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1925

Quand une bonne idée ne mène à rien

par Philippe le 29 janvier 2010

Jennifer Jones en Madame BovaryQui n’a pas eu un jour, au hasard d’une lecture, d’une conversation, d’une pensée vagabonde, l’idée fugitive d’un beau principe universel éclairant les mystères du monde ? Et si ce principe, devenant central, puis devenu fonda­mental, se révèle d’une puissance et d’une portée inégalables, proposant en chaque circonstance, bonne ou mauvaise fortune, victoire ou chute, attirance ou répulsion, une explication convaincante et argu­mentée ?

Cela peut durer un moment, jusqu’à la folie de l’inventeur qui s’en est fait un système démiurgique et tente de l’imposer à l’entendement de ses semblables, ou jusqu’au trivial réveil qui dissipe les brumes d’un rêve trop bien agencé. Cela peut aussi ne jamais finir, et se métamorphoser sans cesse pour nourrir de nouvelles chimères.

Un certain Jules de Gaultier, critique et essayiste né en 1858, crut ainsi avoir trouvé la pierre philosophale dans l’œuvre de Flaubert. Du personnage d’Emma Bovary, il inventa le concept de bovarysme, le fait de se penser autre que ce qu’on est réellement, et entreprit de l’appliquer à toutes choses et en tous lieux.

Maurras commente avec une sympathie amusée ce Bovarysme publié en 1902, après un premier essai écrit dix ans plus tôt et intitulé Le Bovarysme, la psychologie dans l’œuvre de Flaubert.

À une époque où Spencer (que Maurras a étudié très jeune) s’est déjà longuement penché sur le sujet du dédoublement de la personnalité, mais où les acquis de la psychanalyse restent encore à venir, Maurras accorde à Jules de Gaultier un crédit d’estime : voilà un petit livre qui intéressera quinze à vingt personnes. Au passage, il délivre un satisfecit à l’auteur pour ses incidentes sur l’immigration : une société (la France) qui en vient à se penser à travers l’autre (les arrivants de fraîche date) cède toute entière au bovarysme et ne se maîtrise plus.

Voilà qui rejoint ce que Maurras appelle sa « théorie des Métèques ». Mais Jules de Gaultier n’en tire pas de conclusion politique ; et il dévie sur des considérations encore plus globales. Et comme qui trop embrasse, mal étreint, le « Grand Tout » se réduit à un vain petit rien, et son Bovarysme appliqué à chaque élément de l’Univers se dégonfle comme une baudruche crevée.

L’article de Maurras paraît dans la Gazette de France du 24 août 1902, et sera repris en 1925 dans le recueil Barbarie et Poésie sous le titre D’Emma Bovary au Grand Tout.

Maurras justifie ce choix dans sa Préface :

J’ai mêlé aux morceaux de critique [...] des réflexions [...] propres à élucider l’esprit de ces vieilles campagnes dont les prétextes renaissent toujours. Quelques études, fantaisies, parfois simples exercices de logique élémentaire, aideront à ce résultat, je l’espère ; qu’ils traitent du plagiat en littérature, de la longévité des membres de l’Académie française ou de l’essai de cosmologie générale qui prit pour centre une héroïne de Gustave Flaubert, la variété des points de vue successifs permettra au regard de mieux fixer l’objet.

Aimez-vous les anchois ?

par Nicolas le 26 janvier 2010

Maurras parle parfois des anchois – par exemple dans les Quatre Nuits de Provence –, et tout porte à croire que c’est un mets qu’il appréciait particulièrement, sans doute lié à des souvenirs d’enfance méditerranéenne.

Un petit texte tout anecdotique tiré de l’Almanach de l’A. F. pour l’année 1925 nous le confirme : alors qu’il s’agit de parler des pâtisseries et alors que la plupart des régions qui vont suivre présentent des pâtisseries sucrées, Maurras prend la peine de signer la recette provençale : c’est une pâte à pain abondamment additionnée d’huile d’olive et où l’on glisse des anchois. Plutôt deux douzaine, précise-t-il.

Le nom de cette recette ? La Pompe à l’huile, dont il existe une version sucrée (et sans anchois !) appelée fougasse d’Arles, qui semble être la recette la plus communément citée, de nos jours du moins.

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De la critique à l’action

par Philippe le 8 janvier 2010

Barbarie et Poésie - 1925 Après le Prologue d’un essai sur la critique (1896) et La Décadence de M. Ferdinand Brunetière (1899), nous publions aujourd’hui Critique et Action, une préface rédigée en 1924 qui vient en quelque sorte parachever et conclure les réflexions ouvertes dans les deux premiers articles.

Dans ce triptyque assemblé a posteriori, Maurras expose les principes dont doit, selon lui, s’inspirer la critique littéraire pour être à la fois pertinente et utile, tant aux auteurs qu’aux lecteurs et à la société toute entière.

Critique et Action introduit le recueil d’articles Barbarie et Poésie, qui paraît en 1925, alors que Maurras a délaissé son activité de critique depuis une vingtaine d’années. C’est donc d’abord un regard rétrospectif, une mise en perspective et un reclassement d’articles de jeunesse les plus divers, où l’on retrouve le dialogue avec Jacques Bainville Ironie et Poésie.

C’est aussi pour Maurras le lieu de justifier l’arrêt, déjà ancien, de sa production critique : en se consacrant exclusivement à l’action politique, il ne rompt pas avec son combat passé, dit-il, mais le prolonge et lui donne une autre dimension. On sera convaincu par ces arguments, ou pas ; on sait que de nombreux commentateurs ont, à l’époque, vivement regretté que Maurras ait ainsi quitté ses premières amours.

