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1903

De 1903 à 1923

par Nicolas le 21 juin 2009

La France se confond avec la civilisation et ne saurait souffrir la moindre comparaison tant elle se place naturellement au-dessus et en avant des autres nations. Voilà la thèse de cet article paru en 1903 dans La Gazette de France.

On évoquera donc l’un de ces textes de Maurras devenus illisibles et presque ridicules à force d’outrance chauvine et d’étroitesse nationaliste. Les plus charitables feront valoir que ces thèses étaient à la mode à la Belle-Époque et que peu de journaux d’Europe ou des deux Amériques n’en étaient pas abondamment remplis, chacun défendant la prééminence de sa propre culture patriotiquement confondue avec toute l’intel­ligence du monde.

La réalité est un peu plus complexe. En 1903, ces positions sont très partagées : il s’agit pour Maurras de ne pas laisser la palme du patriotisme sourcilleux, alors moins décriée qu’aujourd’hui et possédant encore une grande vertu politique, à des forces de gauche ou à des modérés. Tout cela est compréhensible et politiquement opportun dans le contexte, déjà, de la montée des tensions qui aboutira à la guerre.

Almanach A.F. 1923 Mais pourquoi reprend-il donc ce texte dans l’Almanach d’A.F. en 1923 ? Si l’on en croit la petite introduction dans l’Almanach, il s’agirait de prouver la fidélité aux principes mis en avant en 1903, qui énonçaient « les principales directions dans lesquelles l’esprit national devait se substituer à l’esprit révolutionnaire ». C’est qu’en 1922, deux événements politiques d’importance ont eu lieu : d’une part la victoire du fascisme italien qui apparaît alors comme un socialisme révolutionnaire préoccupant, d’autre part, en France, l’espoir modéré que suscite la chute de Briand et l’avènement de Poincaré, éternelle incarnation d’une république raisonnable, apaisée et qui s’éloignerait peu à peu des excès révolutionnaires. Léon Daudet avait d’ailleurs puissamment contribué à la chute du gouvernement Briand.

Kiel et Tanger réédité et complété en 1921 avait souligné que la première expérience Poincaré, commencée durant la guerre, avait échoué. Maurras ne sait pas alors que la troisième expérience Poincaré, en 1926, sera interrompue par la maladie malgré la réussite du « Franc Poincaré » qui restera longtemps dans les mémoires populaires. Aussi, il peut espérer dans la deuxième, et croire à l’importance de rappeler ses principes dans l’Almanach qui fait le bilan de 1922 et prépare 1923 : d’abord pour conserver ses troupes qui seraient tentées par un rapprochement excessif avec le régime rendu plus national par la personnalité même de l’homme de l’Union sacrée. Ensuite pour espérer influencer la politique républicaine : on sait que la gauche verra bien les dangers d’une politique nationale menée par Poincaré et que c’est finalement sur le Cartel, qu’il a en partie contribué à susciter, contre lui, que Poincaré échouera en 1924, sa politique de sagesse budgétaire l’ayant rendu impopulaire.

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À propos de L’Avenir de l’Intelligence

par Philippe le 1 juin 2009

L'Avenir de l'Intelligence, Charles Maurras Dans ses numéros du premier et du 15 février 1903, la revue Minerva publie en deux épisodes une étude de Charles Maurras qui deviendra par la suite l’un de ses textes parmi les plus célèbres et les plus souvent réédités, celui en tous cas qu’il est de bon ton de présenter comme le plus « actuel », le plus « visionnaire » de son œuvre : L’Avenir de l’Intelligence.

Nous laissons aux lecteurs le soin d’en juger. Et pour qu’ils puissent le faire dans les meilleures conditions, nous nous sommes efforcés de mettre en ligne une édition révisée et actualisée, la plus complète possible ; elle comporte l’ensemble des préfaces et avertissements qui se sont succédés au fil des ans, et, comme nous le faisons pour chaque grand texte de Maurras, les annotations documentaires qui nous ont semblé nécessaires à une bonne compréhension par nos contemporains.

