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1933

Une préface à Platon

par Nicolas le 16 novembre 2009

mosaique-academie-platon-352px Sans être familier pour le grand public, le nom de Léon Robin (1866–1947) reste connu des philosophes et des hellénistes : outre un Platon qui est une bonne introduction, il a signé, parmi quantité d’autres livres, un ouvrage resté un classique sur La Pensée grecque et les origines de l’esprit scientifique. Il fut également l’un des traducteurs importants de Platon en français, et le centre de recherches sur la pensée antique, en Sorbonne, porte le nom de Centre Léon Robin.

L’Amitié de Platon fut précisément écrite par Maurras pour préfacer un volume de ces traductions de Platon : celle du Banquet suivi du Phédon, en 1933.

Cette Amitié a en outre paru à part dans la Revue universelle des 1er et 15 février 1933, puis sous forme de plaquette, puis comme livre d’art en 1936, enfin dans le recueil Les Vergers sur la mer en 1937.

Après guerre, le nom de Maurras deviendra encombrant pour les éditeurs, et l’on ne verra plus ce texte servir de préface aux traductions de Léon Robin, qui seront elles rééditées à de très nombreuses reprises ; les œuvres complètes de Platon dans la collection de la Pléiade sont encore aujourd’hui « traduites, présentées et annotées par Léon Robin ».

Le texte est révélateur de ce que Maurras, que l’on pourrait sans doute tirer sans trop de scrupules du côté de la philosophie politique ou morale, n’est cependant pas un philosophe : sa lecture de Platon reste celle d’un humaniste — certes distingué, les citations multipliées le prouveraient s’il en était besoin — ou d’un honnête homme excellemment formé dans la seconde moitié du XIXe siècle. C’est que son attention n’est pas attirée par les articulations fines des concepts platoniciens : Maurras procède par les articulations larges et parfois lâches du texte, plus proche en cela de Victor Cousin ou de Sainte-Beuve que de Léon Robin qu’il préface. Encore faut-il préciser qu’il n’était sans doute pas lui-même mécontent de ce qu’en procédant ainsi plus par les conclusions platoniciennes que par l’étude de l’élaboration proprement philosophique d’une pensée, il ne se livrait pas à une démarche philosophique : Maurras n’a jamais prétendu être métaphysicien, et il est sans doute révélateur qu’il ait préfacé le Phédon et le Banquet, non le Parménide ou le Philèbe.

Aussi on n’en sera pas étonné : c’est essentiellement à l’influence platonicienne, à sa réception et à ce qu’elle produisit dans l’histoire intellectuelle de la France que Maurras est sensible ; le tableau historique qui remplit les premières parties du texte le montre clairement, la suite le dit d’une autre manière, qui parle à grands traits, à propos du Banquet, des conceptions platoniciennes de l’amour : n’y voit-on pas Auguste Comte et Clotilde de Vaulx convoqués au détour d’un paragraphe ?

Enfin il faut remarquer à l’occasion de ce texte l’approche de l’homosexualité par Maurras : sans doute il la condamne et la voit comme une tare, fidèle en cela aux enseignements sexuels hygiénistes du dix-neuvième siècle. Cependant, il faut souligner que contrairement à certains hellénistes ou érudits du moment, il ne la dissimule pas, et ne se dissimule pas la difficulté qu’elle représente dans sa vision de Platon. Si la solution trouvée par Maurras, qui revient à voir dans Platon et sa réflexion sur l’amour une préfiguration du catholicisme marial via les grandes figures féminines de la littérature occidentale, nous paraît aujourd’hui un peu naïve dans sa position toute a posteriori et son manque de problématisation, l’effort fait pour passer de la difficulté que lui pose l’homosexualité dans sa lecture des textes à une solution qui ne revient pas à balayer le problème sous le tapis est porteuse d’une certaine modernité, même si cette modernité n’est en partie plus la nôtre. Elle est en tous cas éloignée du discours académique embarrassé et puritain, voire simplement négateur de l’homosexualité antique, qui était alors courant.


Tony Kunter nous présente et nous résume un ouvrage qui reste intéressant et important bien qu’il date des années trente : French Royalist Doctrines Since The Revolution, de Charlotte Touzalin Muret, paru aux presses de l’Université de Columbia en 1933.

L’ouvrage est difficile à trouver dans son édition originale, mais il en existe une réimpression chez Kessinger Publishing.

Avec une inscription gratuite à titre d’essai qui vous ouvre gratuitement l’accès au site durant 72 heures, l’ouvrage de Charlotte Touzalin Muret peut être consulté en ligne sur Questia.

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Quatre portraits

par Nicolas le 1 mars 2009

Nous vous proposons quatre nouveaux portraits de Charles Maurras :

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Ronsard, politique et poète

par Philippe le 5 janvier 2009

Maurras aura finalement assez peu écrit sur Ronsard, assez peu en tous cas eu égard à la dimension du Vendômois « Prince de poètes et poète des Princes ». Pourtant bien des analogies peuvent être trouvées entre les deux hommes : la surdité, la célébrité, la fondation d’une École, un même partage de vie entre littérature et action publique… Ajoutons-y une même passion, jamais démentie, pour les femmes, et un même attachement à l’Antiquité gréco-latine.

