par Nicolas le 11 février 2010
Qu’y a-t-il au principe des conceptions politiques de Maurras ?
Certains répondront que c’est l’autorité, d’autres que c’est la royauté, d’autres que c’est l’empirisme organisateur…
Aucune de ces réponses n’est fausse. Mais aucune n’est complète ni vraiment satisfaisante.
On sait que Maurras n’a jamais rédigé la grande synthèse embrassant toute sa théorie politique dont rêvaient pourtant certains de ses amis. Sans doute l’activité quotidienne, l’article journalier et les vicissitudes du combat l’en ont-ils pour une grande part détourné. Pourtant, on ne peut s’empêcher de croire que si la tâche avait vraiment semblée urgente et essentielle à Maurras, il s’y serait attelé. N’a-t-il pas, au milieu des combats quotidiens, réalisé de vastes synthèses sur des sujets déjà abordés, comme la politique religieuse ou la politique étrangère de la République avec la dernière révision, monumentale, de Kiel et Tanger ?
C’est ainsi : Maurras n’a pas cru bon de rédiger une telle somme de philosophie politique. C’est peut-être que dans l’ordre des principes les plus profonds de ses conceptions politiques, il n’aurait paradoxalement pas eu grand chose à dire. Quels sont-ils ces principes les plus enfouis ? que trouve-t-on quand on fait une généalogie des concepts politiques maurrassiens ? Beaucoup et peu à la fois : beaucoup de choses, mais peu de concepts, d’idées abstraites capables de fournir un sous-bassement proprement philosophique, au sens de ce qui expliciterait les premiers fondements et les plus généraux d’un système politique.
Ce n’est pas autre chose que nous dit Maurras quand il expose, en 1910 dans la Revue hebdomadaire « Les Idées royalistes ».
C’est que nullement fondées sur des utopies, ces idées royalistes sont celles du bon sens, celles aussi qui sont nées des réalités du pays : de sa géographie, de sa population, des accidents qui ponctuent la volonté de le faire naître et durer. Et Maurras d’évoquer d’abord les 500 000 kilomètres carrés d’un territoire divers et diversement peuplé ; ce n’est pas d’un autre terreau qu’il tire ses principes les plus hauts. Le moyen de faire une grande synthèse conceptuelle des Bretons, des Limousins, des Provençaux et des Parisiens ? des falaises et des fleuves ? des forêts et des prés ?
Mais cela ne signifie pas pour autant que ces sous-bassements bien réels de la pensée politique n’aient pas, dans leur présence même, dans leur caractère empirique et matériel — caractère qui les garantit d’ailleurs d’un romantisme brouillon où d’autres ont pu s’égarer — une signification intellectuelle.
Cette signification Maurras nous la donne avant même de nous exposer ces réalités et d’en tirer les idées royalistes qu’il expose : la multiplicité des partis qui fonde des exigences particulières d’unité, d’autorité, de décentralisation comme d’attention à une certaine forme d’unité respectueuse des particularismes, cette multiplicité ne sort pas d’autre chose que des réalités que nous avons dites. Dès lors, ce qui fonde la pertinence, et on peut dire la légitimité des idées royalistes, ce n’est pas un autre concept que « la nature des choses » évoquée par Maurras dès ses premières lignes.
Et à ceux qui protesteraient naïvement que la nature des choses n’est pas un concept, qu’elle ne peut donc fonder en raison une politique, on rappellera que l’un des auteurs les plus souvent cités par Maurras est bien philosophe, et pas mineur : c’est Lucrèce dont Maurras cite très souvent l’ouvrage qui nous est parvenu, intitulé précisément : De la nature des choses.
par Nicolas le 20 janvier 2010
Les Almanachs sont souvent l’occasion de faire le bilan de l’année écoulée : celui de 1911 ne déroge pas à la règle. Parmi les événements marquants de 1910, Maurras choisit de consacrer un article rapide, mais qui est un souvenir personnel, à la mort en juin 1910 du duc d’Alençon, oncle de Philippe d’Orléans. Cet événement est l’occasion d’un petit tableau qui donne une idée vivante de ce que pouvait être une réception sur la Maroussia, le yacht du duc d’Orléans alors sous le coup de la loi d’exil.
L’autre événement marquant de 1910 pour l’Action française aura été l’aide apportée aux sinistrés des grandes inondations du début de l’année : secours sur le moment, embuscades tendues par des républicains vindicatifs, reconstruction des maisons sur le site symbolique de Vigneux où Clemenceau avait envoyé la troupe mater les ouvriers deux ans auparavant. L’ensemble est ici raconté par Maurice Pujo.
Enfin le concours de l’année : il s’agit de deviner à qui appartiennent les armes figurant en page 2 :
Au poisson au naturel pêché sur champ de Saint-Nazaire, barré d’hermine, et au chef de sale gueule portant au point un voyeur ; — surmonté d’un cimier à trois-ponts, avec devise ; — supporté en pointe par des attributs de F.: M.:, en dextre et senestre par deux Q. M. arrondissementiers grimpants, lampassés de gueules , portant la livrée des Seigneurs d’Israël…
Nous ne pouvons hélas pas promettre fermement « un siège de procureur et les palmes à qui ne devinera pas le nom du propriétaire ».
par Nicolas le 1 janvier 2010
Le premier janvier 1910, il y a exactement un siècle, Maurras délaisse son habituel article-éditorial dans L’Action française, article qu’il laisse ce jour-là à M. P., sans doute Marius Plateau.