Mais Critique et Action est aussi un rappel et une remise à niveau des thèmes du Prologue, le recul du temps donnant à la condamnation du romantisme et de ses différents avatars un sens à la fois plus global et plus politique. Entre autres, Maurras récuse l’argument générationnel selon lequel on est romantique quand on est jeune et impétueux, puis l’on devient classique à mesure que l’on s’assagit avec l’âge ; non, explique-t-il, on peut être classique avec la fougue de la jeunesse et romantique avec le conformisme de la sénilité !

Sous une forme expurgée, Critique et Action reparaîtra au tome III des Œuvres capitales, en introduction du chapitre Bons et Mauvais Maîtres.

René de Marans

par Nicolas le 18 janvier 2009

René de Marans est relativement oublié aujourd’hui, bien qu’il ait été une des plumes de L’Action française. Ce n’est donc que justice de ressortir de l’Almanach de l’A. F. pour l’année 1925 ce bref hommage à son compagnon qu’y signe Charles Maurras.

Ce nous est l’occasion également d’indiquer seulement un thème auquel plusieurs textes à venir nous ramèneront :

(…) je relisais, écrit Maurras, il y a peu son rapport sur un concours d’histoire où sa plume marquait avec tant de justice et de force la tare commune de nos historiens ! Ils ont adoré, loué, salué, tous les « schismes » français, mais tous ont été insensibles et comme indifférents à la réussite de l’effort national : Gaulois au temps de César, Algibeois au XIIe siècle, Anglais au XIVe, protestants au XVIe, frondeurs et camisards au XVIIe.

Alors que la définition même de ce qu’est le pays légal a dérivé plus loin encore de ce que pouvait déplorer Maurras, et que dans le même temps ce qu’il pouvait encore appeler le pays réel a moins de substance, qui ne voit que l’on pourrait peut-être dans la France d’aujourd’hui rajouter à cette liste de schismes les royalistes ou les nationalistes eux-mêmes, dans un paradoxe qui ne serait qu’apparemment scandaleux ? Lorsque « le parti de la nation, de l’unité, du roi », ne peut plus être décrit, au moins dans les faits sinon dans le droit, que comme un schisme au sein d’un pays dont la continuation est toute nominale et où la révolution s’est institutionnalisée, où même change ce fond de la population française dont la permanence est si souvent prise par Maurras comme préalable à ses démonstrations politiques ? Envisager simplement cette question, imaginer que quelques linéaments de réponse soient présents chez Maurras, cela paraît aussi sacrilège à certains tenants d’une orthodoxie maurrassienne étroite qu’aux sectateurs d’une République qui voue Maurras aux gémonies. La simple indication d’une histoire de France du point de vue de la nation qu’aurait envisagée René de Marans, précisément distinguée par Maurras d’une histoire de France du point de vue de l’État, semble pourtant bien ouvrir à ces considérations une voie étroite mais réelle. Nous y reviendrons.

C’est aussi l’occasion de reprendre quelques dessins de l’Almanach de 1925, où l’on revenait sur les jeux olympiques de 1924.

heure du pneu bibendum

rugby olympique placuit

les anormaux malades de la piste

Et aux tristes sires scandalisés par l’évocation de ce qu’on n’appelait pas encore avec componction des jeux « paralympiques », comme à ceux qui ne supporteraient pas que les oies tricotent hors des manuels de grec ancien, on ne conseillera qu’un remède, sorti lui aussi du même almanach :

tisane pour militant sarkozyste

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Ronsard, politique et poète

5 janvier 2009

Maurras aura finalement assez peu écrit sur Ronsard, assez peu en tous cas eu égard à la dimension du Vendômois « Prince de poètes et poète des Princes ». Pourtant bien des analogies peuvent être trouvées entre les deux hommes : la surdité, la célébrité, la fondation d’une École, un même partage de vie entre littérature et action [...]

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Ni Anatole France ni Racine

18 novembre 2008

Le prétexte est en effet bien mince pour intituler ce texte Anatole France et Racine. Quiconque y chercherait une étude précise sur le sujet — l’influence de Racine sur Anatole France — ne pourrait qu’être déçu. Sans doute le livre de Gabriel des Hons dont Maurras feint de parler aborde ce sujet, mais le véritable [...]

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Prose et poésie

18 juin 2008

L’amour de Maurras pour la poésie, pour la poésie formelle, rimée, classique, est évident et il ne s’est jamais démenti.
Pourtant, loin de tout formalisme pour lui-même, la préface à la Musique intérieure nous avait déjà montré un Maurras attentif aux recherches poétiques de son temps, n’hésitant pas à tourner gentiment en dérision les exigences d’une [...]

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Un bilan de la troisième République en 1925

11 mai 2008

En 1925, la revue Le Capitole publie dans sa série « Les Contemporains » un numéro de mélanges inédits consacrés à Charles Maurras. On y trouve une quinzaine de contributions, toutes très concises, sur différents aspects de sa vie et de son œuvre. Voici la préface qu’en donne Jacques Bainville :
J’ai lu beaucoup d’études sur [...]

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Un poème de 1924

22 février 2007

Alternative, poème paru dans Le Divan en 1924. Ce poème a été repris en 1925 dans La Musique intérieure, page 264, dans la partie Les Inscriptions et les Sentences.

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Ironie et Poésie

27 décembre 2006

Ironie et Poésie fut publié en décembre 1923 sous forme d’un petit livre d’art de 31 pages dont nous reproduisons les trois gravures, œuvres de Léon Schulz, qui l’accompagnent.
Le texte est un dialogue qui met en présence deux protagonistes, Pierre qui est Charles Maurras lui-même, et Paul qui est Jacques Bainville ; Maurras indique [...]

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