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	<title>Maurras.net</title>
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	<description>L'œuvre de Charles Maurras (1868-1952)</description>
	<lastBuildDate>Thu, 02 Sep 2010 09:56:17 +0000</lastBuildDate>
	
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		<title>Retour sur le Monument à la Victoire de Rouen</title>
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		<pubDate>Thu, 02 Sep 2010 09:45:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe</dc:creator>
				<category><![CDATA[Iconographie]]></category>
		<category><![CDATA[Vie du site]]></category>
		<category><![CDATA[1926]]></category>
		<category><![CDATA[1953]]></category>
		<category><![CDATA[2010]]></category>

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		<description><![CDATA[Voici la rentrée, déjà la quatrième pour notre site ouvert fin 2006. Avant de reprendre le fil nourri de nos publications, revenons un instant sur un événement qui nous avait alertés aux premiers jours du mois de février dernier : la chute de la tête d&#8217;une statue faisant partie du monument aux morts de Rouen, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span class="drop_cap">V</span>oici la rentrée, déjà la quatrième pour notre site ouvert fin 2006. Avant de reprendre le fil nourri de nos publications, revenons un instant sur un événement qui nous avait alertés aux premiers jours du mois de février dernier : la chute de la tête d&#8217;une statue faisant partie du monument aux morts de Rouen, tête dont la ressemblance avec celle de Charles Maurras avait fait penser à un geste de dégradation volontaire d&#8217;inspiration politique.</p>
<p>C&#8217;est du moins ce que dénonçaient divers blogs, avant que la presse locale ne s&#8217;en fasse elle-même l&#8217;écho.</p>
<p>Rapidement, les autorités municipales rouennaises ont réagi, contestant toute hypothèse d&#8217;un acte de malveillance, et imputant l&#8217;accident à l&#8217;usure naturelle de l&#8217;ouvrage et aux conséquences d&#8217;un gel hivernal anormalement rude.</p>
<p>Peu après, dans une grande discrétion, la tête qui avait été récupérée par les services de la Mairie a été scellée de nouveau, permettant aux cérémonies du 8 mai et du 14 juillet de se dérouler normalement.</p>
<p>L&#8217;affaire en elle-même est donc classée.</p>
<p>Il nous reste, quant à nous, quelques questions pendantes et quelques leçons à tirer.</p>
<p>Commençons par l&#8217;historique et une rapide description du monument.</p>
<p>Celui-ci a été réalisé par Maxime Real del Sarte, et érigé place Foch, devant le Palais de Justice, en 1926, d&#8217;après les documents disponibles en ligne. De taille imposante, il domine son entourage par une haute colonne surmontée d&#8217;une Victoire ailée. Au pied de la colonne, Jeanne d&#8217;Arc protégeant la veuve et l&#8217;orphelin. Le socle du monument forme comme un grand cube de pierre ; sur les côtés, des bas reliefs en hommage aux réfugiés belges accueillis en Normandie pendant la Grande Guerre (le siège du gouvernement belge en exil se trouvait à Sainte Adresse, près du Havre). Enfin, sur la face avant, deux poilus montent la garde. Entre eux, une inscription en hommage aux victimes des deux guerres. Au dessus d&#8217;eux, en relief dans la pierre, des mots typiques de l&#8217;époque : « Ils ont des droits sur nous ».</p>
<p>Au début des années 1990, la construction d&#8217;une station de métro devant le Palais de Justice nécessita le transfert du monument de la Victoire qui émigra place Carnot, anciennement place Saint-Sever, de l&#8217;autre côté de la Seine.</p>
<p>Avant l&#8217;annonce de la décapitation de la statue, qui avait vent qu&#8217;il existait à Rouen une statue représentant Charles Maurras ? Peu de monde sans doute, et en tous cas pas nous ! Certes, nous ne savons pas tout ; cependant notre ignorance semblait bien partagée par les divers auteurs et chroniqueurs qui, depuis plus de 80 ans, ont écrit sur Charles Maurras…</p>