Il écrit à la place un texte intitulé Les Gens tristes, évoquant ce premier janvier d’une année 1910 qui sera une année électorale, nouvelle leçon d’un Maurras qui voit jusque dans le découragement de certains de ses amis un signe de vie, d’espoir, et une nouvelle illustration de la formule devenue célèbre qu’en politique « le désespoir est une sottise absolue ».
Nous vous présentons à tous, avec ce texte de circonstance, tous nos bon vœux pour l’année 2010 !
par Nicolas le 29 mai 2008
Actuel Kiel et Tanger ? inactuel ? « Un acquis pour la suite des temps » affirmait Boutang de ce livre écrit en 1905, revu et publié en 1910, puis modifié en 1913 et 1921, notre texte reprenant cette « édition définitive » publiée à la Nouvelle Librairie nationale.
Et effectivement il vaut mieux parler de permanence des impuissances républicaines dénoncées par Maurras que d’actualité ou d’inactualité.
Certes la république française n’est plus tentée par l’essai d’alliance allemande fait par Hanotaux et qui achoppa sur l’hostilité anglaise, qui plus est en plein déclenchement de l’Affaire Dreyfus. Plus question non plus d’alliance anglaise comme d’un point cardinal de la politique étrangère et maritime voulue par Delcassé et que l’Allemagne arriva à briser.
Les termes sans doute ont changé. Mais l’alternative insoluble elle-même, ce fait que l’une comme l’autre politique étrangères contraires restent stériles faute de suite, de conduite, et par l’intervention directe de l’étranger jusque dans le gouvernement de la France, tout cela ne dira-t-il rien à nos contemporains ?
Car au delà des précisions d’histoire sur la vie parlementaire et intellectuelle de la troisième République, l’un des propos essentiels de Kiel est bien celui-là : la république française ne peut avoir de politique étrangère. Sans doute elle met ce nom sur quelque chose, mais de politique suivie, de définition clairement affirmée des intérêts de la France et de poursuite acharnée de ces intérêts, non. Et si elle n’en a pas, ce n’est pas par accident, c’est parce qu’elle est une république démocratique et parlementaire, c’est en raison même de sa substance institutionnelle. Maurras va jusqu’à dire que l’une comme l’autre alliance avait son sens. L’une comme l’autre aurait pu être conçue, poursuivie, achevée par un régime autre. La République, parce que république, les a naufragées toutes les deux.
Mais Kiel et Tanger ne parle pas seulement de la politique étrangère. Un autre grand thème de Kiel est lui aussi une permanence républicaine : c’est l’impossibilité, de Félix Faure et Méline en Poincaré, d’une république conservatrice ou même modérée. Là aussi les conditions du régime sont contraires à ce qu’on voudrait en faire : la république ne peut que continuer sur son erre, la question religieuse jouant le rôle du cliquet après l’Affaire. Cet éloignement d’une modération prospère pour une construction de plus en plus idéologique et gauchie n’est qu’à peine entamé par les nécessités de la Guerre — rappelons que c’est précisément au prétexte de la guerre que la France basculera dans le régime redistributif en créant un impôt sur les revenus contre lequel le pays avait longuement renâclé.
Là encore, qui dira que l’impossibilité d’une politique conservatrice ou simplement pragmatique du fait même des pesanteurs du régime et de son organisation ne peut être lue aujourd’hui dans les préoccupations politiques les plus immédiates ?
Maurras est clair et sans nuances quand il résume dans l’introduction sa longue démonstration qui va suivre :
Sept ans de politique d’extrême-gauche, les sept ans de révolution qui coururent de 1898 à 1905, firent à la patrie française un tort beaucoup moins décisif que les trois années de République conservatrice qui allèrent de 1895 à 1898.
Le lecteur de 2008 trouvera aussi bien des pages qui, évoquant les rêves de paix de Jaurès ou les ambiguïtés de Gambetta sur la Revanche, le feront réfléchir sur les motivations réelles des pacifismes actuels ou sur les buts inavoués des efforts pour établir une justice internationale qui trancherait sans conflits les rapports entre les nations.
Si bien qu’il n’est pas absurde de reprendre aujourd’hui mot pour mot l’exhortation de Maurras :
Le patriotisme sincère ne peut fermer les yeux. Mais de semblables inquiétudes sont bien dures à exprimer ! En réimprimant aujourd’hui question et réponse, je voudrais pouvoir n’en rien dire de plus et me contenter d’une adjuration sommaire au Français, à l’allié, au civilisé, à cet homme pensant qui est intéressé à la vie de la France :
— Prenez ! lisez ! voyez ! N’est-ce pas l’évidence même ?