Articles étiquetés :

1911

Concours AF 1911Les Almanachs sont souvent l’occasion de faire le bilan de l’année écoulée : celui de 1911 ne déroge pas à la règle. Parmi les événements marquants de 1910, Maurras choisit de consacrer un article rapide, mais qui est un souvenir personnel, à la mort en juin 1910 du duc d’Alençon, oncle de Philippe d’Orléans. Cet événement est l’occasion d’un petit tableau qui donne une idée vivante de ce que pouvait être une réception sur la Maroussia, le yacht du duc d’Orléans alors sous le coup de la loi d’exil.

L’autre événement marquant de 1910 pour l’Action française aura été l’aide apportée aux sinistrés des grandes inondations du début de l’année : secours sur le moment, embuscades tendues par des républicains vindicatifs, reconstruction des maisons sur le site symbolique de Vigneux où Clemenceau avait envoyé la troupe mater les ouvriers deux ans auparavant. L’ensemble est ici raconté par Maurice Pujo.

Enfin le concours de l’année : il s’agit de deviner à qui appartiennent les armes figurant en page 2 :

Au poisson au naturel pêché sur champ de Saint-Nazaire, barré d’hermine, et au chef de sale gueule portant au point un voyeur ; — surmonté d’un cimier à trois-ponts, avec devise ; — supporté en pointe par des attributs de F.: M.:, en dextre et senestre par deux Q. M. arrondissementiers grimpants, lampassés de gueules , portant la livrée des Seigneurs d’Israël…

Nous ne pouvons hélas pas promettre fermement « un siège de procureur et les palmes à qui ne devinera pas le nom du propriétaire ».

Une AF du 11 mai 1911 Charles Maurras a beaucoup écrit sur l’enseignement, mais cela est peu connu, car ses articles sur ce sujet n’ont jamais été collationnés et aucun de ses ouvrages ne porte un titre qui y fasse penser.

En 1902, une réforme des programmes du secondaire, comme il y en a tant eu depuis, s’opère au détriment des humanités classiques et plus particulièrement du latin.

Quelques années plus tard, l’animateur de la revue Les Marges lance un cri d’alarme : quand on s’attaque au latin, c’est le français lui-même qui souffre. Et en 1910 il crée une Ligue des amis du latin et lance une campagne de pétitions. Son public est fait de conservateurs, de l’espèce des conservateurs bien sages, ceux qui acceptent de signer pour défendre la culture et le patrimoine, ou plutôt leur idée de la culture et du patrimoine, mais qui ne veulent à aucun prix s’engager plus loin, ni surtout, horreur suprême, donner un tour politique à leur action.

Situation récurrente, qui ressemble tant à ce que nous pouvons observer aujourd’hui !

Dans un article de L’Action française du 11 mai 1911, Maurras répond à Eugène Montfort, le fondateur des Marges qui fut aussi celui de la NRF, avant de s’en faire promptement éjecter par André Gide : non, lui explique-t-il en substance, l’abaissement du latin et des humanités classiques n’est pas une bévue d’un pouvoir plein de bonne volonté auquel il suffirait d’ouvrir les yeux pour lui faire comprendre combien le savoir encyclopédique est utile à la société. C’est au contraire une politique cohérente, voulue et déterminée par les principes mêmes du parti républicain. Et Maurras décrit par le menu ce que sera, quarante ans plus tard, le plan Langevin-Wallon et le collège unique.

De vives réactions de conservateurs surpris par cette attaque parviennent alors au journal. Eugène Monfort avait-il pensé que l’Action française allait soutenir son initiative ? Il persiste et signe : oui, nous sommes profondément démocrates ! Et partisans du latin en même temps. Nous n’y voyons aucune contradiction.

Du latin pour le peuple, en quelque sorte ? Maurras alors enfonce le clou, et dans un second article paru le surlendemain 13 mai 1911, il s’attache à montrer à ces « démocrates latinistes » leur triste rôle d’idiots utiles, fossoyeurs malgré eux de ce qu’ils pensent défendre, attachés qu’ils sont à stigmatiser les effets tout en nourrissant les causes.

Les deux articles, réunis en un seul, ont été repris en 1931 dans le petit livre d’art Principes, puis dans le Dictionnaire politique et critique de Pierre Chardon (à l’article « Humanités »).

Ronsard, politique et poète

par Philippe le 5 janvier 2009

Maurras aura finalement assez peu écrit sur Ronsard, assez peu en tous cas eu égard à la dimension du Vendômois « Prince de poètes et poète des Princes ». Pourtant bien des analogies peuvent être trouvées entre les deux hommes : la surdité, la célébrité, la fondation d’une École, un même partage de vie entre littérature et action publique… Ajoutons-y une même passion, jamais démentie, pour les femmes, et un même attachement à l’Antiquité gréco-latine.

Ainsi Maurras écrivait-il, le 14 août 1904, dans la Gazette de France :

L’amour du grec, tel que Ronsard l’avait éprouvé, fonde un monde, ou du moins un empire, dans les lettres françaises. La poésie française avant Ronsard est une chose ; après Ronsard, elle en est une autre. Il y a là l’action sensible, glorieuse, évidente, d’une volonté de sculpteur. On voit le ciseau, le marteau, la figure imposée avec son souple et hardi mouvement, fruits certains du génie de l’homme.