<p>Maxime Real del Sarte avait deux casquettes : celle de sculpteur et celle de chef des Camelots du Roi. La seconde, bien que fièrement et ostensiblement arborée, ne l&#8217;empêchait pas de bénéficier au titre de la première d&#8217;un statut d&#8217;artiste quasi-officiel. Familier de la commande publique, il réalisa de nombreux monuments pour des nombreuses villes, de toutes étiquettes politiques. À Rouen même, il est l&#8217;auteur de la célèbre <em>Jeanne d&#8217;Arc au bûcher</em> inaugurée en 1928, deux ans après le monument à la Victoire.</p>
<p>Un monument aux morts se doit, par définition, de transcender les divisions politiques de la population et de rassembler celle-ci dans un même hommage aux victimes du conflit, ceci à plus forte raison s&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un monument dédié à la Victoire. On voit mal dès lors une grande ville commander à un artiste de renom un tel monument, et laisser celui-ci y faire figurer en bonne place un personnage connu, chef d&#8217;un mouvement politique affichant ouvertement son intention d&#8217;abattre le régime en place.</p>
<p>Trois scénarios s&#8217;offraient dès lors à notre perplexité :</p>
<ul>
<li>Soit la ressemblance entre la tête sculptée et celle de Maurras était purement fortuite et trop peu marquée pour soulever l&#8217;attention. Personne ne s&#8217;en était douté jusqu&#8217;à ce qu&#8217;un groupuscule vienne le dénoncer, cherchant sciemment à provoquer un incident ;</li>
<li>Soit Maxime Real del Sarte s&#8217;est amusé à jouer à ses commanditaires un bon tour de potache… ou de camelot du Roi. Et nul n&#8217;a relevé la supercherie. Ceci ne tient guère debout ;</li>
<li>Soit, hypothèse intermédiaire, on peut imaginer que, rencontrant souvent Maurras qu&#8217;il admire et dont il a pu réaliser maints croquis et esquisses, Maxime Real del Sarte ait inconsciemment donné à sa tête de vieux poilu quelques traits présentant une certaine analogie avec la physionomie de Maurras, et que cette ressemblance se soit accentuée au fil des ans avec l&#8217;usure de la pierre.</li>
</ul>
<p>Maurras avait à l&#8217;époque 58 ans, et n&#8217;était plus le fougueux athlète qu&#8217;il fut au moment des aventures décrites par <em><a href="http://maurras.net/textes/82.html">Le Mont de Saturne</a></em>. Si Maxime Real del Sarte avait voulu évoquer ses nombreux jeunes compagnons d&#8217;armes tombés au champ d&#8217;honneur, il n&#8217;aurait certainement pas choisi ce modèle-là.</p>
<p>Nous en étions là lorsque nous avons découvert le texte suivant, publié par Roger Joseph dans les derniers jours de 1953 :</p>
<blockquote><p><em>Visage de Charles Maurras soldat, personnage taillé dans le granit et situé à gauche du socle du Monument de la Victoire, œuvre de Maxime Real del Sarte, inauguré à Rouen le 15 novembre 1925. </em></p>
<p><em>Prié par les auteurs de la présente bibliographie de bien vouloir à ce propos interroger l&#8217;artiste, Georges Calzant recevait de ce dernier la réponse que voici, datée du 18 septembre 1953 :</p>
<p></em><em>— Mon cher ami, oui, j&#8217;avais représenté Maurras sous les traits du soldat de gauche du Monument de la Victoire de Rouen, qui était en granit et a été très abîmé par les bombardements de la dernière guerre. J&#8217;avais tenu à associer notre Maître à l&#8217;hommage de la Victoire car, certes, il en était l&#8217;un des grands serviteurs et des grands artisans. Mais, à vrai dire, je crois bien ne le lui avoir jamais dit, car je craignais la réaction qu&#8217;il eut risqué d&#8217;avoir en s&#8217;imaginant revêtu d&#8217;un costume militaire, lui qui avait, je le savais, tant souffert de ne jamais pouvoir le porter. Il me semble que cette subtilité n&#8217;a plus cours et qu&#8217;une iconographie peut le mentionner hardiment.</em></p></blockquote>
<p>Après avoir lu et relu ce texte, nous devons avouer que notre perplexité demeure. À la date citée, Maxime Real del Sarte était à quelques mois de sa mort. Il était très diminué et ne pouvait plus se déplacer. Sa déclaration transite ensuite par Georges Calzant, puis par Roger Joseph, deux fidèles d&#8217;entre les fidèles, mais qui avaient l&#8217;un et l&#8217;autre une propension avérée à enjoliver, à fantasmer, à tirer la couverture à eux. Comment penser que Maxime aurait pu cacher son tour de passe-passe à Maurras, et que personne d&#8217;autre ne l&#8217;ait averti ? Si quelqu&#8217;un, entre 1925 et 1952 (et il faudra vérifier si c&#8217;est 1925 ou 1926…) avait su, écrit, comment Maurras n&#8217;en aurait-il pas été prévenu ? Et s&#8217;il ne l&#8217;a pas été, c&#8217;est que personne ne savait. Tout cela ressemble à un montage hâtif et maladroit.</p>
