par Nicolas le 22 septembre 2009
Le dimanche 11 mai 1924, la Chambre Bleu horizon issue de la guerre fut renversée par une coalition des gauches.
Pie XI dit alors au cardinal Billot :
« Vos Français ont bien mal voté !
— Très Saint Père, c’est la faute de votre nonce.
— Mon nonce, s’écria le Pape en frappant la table du poing, le nonce fait ma politique ! Ma politique ! »
Le nonce, effectivement, ne faisait qu’appliquer les instructions romaines, morigénant les évêques et leur enjoignant de ne plus soutenir exclusivement les candidats hostiles aux lois laïques et aux persécutions qui les avaient accompagnées avant-guerre.
Cette politique c’était la politique d’entente avec Briand, et cette colère de Pie XI, pape désastreux à bien des égards, était le premier acte d’un processus qui, rompant avec la politique de son prédecesseur saint Pie X, allait mener à la condamnation de l’Action française par Rome en 1926-27.
Quelles forces politiques relevaient donc la tête pour servir cette politique que l’on a pu taxer de « second ralliement » ?
Celles-là mêmes combattues par Maurras dès avant la guerre au cours de sa longue polémique avec Marc Sangnier : la démocratie-chrétienne naissante, dans sa variante qu’était le Sillon, que l’on décrirait aujourd’hui comme un mouvement de « chrétiens de gauche ».
La polémique avait été résumée par Maurras dès 1906 dans Le Dilemme de Marc Sangnier, qui forme la première partie de La Démocratie religieuse en 1921. Polémique longue, faite de lettres croisées, textes échangés dans divers journaux et se répondant parfois à des mois d’écart : on comprend que Maurras soit revenu dessus pour en faire un volume accessible. Le ton est au début fort courtois, il se dégrade sur la fin : laissons le lecteur juge des mérites de l’un et l’autre disputeurs.
Cette polémique revêt une importance particulière : c’est elle qui fixe et permet d’approfondir les positions religieuses de l’Action française et de Maurras à une époque où les passions religieuses et anticléricales sont l’un des thèmes majeurs de la vie politique. Elle aboutit à ce qui paraît une victoire des thèses de l’Action française sinon de ses membres quand le Sillon est condamné par Pie X en 1910. Maurras ne s’y trompe pas, qui annexe la condamnation citée in extenso à son Dilemme de Marc Sangnier tel que revu en 1921.
La démocratie-chrétienne naissante ne désarmera pas facilement, même le Sillon une fois condamné : elle conserve des partisans presque mystiques, des publicistes, des parlementaires, des prêtres et des évêques. Et la contre-attaque se fera en grande partie contre l’Action française sous la forme de polémiques incessamment entretenues.
Les unes sont sérieuses, elles touchent la pensée proprement politique du mouvement et de Charles Maurras sur les points où elle rencontre la religion : on peut dire, à grands traits, que c’est à ces objections, polémiques et exigences de précision que répond la volumineuse Politique religieuse de 1912, qui est reprise pour former la deuxième partie de La Démocratie religieuse. Là encore il s’agit d’un volume largement fait d’articles signés par Maurras dans plusieurs journaux ou revues et repris pour être refondus en un volume cohérent. On peut dire qu’avec les deux premières parties de cette Démocratie religieuse, dès avant guerre, l’essentiel des positions de l’Action française regardant la religion sont fixées, et avec elles les grandes lignes qui fourniront les motifs — du moins les motifs avouables — à la condamnation de l’Action française par Rome en 1926-1927. Levée en 1939, elle s’articulait précisément autour des rapports entre politique et religion.