Alors, comment se fait-il que Maurras n’ait pas consacré, de son vivant, un livre, au moins une plaquette, ou une simple préface, à Ronsard ? Il faudra attendre le centenaire de sa naissance pour que paraisse dans Critique et Poésie un court chapitre consacré à la Politique de Ronsard.

Critique et Poésie, préparé par Pierre Varillon, est quasiment une reprise posthume de Poésie et Vérité. Quelques textes en sont retirés, quelques autres les remplacent, dont celui sur Ronsard. Il a donc fallu attendre une tierce intervention, seize ans après la mort de Maurras, pour rendre Ronsard visible dans son œuvre critique. Encore cet article, paru dans L’Action française en deux parties, les 24–25 et 27 avril 1943, est-il constitué pour l’essentiel de reprises d’un texte signé d’Henri Longnon, paru vingt ans auparavant dans la Revue universelle sous le titre « Pierre de Ronsard et la Réforme » (tome XV, n°14 daté du 15 octobre 1923).

Là réside, peut-être, l’explication qui nous fait défaut. Nous n’avons retrouvé que peu de renseignements sur Henri Longnon ; il faudrait rechercher, dans les souvenirs, les témoignages… Mais deux choses sont certaines : il était, en son temps, avec Pierre de Nolhac, la référence universitaire incontestée des études ronsardiennes, et il était aussi un ami proche de Maurras et de l’Action française. Ce second fait explique sans doute pourquoi il est occulté aujourd’hui, et qu’aucune bibliographie récente sur Ronsard ne le cite.

Henri Longnon soutint sa thèse sur Ronsard à l’École des Chartes en 1904. Cette thèse fut publiée en 1912 et rééditée chez Slatkine (à Genève) en 1975. Il est également l’auteur d’une édition commentée en quatre volumes des poésies de Ronsard, publiée en 1923 ; enfin on retrouve sa trace en 1950 pour un ouvrage sur Les Déboires de Ronsard à la Cour.

On peut donc imaginer que, pour Maurras, le cas Ronsard était réglé ; il laissait à Henri Longnon le soin d’en parler et de l’étudier. De même qu’il ne lui serait pas venu à l’idée d’écrire sur Louis II de Bavière, domaine réservé à Jacques Bainville.

Est-ce satisfaisant ? Est-ce suffisant ? Henri Longnon était également spécialiste de Dante ; or Maurras n’a jamais cessé d’invoquer Dante, tout au long de son œuvre. Il semble en fait qu’au fond, et malgré de vigoureux éloges, Maurras ne parvienne pas à placer Ronsard au tout premier rang des poètes. Il émet des réserves : Nous en avons de plus parfaits et de plus grands… mais sans en préciser le sens ou le motif. Bref, Ronsard ne lui « plaît » pas autant que d’autres. Il va donc moins parler de son œuvre poétique que de son action politique.

Action politique qui, au terrible temps des guerres de religion, s’attache à trouver l’intérêt de la France et la réconciliation des Français ; une situation qui se retrouve en 1943, ce qui conduit Maurras à exhumer un article vieux de vingt ans, pour le reprendre à son compte et exhorter ses lecteurs à retrouver les sources du raisonnement politique de Ronsard. Mais les analogies s’arrêtent là, leur sens tourne court, car la seconde guerre mondiale ne s’est pas achevée comme les guerres de religion, avec l’arrivée pacificatrice d’un Henri IV qu’annonçait le vieux Ronsard et dont pouvait rêver le vieux Maurras…

Nous vous proposons aujourd’hui, d’abord l’article « Ronsard » du Dictionnaire politique et critique (fascicule 22, publié en 1933 ; les extraits concernés datent de 1911, 1924 et 1925), puis un extrait de La Balance intérieure (deux sonnets, composés en 1933 et 1934, et une notice explicative), enfin l’article de Critique et Poésie.

On remarquera à quel point Maurras quitte facilement le « sujet Ronsard » pour parler d’autre chose. Commente-t-il le texte d’Henri Longnon ? C’est pour évoquer, de digression en digression, la fondation de l’Action française. Visite-t-il l’exposition Ronsard ? C’est pour faire l’éloge de deux de ses contemporains, Henri Estienne et Claude Lejeune. Évoque-t-il la découverte des ossements du poète ? C’est pour glisser, par marquise de Maillé interposée, vers Les Baux de Provence. Cette distance, cette indifférence, ne peuvent pas être sans signification !

{ 1 commentaire }

La Barque et le Drapeau

par Philippe le 30 juin 2007

Voici le texte d’une brochure parue en juillet 1911. Elle reprend un article paru dans l’Action française le 20 mai 1911.

On comprend l’histoire en lisant les premières lignes : le 4 février 1911, Maurras évoque dans l’Action française une photo du duc d’Orléans. On la lui réclame, mais il ne veut pas la publier ni laisser en éditer une carte postale. Puis le duc d’Orléans publie un livre, Chasses et chasseurs arctiques dans laquelle se trouve la photo. Du coup Maurras publie l’article dans l’Action française et fait éditer la brochure, chacun accompagné des photos.

Les deux photos évoquées dans ce texte ouvrent (celle de la cabine de la Belgica) et ferment (celle de la barque, en médaillon) le gros livre de souvenirs publié en 1927 par le docteur Récamier, intime du duc d’Orléans : L’Âme de l’Exilé.

{ Aucun commentaire }