<p>Quoi qu&#8217;il en soit, 80 ans après son inauguration, un groupuscule d&#8217;extrême gauche affirme que la tête est bien celle de Maurras, et dénonce ce fait comme un scandale, dans un galimatias débordant d&#8217;anachronismes. Scandale qui est d&#8217;ailleurs étendu à Maxime Real del Sarte qui, en raison du combat politique qui fut le sien, doit être éradiqué de la mémoire collective, et ses œuvres retirées de la voie publique. Si bien que, lorsque la tête disparaît, on pense immédiatement que les auteurs de l&#8217;appel à l&#8217;autodafé sont passés à l&#8217;acte.</p>
<p>La Mairie de Rouen dément, mais, du coup, la tête disparue puis réapparue est maintenant, pour tout le monde, la tête de Maurras. Que cela ait été voulu ou non par Maxime Real del Sarte, c&#8217;est devenu  une vérité consensuelle, comme l&#8217;indiquent les termes de la réponse que la Mairie de Rouen nous a fait parvenir le 7 février dernier :</p>
<blockquote><p><em>Pour faire suite à votre courriel, la direction du développement culturel de la Mairie de Rouen vous informe que la « décapitation » de la tête de Maurras située sur le monument aux morts n&#8217;est pas un fait de vandalisme.   En effet, tout porte à croire que cette partie de la statue soit déjà tombée une première fois, et sa repose n&#8217;a certainement pas dû supporter le gel et dégel de ces dernières semaines.   Nous vous assurons que la tête de Maurras a été conservée soigneusement dans les services municipaux qui procèderont prochainement à sa nouvelle pose. Nous vous tiendrons d&#8217;ailleurs informé de cette intervention.   Espérant avoir répondu à vos inquiétudes, nous vous prions, Monsieur, d&#8217;agréer nos salutations distinguées. </em></p>
<p><em> </em><em>X… Assistante de Sophie ROUSSEAU  Directrice Adjointe de la Direction du Développement Culturel<br />
MAIRIE DE ROUEN </em></p></blockquote>
<p>Nous regrettons que la Mairie n&#8217;ait pas donné suite à la proposition que nous lui avons faite en réponse, au nom de l&#8217;AAMCP (Association des Amis de la Maison du Chemin de Paradis, propriétaire de notre site), d&#8217;organiser en liaison avec les associations d&#8217;anciens combattants une cérémonie pour la remise en état de la statue. Mais nous comprenons aisément que la sombre bêtise des premiers « dénonciateurs » ait incité à la prudence et à la discrétion.</p>
<p>Certes, ces considérations « franco-françaises » ne doivent pas retenir notre attention plus qu&#8217;il n&#8217;est nécessaire, c&#8217;est à dire fort peu. Car, outre que l&#8217;objet de notre site est explicitement limité à la connaissance historique de l&#8217;œuvre de Charles Maurras et que nous nous interdisons toute intrusion dans la vie politique actuelle, notre public de lecteurs se trouve sur les cinq continents et, d&#8217;un mois sur l&#8217;autre, la proportion des connexions venant de France ne dépasse jamais 40%. C&#8217;est dire que la majorité de notre lectorat n&#8217;est en rien concernée par des polémiques ayant eu cours sur des micro-blogs normands.</p>
<p>Néanmoins, il entre dans notre mission de rectifier les anachronismes et les erreurs historiques lorsque leur auteur est de bonne foi, qu&#8217;il s&#8217;agisse de Charles Maurras lui-même ou de son entourage immédiat, dont Maxime Real del Sarte fait bien entendu partie. Et cela nous ramène, chaque fois, à la même évidence : il faut absolument pousser à la révision du procès inique qui condamna Charles Maurras en 1945. Car l&#8217;on n&#8217;y peut rien, le verdict existe ; c&#8217;est une réalité objective, et tout commentateur est en droit légitime de s&#8217;appuyer sur ce jugement pour ranger d&#8217;office Charles Maurras dans la catégorie des réprouvés, se privant et privant ainsi son public d&#8217;une clef incomparable de compréhension du monde contemporain et de son histoire.</p>