Il nous faut d’abord apporter quelques précisions utiles. Pendant sa très courte existence, la revue Minerva aura publié plusieurs œuvres majeures de Maurras. Il y eut les Deux témoins de la France, où nous faisons connaissance avec un Anglais du nom de Courtenay Bodley qui réapparaîtra plusieurs fois dans de nombreuses publications ; il y eut Les Amants de Venise ; enfin il y eut, en sus de L’Avenir de l’Intelligence : Auguste Comte, Mademoiselle Monk, le Romantisme féminin et l’Invocation à Minerve.

L’éditeur Albert Fontemoing publia d’une part Les Amants de Venise, puis, en 1905, près de deux ans après la disparition de Minerva, les cinq études citées ensuite, dans un volume lui-même titré L’Avenir de l’Intelligence. Celui-ci sera réédité en 1909 par les Nouvelles Éditions latines, plusieurs fois réimprimé, puis en 1927 par Flammarion. Entre temps, augmenté des Trois idées politiques (Chateaubriand, Michelet, Sainte Beuve) il a été édité avec une préface spécifique sous le nom de Romantisme et Révolution. Enfin, il sera repris, mais avec diverses suppressions, dans les Œuvres capitales, publiées peu après la mort de Maurras.

L’Avenir de l’Intelligence désigne donc aussi bien un livre, très largement diffusé si l’on fait le compte de tous ses différents tirages, que la principale des études qu’il contient. C’est dans cette dernière acception que nous en parlons ici.

L’Intelligence dont traite Maurras, c’est, « comme à Saint Péterbourg », la profession des gens de lettres, écrivains, journalistes, critiques, poètes et dramaturges ; c’est aussi, un peu, l’intelligentsia, cette nébuleuse d’esprits cultivés qui se reconnaissent en un « nous », un destin commun, une classe sociale autonome ; c’est aussi, par allusions, le « parti des intellectuels » dont l’Affaire Dreyfus a parachevé la constitution et ratifié les codes de fonctionnement. Maurras ouvre une porte sur l’extension de cette Intelligence aux hommes de sciences, aux professions de la recherche ; mais, bien que le texte de 1903 ne fasse pas allusion, et pour cause, aux métiers du cinéma et de la télévision, c’est à eux et à eux d’abord qu’il fait irrésistiblement penser. C’est vers eux que s’ouvre sa vision prospective, à mesure que, tout au long du vingtième siècle, l’écrit fait place à l’image.

On eût aimé qu’au début de ces évolutions qui relèvent autant de la technique que de la civilisation, entre 1905 et 1952, Maurras ait amendé, adapté, actualisé son texte. Vœu posthume et uchronique, bien vain ; ce ne fut pas le cas. Comme la quasi-totalité des livres de Maurras, L’Avenir de l’Intelligence reste un recueil d’articles. Parfois remaniés à la marge, parfois nouvellement préfacés, ces ouvrages restent porteurs de la date de leur première parution ; c’est au lecteur, c’est aux écrivains des générations suivantes qu’il revient de poursuivre et de faire vivre la réflexion du journaliste Maurras.

Car cette analyse de trois siècles de la vie de l’Intelligence, interrompue en 1903, est brossée en 27 brefs tableaux dont aucun ne prétend au rang d’étude historique. Ils sont certes argumentés et documentés, néanmoins chacun d’eux peut donner matière à de volumineuses controverses.

Quant au fil directeur qui s’en dégage, à savoir que l’Intelligence, après avoir perdu sa relation au pouvoir spirituel, voit progressivement ses relations au public et au pouvoir temporel occultées par son asservissement à l’Or, et que pour reconquérir sa dignité, son indépendance et sa grandeur, elle doit se replacer au service du Sang, il est clair que ces différentes allégories peuvent être aujourd’hui très diversement interprétées, très diversement assumées ou rejetées.