Ainsi Maurras écrivait-il, le 14 août 1904, dans la Gazette de France :

L’amour du grec, tel que Ronsard l’avait éprouvé, fonde un monde, ou du moins un empire, dans les lettres françaises. La poésie française avant Ronsard est une chose ; après Ronsard, elle en est une autre. Il y a là l’action sensible, glorieuse, évidente, d’une volonté de sculpteur. On voit le ciseau, le marteau, la figure imposée avec son souple et hardi mouvement, fruits certains du génie de l’homme.

Alors, comment se fait-il que Maurras n’ait pas consacré, de son vivant, un livre, au moins une plaquette, ou une simple préface, à Ronsard ? Il faudra attendre le centenaire de sa naissance pour que paraisse dans Critique et Poésie un court chapitre consacré à la Politique de Ronsard.

Critique et Poésie, préparé par Pierre Varillon, est quasiment une reprise posthume de Poésie et Vérité. Quelques textes en sont retirés, quelques autres les remplacent, dont celui sur Ronsard. Il a donc fallu attendre une tierce intervention, seize ans après la mort de Maurras, pour rendre Ronsard visible dans son œuvre critique. Encore cet article, paru dans L’Action française en deux parties, les 24–25 et 27 avril 1943, est-il constitué pour l’essentiel de reprises d’un texte signé d’Henri Longnon, paru vingt ans auparavant dans la Revue universelle sous le titre « Pierre de Ronsard et la Réforme » (tome XV, n°14 daté du 15 octobre 1923).

Là réside, peut-être, l’explication qui nous fait défaut. Nous n’avons retrouvé que peu de renseignements sur Henri Longnon ; il faudrait rechercher, dans les souvenirs, les témoignages… Mais deux choses sont certaines : il était, en son temps, avec Pierre de Nolhac, la référence universitaire incontestée des études ronsardiennes, et il était aussi un ami proche de Maurras et de l’Action française. Ce second fait explique sans doute pourquoi il est occulté aujourd’hui, et qu’aucune bibliographie récente sur Ronsard ne le cite.

Henri Longnon soutint sa thèse sur Ronsard à l’École des Chartes en 1904. Cette thèse fut publiée en 1912 et rééditée chez Slatkine (à Genève) en 1975. Il est également l’auteur d’une édition commentée en quatre volumes des poésies de Ronsard, publiée en 1923 ; enfin on retrouve sa trace en 1950 pour un ouvrage sur Les Déboires de Ronsard à la Cour.

On peut donc imaginer que, pour Maurras, le cas Ronsard était réglé ; il laissait à Henri Longnon le soin d’en parler et de l’étudier. De même qu’il ne lui serait pas venu à l’idée d’écrire sur Louis II de Bavière, domaine réservé à Jacques Bainville.

Est-ce satisfaisant ? Est-ce suffisant ? Henri Longnon était également spécialiste de Dante ; or Maurras n’a jamais cessé d’invoquer Dante, tout au long de son œuvre. Il semble en fait qu’au fond, et malgré de vigoureux éloges, Maurras ne parvienne pas à placer Ronsard au tout premier rang des poètes. Il émet des réserves : Nous en avons de plus parfaits et de plus grands… mais sans en préciser le sens ou le motif. Bref, Ronsard ne lui « plaît » pas autant que d’autres. Il va donc moins parler de son œuvre poétique que de son action politique.

Action politique qui, au terrible temps des guerres de religion, s’attache à trouver l’intérêt de la France et la réconciliation des Français ; une situation qui se retrouve en 1943, ce qui conduit Maurras à exhumer un article vieux de vingt ans, pour le reprendre à son compte et exhorter ses lecteurs à retrouver les sources du raisonnement politique de Ronsard. Mais les analogies s’arrêtent là, leur sens tourne court, car la seconde guerre mondiale ne s’est pas achevée comme les guerres de religion, avec l’arrivée pacificatrice d’un Henri IV qu’annonçait le vieux Ronsard et dont pouvait rêver le vieux Maurras…

Nous vous proposons aujourd’hui, d’abord l’article « Ronsard » du Dictionnaire politique et critique (fascicule 22, publié en 1933 ; les extraits concernés datent de 1911, 1924 et 1925), puis un extrait de La Balance intérieure (deux sonnets, composés en 1933 et 1934, et une notice explicative), enfin l’article de Critique et Poésie.

On remarquera à quel point Maurras quitte facilement le « sujet Ronsard » pour parler d’autre chose. Commente-t-il le texte d’Henri Longnon ? C’est pour évoquer, de digression en digression, la fondation de l’Action française. Visite-t-il l’exposition Ronsard ? C’est pour faire l’éloge de deux de ses contemporains, Henri Estienne et Claude Lejeune. Évoque-t-il la découverte des ossements du poète ? C’est pour glisser, par marquise de Maillé interposée, vers Les Baux de Provence. Cette distance, cette indifférence, ne peuvent pas être sans signification !

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