<p>L&#8217;incident de Rouen nous aura rappelé ce devoir impératif, et nous aura appris qu&#8217;il existe désormais, en France, à Rouen plus précisément, une statue de Charles Maurras, née de toutes pièces d&#8217;un fait divers 82 ans après son inauguration.</p>
<p>Nous sommes preneurs de toute information, ancienne ou récente, qui puisse apporter un peu de lumière dans ce dossier encore bien mystérieux du monument de Rouen. Merci d&#8217;avance à tous ceux de nos correspondants qui pourront mettre des éléments nouveaux à notre disposition.</p>
<p style="clear: both;">&nbsp;</p>
<p><a href="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/09/KOUDE-1-1023x681.jpg" rel="lightbox[2087]"><img src="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/09/KOUDE-1-300x199.jpg" alt="Monument de la Victoire à Rouen - emplacement d&#039;origine vers 1926" title="Monument de la Victoire à Rouen - emplacement d&#039;origine vers 1926" width="300" height="199" class="alignleft frame size-medium wp-image-2089" /></a>
<p style="text-align: right;"><small><em>1 &#8211; Vue du monument devant le Palais de Justice, peu après son inauguration. Cliquez pour agrandir.</em></small></p>
<p style="clear: both;">&nbsp;</p>
<p><a href="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/09/KOUDE.jpg" rel="lightbox[2087]"><img src="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/09/KOUDE-300x225.jpg" alt="Monument de la Victoire à Rouen - inscription" title="Monument de la Victoire à Rouen - inscription" width="300" height="225" class="alignleft size-medium wp-image-2093 frame" /></a>
<p style="text-align: right;"><small><em>2 &#8211; L&#8217;inscription entre les deux poilus : le 8 a été quelque peu raté !  Les caractères de la dernière ligne sont identiques à ceux des lignes précédentes, ce qui fait penser que l&#8217;ensemble a été gravé en une seule fois, après 1945.  Photo prise avant l&#8217;accident.</em></small></p>
<p style="clear: both;">&nbsp;</p>
<p><a href="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/09/KOUDE-2.jpg" rel="lightbox[2087]"><img src="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/09/KOUDE-2-225x300.jpg" alt="Monument de la Victoire à Rouen - fleurissement" title="Monument de la Victoire à Rouen - fleurissement" width="225" height="300" class="alignleft size-medium wp-image-2090 frame" /></a>
<p style="text-align: right;"><small><em>3 &#8211; Fleurissement du monument, place Carnot . Photo prise avant l&#8217;accident.</em></small></p>
<p style="clear: both;">&nbsp;</p>
<p><a href="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/09/KOUDE-3.jpg" rel="lightbox[2087]"><img src="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/09/KOUDE-3-200x300.jpg" alt="Monument de la Victoire - Rouen - 2010" title="Monument de la Victoire - Rouen - 2010" width="200" height="300" class="alignleft size-medium wp-image-2091 frame" /></a>
<p style="text-align: right;"><small><em>4 – Le monument dans sa situation actuelle. Au fond, la cathédrale Saint-Sever.</em></small></p>
<p style="clear: both;">&nbsp;</p>
<p><a href="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/09/KOUDE-4-1024x768.jpg" rel="lightbox[2087]"><img src="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/09/KOUDE-4-300x225.jpg" alt="Monument de la victoire à Rouen - juin 2010" title="Monument de la victoire à Rouen - juin 2010" width="300" height="225" class="alignleft size-medium wp-image-2092 frame" /></a>
<p style="text-align: right;"><small><em>5 – Le monument après la réparation. Photo prise en juin 2010. </em></small></p>
<p style="clear: both;">&nbsp;</p>
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		<title>Noir ou blanc ?</title>
		<link>http://maurras.net/2010/08/28/noir-ou-blanc/</link>
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		<pubDate>Sat, 28 Aug 2010 15:41:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nicolas</dc:creator>
				<category><![CDATA[Nouveautés]]></category>
		<category><![CDATA[1926]]></category>
		<category><![CDATA[1927]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce qui est blanc est blanc. Ce qui est noir est noir. 