Les autres critiques sont presque grotesques. C’est la figure irritante de l’abbé Jules Pierre, maigre polémiste brouillon et d’assez mauvaise foi, qui les domine comme exemplaire. Il faut aussi citer les noms de Lugan et Laberthonnière. Trop longtemps sans doute, Maurras a négligé de répondre à ces libelles injurieux, à ces accusations sans fondement soutenues par des textes tronqués quand ils ne sont pas falsifiés. Accusations de nietzschéisme, de néo-paganisme, d’appartenance à ce qu’on n’appelait pas encore la « culture de mort », ou simple dénégation de tout droit pour Maurras à parler de la religion catholique ou de l’Église puisqu’il dit encore à l’époque ne pas y appartenir et se décrit ou se laisse décrire comme agnostique. Répondre à ces polémiques qui n’auraient besoin que d’un peu de bon sens et d’honnêteté pour être dissipées a finalement été indispensable devant leur multiplication et leur reprise. Pour l’essentiel ce sont ces réponses que reprend à son tour L’Action française et la Religion catholique, ouvrage de 1914 qui forme la troisième partie de notre Démocratie religieuse de 1921. Maurras a-t-il mesuré dès avant-guerre le poids que pourraient prendre ces calomnies sans cesse réitérées malgré leur absurdité et leur manque de simple vérité factuelle ? Ou n’a-t-il fini par répondre et ramasser l’essentiel de ces réponses en un seul livre que sur les instances de ses amis scandalisés par les accusations de quelques libellistes qui s’appliquaient à s’entre-hystériser sur le nom de Maurras ? Cela nous vaut en tout cas une galerie de procédés peu reluisants et, ce qui est sans doute plus important, quelques confidences personnelles de Maurras sur son parcours intellectuel et religieux.
par Nicolas le 21 janvier 2009
Comment commémorer un 21 janvier sans faire ce que font si bien les autres depuis si longtemps ?
L’Almanach de l’Action française pour l’année 1921 – nous continuons d’explorer les numéros numérisés que nous avons en réserve – nous permet de le faire en chanson. La musique est aisément reconnaissable, et la mention de Philippe Huit pourra être remplacée selon les préférences de chacun :
CHANSON POUR BOIRE AU ROI
Poésie de Fagus.
Musique adaptée par René de Buxeuil.
Buvons un coup, buvons-en deux
À la santé des amoureux,
à la santé du roi de France !
Et m… pour le Roi d’Angleterre
Qui veut nous déclarer la guerre.
(Chanson des marins de Dieppe sous Louis XVI.)
I
Buvons deux coups, buvons-en trois,
À la santé de tous nos rois :
Louis Quatorze, Louis Quinze et Louis Seize
Et avec eux tous ceux d’avant
C’étaient des brav’s et des vaillants
Qu’ont fait la Nation française.
II
Buvons trois coups, buvons-en quatr’
À la santé de Henri Quatr’
Celui qui était aimé des belles !
On l’appelait le Vert-Galant.
Tous les Français sont ses enfants,
Car il n’eut jamais de cruelles !
III
Buvons cinq coups, buvons-en six,
Pour Catherin’ de Médicis,
Qui mit à bas les faux apôtres,
Henri Deux, qui fut son mari
Et Charles Neuf, son fils aussi,
Et Henri Trois et tous les autres.
IV
Buvons sept coups, buvons-en huit (Ici on se lève)
À la santé de Philippe Huit
Qu’est là pour renflouer la barque !
Faut qu’il revienne et au plus tôt,
Ou bien la France elle est dans l’eau,
Et ça f’rait trop d’peine à Jeanne d’Ar-que
V
Et maintenant faut s’arrêter.
Ça f’rait du mal à notr’ santé,
Le dernier coup viendra-z-ensuite,
Quand nous aurons fichu dehors
Tous ça qui nous court sur le corps,
Et tout d’abord la République.
Cet Almanach ne contient de Maurras que quelques vers : nous les réservons pour les reproduire dans un ensemble plus large. Mais il contient douze travaux d’Hercule qui méritent d’apparaître ici :
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Le Lion de Némée
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L'Hydre de Lerne
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La biche de Cérynie
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Le sanglier d'Érymanthe
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Les écuries d'Augias
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Les oiseaux du lac Stymphale
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Le taureau de Crète
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Les juments de Diomède
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La ceinture d'Hyppolité, reine des Amazones
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Géryon
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Les pommes d'or du jardin des Hespérides
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Thésée libéré après la victoire sur Cerbère
par Nicolas le 29 mai 2008
Actuel Kiel et Tanger ? inactuel ? « Un acquis pour la suite des temps » affirmait Boutang de ce livre écrit en 1905, revu et publié en 1910, puis modifié en 1913 et 1921, notre texte reprenant cette « édition définitive » publiée à la Nouvelle Librairie nationale.