Louis XVIII aux Tuileries

1814 : le Pouvoir cherche-t-il à s’attacher l’Intelligence ?

 
François Mitterrand, photo officielle

1981 : l’Intelligence veille-t-elle toujours sur le Pouvoir ?

 

D’ailleurs, Maurras ne semblait guère envisager que son Avenir de l’intelligence puisse devenir un document de référence, le présentant comme un « petit livre qui me vaudra la calomnie des pires et l’inattention des meilleurs, qui ne sera pas lu par les intéressés, ou qui sera moqué par ceux qu’il voudrait avertir… », ce qui peut être, a posteriori, taxé de fausse modestie.

L’ambiguïté persistera ; l’abondance des rééditions montre bien que Maurras attache une grande importance à son « petit livre ». Néanmoins il ne le met pas à jour, et continue à le qualifier ainsi, dans sa préface de 1927 :

Le règne de l’or, maître du fer, devenu l’arbitre de toute pensée séculière, se prolongera donc si l’on n’essaye pas une voie nouvelle qui permette de lui échapper. Quelle voie ? C’est ce que peut toujours montrer un petit livre né en 1905.

Deux remarques doivent être faites à ce stade de notre réflexion.

La première est que Maurras a bénéficié, en 1903, d’un documentaliste hors pair en la personne d’Anatole France, et pour la période antérieure, de Sainte-Beuve. Il ne retrouvera plus cette conjonction favorable ; et aujourd’hui, nous serions bien en peine d’en trouver l’équivalent.

La seconde est que la publication, en 1943, d’un article intitulé L’Avenir de l’Intelligence française n’est aucunement en contradiction avec ce qui précède. Malgré son titre, ce document n’est pas une suite, ni une réplique, de son aîné de quarante ans. Maurras y défend sa thèse de la « ligne de crête » : pensons à la seule France, ne suivons ni les Anglais ni les Allemands. Aujourd’hui inaudible, cette ligne politique des années d’occupation n’a rien en commun avec l’impression de permanence, de prémonition, voire de prophétisme qui se dégage de L’Avenir de l’Intelligence, et de la fameuse chute de sa préface de 1904 :

— Tout désespoir en politique est une sottise absolue.

Mais n’en faisons pas toutefois un viatique universel de compréhension du monde. L’Avenir avait certes beaucoup d’avance sur son temps, mais il ne serait pas raisonnable de faire comme s’il l’avait toute conservée après plus d’un siècle. Le regard sur les faits déterminants, sur les enjeux, sur les équilibres a changé plusieurs fois depuis Minerva. Prenons donc d’abord le plaisir d’une lecture naïve. Il sera temps, ensuite, d’imaginer la suite du déroulement des tableaux tout au cours du long vingtième siècle, puis la conclusion à leur associer aujourd’hui.

Qu’est devenu le duc de Brécé ? Où sont les autres protagonistes, où sont le Sang, l’Or, le Pouvoir ? Y a-t-il encore une place possible pour l’Intelligence après la grande lessive des cerveaux que mène avec entrain l’actuel et totalitaire pouvoir médiatique ?

Oui, il est temps de prendre la plume, de la faire prendre aux intellectuels qui voudront bien relever le défi, et développer les tableaux qui nous feront parcourir le cheminement de l’Intelligence entre 1903 et nos jours.

Quelques années après la mort de Maurras, Gaston Berger jetait les fondements de la prospective et en formulait l’enjeu dans une maxime largement incomprise : « Regarder l’avenir le bouleverse. » On peut dès lors se demander dans quelle mesure Maurras a « bouleversé » le destin de l’intelligence, et si celle-ci en porte encore la marque. Voilà une autre question qui méritera d’être posée à maint intellectuel contemporain.