L&#8217;obéissance peut-elle, pour un catholique, aller jusqu&#8217;à confesser que ce qui est blanc est noir ? 
Telle est la question que pose la condamnation de l&#8217;Action française par Rome en 1926, résumée en une formule inspirée de notre texte de cette semaine : [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/08/le-Pape-Pie-XI.jpg" rel="lightbox[2071]"><img src="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/08/le-Pape-Pie-XI-189x300.jpg" alt="Pie XI" title="Pie XI" width="189" height="300" class="alignleft size-medium wp-image-2073 frame" /></a><span class="drop_cap">C</span>e qui est blanc est blanc. Ce qui est noir est noir. </p>
<p>L&#8217;obéissance peut-elle, pour un catholique, aller jusqu&#8217;à confesser que ce qui est blanc est noir ? </p>
<p>Telle est la question que pose la condamnation de l&#8217;Action française par Rome en 1926, résumée en une formule inspirée de notre texte de cette semaine : la <a href="http://maurras.net/textes/145.html" class="bibli">préface à <em>L&#8217;Action française et le Vatican</em></a> signée conjointement par Daudet et Maurras en 1927. Peut-être Maurras a-t-il eu, en trouvant la formule, une pensée pour son cher Dante et pour ces guelfes blancs et noirs dont il connaissait bien l&#8217;histoire et les démêlées compliquées avec la papauté.</p>
<p>Autrement dit : une condamnation prononcée par Rome sur des bases faussées, manifestement, parfois même sur des textes faux, comme la baroque accusation de vouloir « rétablir l&#8217;esclavage » dont <a href="http://maurras.net/textes/125.html#p80bis">le cardinal Andrieu fait grief à l&#8217;Action française</a>, une telle condamnation peut-elle obliger en conscience un catholique ?</p>
<p>Un peu moins d&#8217;un siècle après, cette question peut sembler étrange à nos contemporains. C&#8217;est que les temps ont changé et que personne, sauf peut-être quelques fanatiques, ne ferait plus de difficultés pour dire que le Pape se trompe purement et simplement quand il condamne en invoquant des éléments factuellement et textuellement faux, dont n&#8217;importe quel observateur de bonne foi peut constater la fausseté, intentionnelle ou non. On ne peut pas plus aller contre le sens obvie des mots et la matérialité des textes qu&#8217;on ne peut aller contre l&#8217;évidence des sens qui voit ou du noir ou du blanc : voilà au fond ce que dit cette préface.</p>
<p>Sans doute sur tel ou tel point le débat est-il plus sujet à interprétations et la condamnation de Pie XI ne doit-elle pas toujours être réduite à la caricature qu&#8217;en présentent ses plus maladroits propagandistes dans le clergé français d&#8217;alors. Mais il n&#8217;en reste pas moins que dans la polémique, Rome et ses porte-paroles au sein de l&#8217;épiscopat français utilisent des arguments qui datent parfois des libelles du temps du <a href="http://maurras.net/textes/100-3.html">Sillon</a> et dont ils ne peuvent ignorer qu&#8217;ils sont des inventions pures et simples, faites de phrases honteusement sorties de leur contexte, de paragraphes compris hors de tout effort d&#8217;interprétation ou de textes inventés par les ennemis de l&#8217;Action française et attribués à elle toute honte bue. Si bien que la condamnation entière prend – et garde depuis 1926 – le désagréable aspect d&#8217;un bricolage ignominieux fait à seule fin d&#8217;appuyer la volonté politique de Pie XI de reprendre en main la politique catholique en France et de normaliser ses rapports avec la République pour se la conciler sur la scène diplomatique. La naïveté maladroite de ces intentions internationales assombrira d&#8217;ailleurs notablement la suite du pontificat et l&#8217;on sait que Pie XI fera entamer les discussions pour rapprocher l&#8217;Église de l&#8217;Action française tandis que son successeur Pie XII lèvera la condamnation alors que la montée des périls aura définitivement balayé ces… « nuées ».</p>
<p>Nos contemporains comprennent d&#8217;autant moins la violence de ce vieux débat qu&#8217;ils n&#8217;ont souvent plus la notion de ce qu&#8217;a représenté la condamnation de l&#8217;A.F. : on refusa par exemple des enterrements religieux au simple prétexte un peu grotesque au regard d&#8217;une foi sincère que le défunt avait continué à lire un journal plutôt qu&#8217;un autre. Il fallait alors avoir recours à des prêtres qui prenaient le risque de désobéir pour organiser quand même une cérémonie semi-clandestine. Tout cela nous paraît aujourd&#8217;hui bien excessif mais des familles et des consciences furent déchirées par cette querelle. Au point que certains n&#8217;osaient plus lire le journal, même pour s&#8217;informer sur la condamnation qui leur interdisait de le lire ! d&#8217;où, explique Maurras, ce volume de <em>L&#8217;Action française et le Vatican</em> qui veut apaiser les consciences d&#8217;une manière un peu casuiste : lire le journal est interdit aux catholiques ? on mettra donc à la disposition des plus scrupuleux un volume qui reprend les principaux textes de la querelle… dont les articles du journal.</p>