Et effectivement il vaut mieux parler de permanence des impuissances républicaines dénoncées par Maurras que d’actualité ou d’inactualité.
Certes la république française n’est plus tentée par l’essai d’alliance allemande fait par Hanotaux et qui achoppa sur l’hostilité anglaise, qui plus est en plein déclenchement de l’Affaire Dreyfus. Plus question non plus d’alliance anglaise comme d’un point cardinal de la politique étrangère et maritime voulue par Delcassé et que l’Allemagne arriva à briser.
Les termes sans doute ont changé. Mais l’alternative insoluble elle-même, ce fait que l’une comme l’autre politique étrangères contraires restent stériles faute de suite, de conduite, et par l’intervention directe de l’étranger jusque dans le gouvernement de la France, tout cela ne dira-t-il rien à nos contemporains ?
Car au delà des précisions d’histoire sur la vie parlementaire et intellectuelle de la troisième République, l’un des propos essentiels de Kiel est bien celui-là : la république française ne peut avoir de politique étrangère. Sans doute elle met ce nom sur quelque chose, mais de politique suivie, de définition clairement affirmée des intérêts de la France et de poursuite acharnée de ces intérêts, non. Et si elle n’en a pas, ce n’est pas par accident, c’est parce qu’elle est une république démocratique et parlementaire, c’est en raison même de sa substance institutionnelle. Maurras va jusqu’à dire que l’une comme l’autre alliance avait son sens. L’une comme l’autre aurait pu être conçue, poursuivie, achevée par un régime autre. La République, parce que république, les a naufragées toutes les deux.
Mais Kiel et Tanger ne parle pas seulement de la politique étrangère. Un autre grand thème de Kiel est lui aussi une permanence républicaine : c’est l’impossibilité, de Félix Faure et Méline en Poincaré, d’une république conservatrice ou même modérée. Là aussi les conditions du régime sont contraires à ce qu’on voudrait en faire : la république ne peut que continuer sur son erre, la question religieuse jouant le rôle du cliquet après l’Affaire. Cet éloignement d’une modération prospère pour une construction de plus en plus idéologique et gauchie n’est qu’à peine entamé par les nécessités de la Guerre — rappelons que c’est précisément au prétexte de la guerre que la France basculera dans le régime redistributif en créant un impôt sur les revenus contre lequel le pays avait longuement renâclé.
Là encore, qui dira que l’impossibilité d’une politique conservatrice ou simplement pragmatique du fait même des pesanteurs du régime et de son organisation ne peut être lue aujourd’hui dans les préoccupations politiques les plus immédiates ?
Maurras est clair et sans nuances quand il résume dans l’introduction sa longue démonstration qui va suivre :
Sept ans de politique d’extrême-gauche, les sept ans de révolution qui coururent de 1898 à 1905, firent à la patrie française un tort beaucoup moins décisif que les trois années de République conservatrice qui allèrent de 1895 à 1898.
Le lecteur de 2008 trouvera aussi bien des pages qui, évoquant les rêves de paix de Jaurès ou les ambiguïtés de Gambetta sur la Revanche, le feront réfléchir sur les motivations réelles des pacifismes actuels ou sur les buts inavoués des efforts pour établir une justice internationale qui trancherait sans conflits les rapports entre les nations.
Si bien qu’il n’est pas absurde de reprendre aujourd’hui mot pour mot l’exhortation de Maurras :
Le patriotisme sincère ne peut fermer les yeux. Mais de semblables inquiétudes sont bien dures à exprimer ! En réimprimant aujourd’hui question et réponse, je voudrais pouvoir n’en rien dire de plus et me contenter d’une adjuration sommaire au Français, à l’allié, au civilisé, à cet homme pensant qui est intéressé à la vie de la France :
— Prenez ! lisez ! voyez ! N’est-ce pas l’évidence même ?