à ses livres.
La première agression qu’il se permit à mon égard lui ayant été fructueuse, M. Adolphe Retté a cru sans doute qu’il pourrait réaliser indéfiniment le même profit. Il s’est trompé. Ces beaux calculs ne réussissent qu’une fois. Je vous prie de l’en informer.
Et je vous serais reconnaissant encore, mon cher Deschamps, de publier ces lignes à la place où mon nom a paru dans la Plume.
Cordialement à vous,

Charles Maurras.
Paris (7, rue Guénégaud) 17 février 1895.

Décidément Retté avait mauvais caractère et n’avait pas pardonné les critiques de Maurras sur son Thulé des brumes trois ans plus tôt.

Qu’avait donc écrit Retté dans le numéro du 15 février 1895 pour que Maurras envoie cette lettre à Deschamps, directeur de la Plume, en lui demandant de l’insérer dans le numéro suivant ?

Il avait employé quelques termes peu amènes, encore aggravés par le début de son article Chronique des livres consacré en partie aux Figures Contemporaines de Bernard Lazare. Qu’on en juge plutôt :

[Nous ne donnons pas une assez longue citation de B. Lazare] Il m’a plu de placer en tête de ma chronique ces lignes prises à la préface de M. Bernard Lazare. Elles résument fort bien la pensée de quiconque écrit ce qu’il pense, au mépris des cénacles gémissants. Oui la haine est bonne et bonne aussi la fustigation des veules de « l’Art pour l’Art », cette absurdité au nom de laquelle se tripotent tels pleurnicheurs incapables d’un sentiment violent. Il est vrai que le souci d’exprimer droitement sa pensée suscite des malveillances… Qu’importe ?… Qu’importe encore si, parmi cette petite caste bourgeoise qu’il sied de dénommer la gent de lettres, maints baveux répondent aux arguments pressants par la calomnie ? Lorsque ces déjections proviennent de quelques Gitons lécheurs de chers Maîtres, de quelques mauvais clairs de lune exhibant leurs grâces en chemise de soie rouge sur les trottoirs de la Cité Inférieure, le coup de pied au cul qui rappellerait à ces Ganymèdes des jouissances habituelles, est superflu — le mépris suffit. Pour ceux qui se fâchent par procuration, une solide mornifle sur le muffle du messager est tout indiquée.

[…]

D’autre part je ne partage pas tout à fait l’opinion de M. Bernard Lazare sur M. Moréas, S’il « farde Lydia, Chloris et Lycé », s’il « fait soupirer ces amantes défuntes en des poèmes que le Limosin rencontré par Parnuge n’eût pas écrits peut-être mais qu’il n’eût certainement pas dédaigné », s’il se donne le ridicule d’octroyer, par firman spécial, la faveur à ses thuriféraires de s’intituler « les plus humbles de ses disciples », enfin, s’il mène à sa suite — sans doute pour s’en égayer — ce Macchus échappé des Atellanes, ce Πλατύστομος qui a nom Charles Maurras, M. Moréas n’en a pas moins écrit de fort beaux poèmes et qui resteront. Ériphyle même contient des vers de haute valeur.

On conviendra que ce n’était pas très gentil.

Lazare écrit à Sénèque

Lundi 15 janvier 2007

L’année 1891 est une année importante pour les rapports de Maurras et de Barrès. Nous avions déjà publié la Vision du moi de Maurice Barrès. La même année, dans la Plume qui consacre un numéro à l’éthique de Maurice Barrès, Charles Maurras publie un texte curieux.

Parmi les extraits de Barrès publiés à cette occasion, la Consolation de Sénèque le Philosophe à Lazare le ressuscité retient l’attention : c’est alors un extrait du récent Jardin de Bérénice. Maurras publie à la suite de ce texte une Réponse de Lazare le ressuscité à Sénèque le Philosophe.

Il ne faudrait pourtant pas croire ce dialogue sur un mode polémique : il s’agit bien plutôt d’un approfondissement et d’une appropriation originale des thèmes barrésiens par le jeune Maurras.