<p>Nous vous présenterons dans les semaines qui viennent les textes de Maurras qui appartiennent à <a href="http://maurras.net/textes/124.html">ce recueil</a> dont nous avions déjà numérisé la plus grande partie du premier chapitre sous le titre « <a href="http://maurras.net/textes/125.html">Charles Maurras et le cardinal Andrieu</a> » ; quant aux documents, lettres ou déclarations d&#8217;autres acteurs de la condamnation, nous les numériserons sous la forme habituelle pour <a href="http://maurras.net/autres-textes/">les textes qui ne sont pas signés de Maurras</a> mais qui présentent néanmoins un intérêt pour comprendre son œuvre.</p>
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		<title>Répression ou prévention ?</title>
		<link>http://maurras.net/2010/08/21/repression-ou-prevention/</link>
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		<pubDate>Sat, 21 Aug 2010 19:19:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nicolas</dc:creator>
				<category><![CDATA[Nouveautés]]></category>
		<category><![CDATA[1908]]></category>

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		<description><![CDATA[Alors qu&#8217;en mars 1908 L&#8217;Action française quotidienne commence à paraître, l&#8217;affaire Ullmo est toujours bien présente dans les esprits mais un autre scandale, financier celui-là, fait déjà la une des journaux : l&#8217;affaire Rochette.
Sorte de Madoff de l&#8217;époque, Rochette fait s&#8217;évaporer des millions à coups de faux bilans grossièrement truqués, ruinant quantité de particuliers : ni [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/08/une-AF-25-03-1908.png" rel="lightbox[2052]"><img src="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/08/une-AF-25-03-1908-213x300.png" alt="Une de l&#039;AF 25 mars 1908" title="Une de l&#039;AF 25 mars 1908" width="213" height="300" class="alignleft size-medium wp-image-2059 frame" /></a><span class="drop_cap">A</span>lors qu&#8217;en mars 1908 <em>L&#8217;Action française</em> quotidienne commence à paraître, <a href="http://maurras.net/textes/47-2.html#note18">l&#8217;affaire Ullmo</a> est toujours bien présente dans les esprits mais un autre scandale, financier celui-là, fait déjà la une des journaux : l&#8217;affaire Rochette.</p>
<p>Sorte de Madoff de l&#8217;époque, Rochette fait s&#8217;évaporer des millions à coups de faux bilans grossièrement truqués, ruinant quantité de particuliers : ni la tutelle bancaire ni le ministère des Finances n&#8217;y trouvent rien à redire avant que l&#8217;affaire ne finisse par éclater, éclaboussant une fois de plus le gouvernement et le parlement de cette troisième République dont Maurras a si souvent dénoncé le caractère ploutocratique. Briand et Clemenceau – qui avait dû à son opportune posture dreyfusienne de sortir du discrédit où l&#8217;avait enfermé le Panama – ne sauvent que de peu le gouvernement du scandale, d&#8217;autant que, curieusement, les petits épargnants se révèlent plus prompts à accuser les politiques que Rochette lui-même, lequel semble bénéficier d&#8217;un certain capital de sympathie chez ceux-mêmes qu&#8217;il a escroqués.</p>
<p><a href="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/08/rochette-NYT-1908.png" rel="lightbox[2052]"><img src="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/08/rochette-NYT-1908-186x300.png" alt="Rochette dans le New-York-Times - 1908" title="Rochette dans le New York Times - 1908" width="186" height="300" class="alignright size-medium wp-image-2064 frame" /></a>Mais du scandale, dont le numéro de l&#8217;AF du 25 mars 1908 parle amplement, Maurras saute bientôt aux enseignements : c&#8217;est le régime qui est responsable bien plus que son personnel et à la faveur d&#8217;une coïncidence avec une mesure de clémence pour les faillis, il pointe le laxisme des peines, qui, dans tous les domaines, poussent au crime. </p>
<p>Prévention certes – Maurras la voit surtout dans les vertus du corps social –, mais répression assurément. </p>
<p><a href="http://maurras.net/textes/144.html" class="bibli">Dans ce court article qui est le premier à s&#8217;intituler « La Politique »</a> et à être signé par Maurras, on retiendra aussi ce mot expressif : <em>l&#8217;humanitairerie</em>.</p>
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		<title>L&#8217;organe du nationalisme intégral</title>
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		<pubDate>Mon, 16 Aug 2010 12:33:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nicolas</dc:creator>
				<category><![CDATA[Nouveautés]]></category>
		<category><![CDATA[1908]]></category>

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		<description><![CDATA[Organe du nationalisme intégral : la formule est en sous-titre de chaque numéro de L&#8217;Action française quotidienne. Elle ne doit rien au hasard. 