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La première préface politique de Charles Maurras

par Philippe le 25 octobre 2008

Elle date de 1903, et ouvre une brochure de propagande publiée par La Gazette de France :

Manuel du royaliste

À cette date, l’Enquête sur la Monarchie est en cours de parution, et le premier ouvrage mentionné dans la liste des publications de propagande de La Gazette de Fance est un recueil des discours du duc d’Orléans :

publications Gazette de France 1903

C’est d’ailleurs au duc d’Orléans qu’est consacré l’essentiel de cette Préface. Nous avons déjà publié deux textes plus tardifs de Charles Maurras, La Barque et le Drapeau qui décrit le prétendant en 1911, et Le Tombeau du Prince, recueil d’articles publiés en 1927 après sa mort. Cette fois, le portrait est celui d’un prétendant jeune, certes déjà marqué par l’épreuve de l’exil, mais qui est entré il y a peu dans l’arène politique, qui n’a encore essuyé aucun échec notoire et dont l’image n’est pas associée à une attente qui se prolonge ou à des espoirs sans cesse reportés.

Duc d'Orléans

C’est le Prince du coup de force possible, du coup de force rapidement possible. Il est donc logique que Maurras en parle longuement, plus longuement en tous cas que du rédacteur de la brochure qui reçoit quelques compliments polis.

On ne sait pas grand’chose en fait de cet auteur, malgré sa grande longévité ultérieure. Disciple de Bonald et de La Tour du Pin avant de rejoindre l’Action française, Firmin Bacconnier ne joua en effet jamais de rôle majeur dans le combat royaliste auquel il aura apporté, plusieurs décennies durant, de nombreuses contributions notamment sur la question sociale. Son Manuel date de 1903, et soixante ans plus tard on trouvait encore sa signature sous diverses chroniques où il déplorait l’exode rural et la fonte de la population paysanne.

Couverture manuel du royaliste verso

Il est surtout connu pour être l’auteur de deux formules heureuses dont le succès l’aura largement dépassé, d’une part l’image du « renard libre dans le poulailler libre » à propos du libéralisme économique, et d’autre part celle de la « monarchie populaire » qui reçut diverses déclinaisons dans l’histoire militante du royalisme :

— La Monarchie sera populaire ou elle ne sera pas !

Firmin Bacconnier sur Royalisme Social

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Un peuplier de 105 ans

par Nicolas le 14 septembre 2008

Il y a 105 ans jour pour jour paraissait le numéro de la Gazette de France où Charles Maurras publiait cette Querelle du peuplier que nous vous proposons aujourd’hui accompagnée d’un texte antérieur de quelques mois.

Quand André Gide pose une question, Maurras y voit une réédition de celle du phoque devant le roi Salomon…

Nous laissons nos lecteurs apprécier ce qui était là visé chez André Gide, de son caractère amphibie ou de son protestantisme familial caricaturé ici en biblomanie. Tout au plus préciserons-nous que les mœurs des pinnipèdes étaient déjà l’objet de locutions populaires en 1903, les lexicographes l’assurent.

Car ce n’est qu’en 1903 que se déclenche cette Querelle du peuplier, comme on va la baptiser durablement, entre Gide et Maurras, alors qu’elle a pour mobile un roman publié par Barrès en 1897,  Les Déracinés.

Gide a republié quelques vieux articles, il a ajouté une note qui semble viser un texte de Maurras paru, lui, en 1898, L’Idée de la décentralisation. Maurras y parlait en effet de Barrès et de son influence sur le mouvement régionaliste et fédéraliste. Maurras répond vivement à Gide.

La querelle ne se bornera pas à Gide et à Maurras : beaucoup d’auteurs en vue prendront parti pour l’un ou pour l’autre dans diverses revues, jusqu’à l’étranger.

C’est que sous le caractère parfois amusant, sous les accusations plaisantes de coquetterie, les phoques et les leçons d’arboriculture citées avec une pédanterie ironique, la question est d’importance : où s’enracine-t-on ? comment faire lorsqu’on est d’ici et d’ailleurs pour être de quelque part, pour ne pas être un déraciné barrésien ?

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