La mer, la mer, toujours ensorcelée

Le neuvième et dernier conte du Chemin de Paradis, troisième et dernier de la série des « Harmonies », n’est pas véritablement un conte, car il ne contient ni action ni personnages. C’est l’évocation d’une rupture amoureuse, déclinée en 28 chants, formant comme une suite d’hommages et d’actions de grâce à la Mer. Mais ces louanges ne sont qu’esquissées, drapées sous le fin voile de mystérieuses paraboles ; on n’y trouve rien qui ferait penser à un bruyant éclat de culte païen arrivant en finale d’un recueil dont maints commentateurs n’ont voulu retenir que les aspects anti-chrétiens. Continuer la lecture de « La mer, la mer, toujours ensorcelée »

La première Provence de Charles Maurras

La Provence occupe une grande place dans l’œuvre de Charles Maurras. Des textes de jeunesse ont été repris dans divers recueils et dans plusieurs livres d’art. Mais il s’agit pour l’essentiel d’une production tardive ; Anthinéa paraît en 1901, L’Étang de Berre en 1915, Les Vergers sur la Mer en 1937, les éditions d’art ensuite. Ainsi, nombre d’articles publiés au cours des années 1890, en général dans la Gazette de France, ne seront connus du public que longtemps après.

Nous publions aujourd’hui les premiers d’entre eux, ceux qui sont repris dans la dernière partie d’Anthinéa, après les chapitres sur la Grèce, l’Italie et la Corse. Ils sont au nombre de cinq, quatre petites notes de voyage et un texte plus charpenté, plus politique, qui préfigure, et même contient déjà en résumé, tout le combat que Maurras mènera au long de sa vie, l’Ordre contre le désordre, le classicisme contre le romantisme. Continuer la lecture de « La première Provence de Charles Maurras »

L’union des latins

L’union des peuples latins n’a plus aujourd’hui aucune actualité ni aucune expression, qu’elle soit institutionnelle ou pas. Ce thème a complètement disparu des journaux et des réflexions. Bien plus : le concept d’une race latine comme pouvait le manier Maurras en 1922 a définitivement fait naufrage avec la Seconde Guerre mondiale ; il est devenu informulable, a fortiori ne peut-on en débattre dans le champ politique.

Dans les faits mêmes, constate-t-on une proximité quelconque entre l’Amérique du sud, l’Espagne, l’Italie, la France, le Portugal et la Roumanie ? Il n’y a ni préoccupations communes, ni expression d’une unité quelconque. Là où le monde anglo-saxon semble avoir un peu mieux résisté, où l’Allemagne semble retrouver une arrière-cour en Europe centrale, alors que d’autres régions du monde trouvent des pivots plus ou moins forts, la vaste vision que nous trace Maurras dans la préface de 1922 à La Fin de l’empire espagnol d’Amérique de Marius André, cette vaste fresque de la latinité vivante nous semble bien éloignée. Continuer la lecture de « L’union des latins »

Que la République est une aristocratie manquée

Caricature de Churchill AF 1er nov. 1924
En 1923-1924, années électorales, Churchill change de parti, passant des libéraux aux conservateurs (AF du 1er nov. 1924).
Nous avons déjà eu l’occasion de dire, reprenant une formule de Maurras qui ne pouvait à son tour penser qu’à Lucrèce, que la politique maurrassienne se fondait ultimement sur « la nature des choses ». Principe presque paradoxal s’agissant de théorie politique, de ce que certains auraient peut-être taxé un peu vite d’idéologie.

Mais au juste qu’est-ce que cette nature des choses ? comment un principe aussi insaisissable et divers dans ses manifestations historiques et empiriques doit-il être compris ? Continuer la lecture de « Que la République est une aristocratie manquée »

Les déclarations de lord Balfour

« Les choix des foules, ceux des assemblées se portent uniformément sur des artisans de parole. Les uns sont honorables. Beaucoup et trop ne le sont pas. »

En 1921 déjà l’on parlait du désarmement. Et déjà c’était à coups de bons sentiments éloquents, d’intentions à coup sûr généreuses, mais aussi de paralogismes qui faisaient peine à entendre. Maurras a beau jeu de souligner le caractère incohérent des paroles de lord Balfour, personnage dont on se souvient essentiellement aujourd’hui à cause de sa déclaration de 1917 en faveur d’un foyer national juif en Palestine, tentative qui posa elle aussi de nombreux problèmes dont nous ne sommes pas entièrement sortis en raison de la politique louvoyante du gouvernement anglais, qui cherchait à ménager et les communautés juives sionistes et les Arabes de Palestine.

Que reproche donc Maurras au désarmement dans cette Politique du 11 septembre 1921, quand il souligne les erreurs de Balfour ? Continuer la lecture de « Les déclarations de lord Balfour »