« Organe » dépasse la dénomination habi&#173;tuelle et aujourd&#8217;hui un peu vieillie d&#8217;un journal par lequel un courant d&#8217;idées s&#8217;exprime dans le champ de l&#8217;actualité et du débat quotidien : c&#8217;est aussi ce qui a sa [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/08/Une-AF-21-03-1908.png" rel="lightbox[2041]"><img src="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/08/Une-AF-21-03-1908-208x300.png" alt="Une du premier numéro de l&#039;AF quotidienne" title="Une du premier numéro de l&#039;AF quotidienne" width="208" height="300" class="alignleft size-medium wp-image-2045 frame" /></a><em><span class="drop_cap">O</span>rgane du nationalisme intégral</em> : la formule est en sous-titre de chaque numéro de <em>L&#8217;Action française</em> quotidienne. Elle ne doit rien au hasard. </p>
<p>« Organe » dépasse la dénomination habi&shy;tuelle et aujourd&#8217;hui un peu vieillie d&#8217;un journal par lequel un courant d&#8217;idées s&#8217;exprime dans le champ de l&#8217;actualité et du débat quotidien : c&#8217;est aussi ce qui a sa place et sa fonction dans un tout. L&#8217;Action française est alors un mouvement protéiforme qui, déjà et non sans ambiguités ou déséquilibres, prétend s&#8217;adresser aussi bien aux étudiants qu&#8217;aux ouvriers, aux « intellectuels » qu&#8217;aux sympathisants populaires ou à la petite bourgeoisie, aux diverses classes sociales qu&#8217;elle ne nie pas ; elle s&#8217;est donc dotée de cercles divers, d&#8217;une Revue, d&#8217;organisations satellites qui s&#8217;adressent plus particulièrement à telle ou telle partie du public. En cet âge d&#8217;or de la presse, un journal revêt donc une importance particulière pour réunir ces branches — diverses par leur nature, leur public ou leur orientation — en un faisceau qui manifestera l&#8217;unité dont elles procèdent. </p>
<p>Mais cette unité, précisément, quelle est-elle ? Qu&#8217;est-ce au juste que le nationalisme intégral ? On en a souvent fait une sorte de chauvinisme intégriste, de manière d&#8217;autant plus vague qu&#8217;elle permet une condamnation plus facile. Or le terme a un sens précis et le concept a une généalogie, qui ne doivent rien, au début du vingtième siècle, aux querelles qui s&#8217;exacerberont plusieurs décennies après autour de la représentation historique des nationalismes. Encore moins faut-il en chercher le sens au regard de l&#8217;utilisation idéologique faite du nationalisme par la gauche communiste dans la deuxième moitié du vingtième siècle, où le terme devient un repoussoir dont l&#8217;usage relève plus du slogan ou du pavlovisme que du discours proprement politique.</p>
<p><a href="http://maurras.net/textes/142.html" class="bibli">Le 21 mars 1908, le premier article du premier numéro de <em>L&#8217;Action française</em> quotidienne,</a> article co-signé par Maurras et les principales figures du journal, cherche à répondre autant que possible à cette question en présentant le <em>nationalisme intégral</em> dont le journal se réclamera jusqu&#8217;à sa disparition.</p>
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		<title>Dispares ordines sane proprios bene constituae civitatis</title>
		<link>http://maurras.net/2010/08/07/dispares-ordines-sane-proprios-constituae-civitatis/</link>
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		<pubDate>Sat, 07 Aug 2010 12:24:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe</dc:creator>
				<category><![CDATA[Autour des textes]]></category>
		<category><![CDATA[1901]]></category>
		<category><![CDATA[1910]]></category>
		<category><![CDATA[1937]]></category>

