Le Lai d’Aristote Vieux thème médiéval
À mon jeune compagnon Jean Dalou, neveu du grand statuaire 1.
Quand le Grand Alexandre
De l’Inde outra le cours
Quel sage osa prétendre
Le borner en amour ?
La petite princesse
Dont les yeux sont si beaux
Bouscule la sagesse
Qu’elle pousse au tombeau :
Elle bride, elle bâte
d’œillères, de bandeaux
Le Sage à quatre pattes
Qui lui fait le gros dos.
Elle l’enfourche, et fouette
De rires, de chansons :
Il a ce qu’il souhaite
De la selle à l’arçon !
Au lai 2 qu’elle lui donne
Il trotte et va bon train.
Du suivant qu’elle entonne
Il galope au refrain.
Mais, fou de les entendre
Tournoyer dans sa cour,
S’est le grand Alexandre
Laissé mourir d’amour.
Notes
Jules Dalou (1838–1902), sculpteur naturaliste qui participa à la Commune et s’exila en Angleterre jusqu’en 1879. On lui doit notamment le Triomphe de la République place de la Nation à Paris et la tombe de Victor Noir au cimetière du Père-Lachaise. (N. D. É.) ⬆
Le Lai d’Aristote est un lai courtois, sous forme de fabliau, connu par six manuscrits des xiiie et xive siècles et dont la version la plus ancienne daterait de 1220. Il est attribué au poète normand Henri d’Andeli ou, plus récemment, à Henri de Valenciennes. (N. D. É.) ⬆