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		<description><![CDATA[Le lecteur de La Politique naturelle, préface de Mes idées politiques, remarquera, vers le milieu du troisième chapitre Hérédité et Volonté, le paragraphe suivant :
… L&#8217;étranger qui nous visitait sous l&#8217;ancien régime admirait le français délicat, pur et fin, que parlaient de simples artisans du peuple de Paris. Leur langage réfléchissait comme une surface polie [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span class="drop_cap">L</span>e lecteur de <em>La Politique naturelle</em>, préface de <em>Mes idées politiques</em>, remarquera, vers le milieu du troisième chapitre <em>Hérédité et Volonté</em>, le paragraphe suivant :</p>
<blockquote><p>… L&#8217;étranger qui nous visitait sous l&#8217;ancien régime admirait le français délicat, pur et fin, que parlaient de simples artisans du peuple de Paris. Leur langage réfléchissait comme une surface polie un ordre de distinction naturelle inhérent aux sociétés bien construites :<em xml:lang="la" lang="la"> dispares ordines sane proprios bene constitutae civitatis</em>, comme la sagesse catholique le constate si fortement…</p></blockquote>
<p>On le trouve aux pages 38-39 (en chiffres romains) de l&#8217;édition originale de 1937, et à la page 201 du second tome des <em>Œuvres capitales</em>.</p>
<p><a href="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/08/leon-xiii.jpg" rel="lightbox[2029]"><img src="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/08/leon-xiii.jpg" alt="Léon XIII" title="Léon XIII" width="150" class="alignleft size-full wp-image-2034 frame" /></a> Fait curieux, la citation latine n&#8217;y est ni située, ni traduite. Et il semble en être ainsi dans toutes les éditions et rééditions de cette préface qui est sans doute, de tous les textes de Maurras, celui qui a été le plus donné à lire et à méditer aux disciples et aux sympathisants du Maître.</p>
<p>Nous ignorons combien, parmi eux, ont d&#8217;évidence compris et remis dans leur contexte les sept mots latins cités en italique. Ils ont en tous cas peu cherché à communiquer leur savoir autour d&#8217;eux, car les divers commentateurs, annotateurs et rééditeurs dont nous avons connaissance ont choisi pudiquement de laisser entier le mystère. Et nous ignorons si, au cours des multiples échanges de brouillons, d&#8217;épreuves et de corrections entre Maurras, alors détenu à la Santé, et Rachel Stefani (<em>alias</em> Pierre Chardon) qui faisait la navette avec l&#8217;imprimeur, il a été question ou non de laisser ce passage tel quel, ou de lui apporter quelque explication.</p>
<p>Risquons-nous à une hypothèse.</p>
<p>Ces quelques mots, que l&#8217;on peut traduire par : <em>la différenciation des classes sociales est assurément le propre des Cités bien organisées,</em> représentaient pour Maurras bien plus que leur signification intrinsèque, laquelle était déjà en elle-même fondamentale de sa pensée. Ils lui rappelaient un temps  de l&#8217;histoire des idées, un temps du combat intellectuel, où la Papauté se rangeait délibérément de son côté, contre le progressisme et le démocratisme du Sillon ou de ses précurseurs. Ces mots sonnent comme le symbole, le souvenir, le résumé d&#8217;une alliance qui eût pu emporter une victoire décisive. Aux lecteurs, dès lors, de le savoir ! ou de faire l&#8217;effort requis, de mémoire, de réflexion, de documentation ; pour Maurras, il n&#8217;y avait pas lieu d&#8217;en dire davantage.</p>
<p>Comme les devises gravées au burin dans la pierre d&#8217;un monument public offert à tous les visiteurs, initiés ou non, ces sept mots latins devaient se suffire à eux-mêmes, et présenter le même visage à tous les lecteurs, initiés ou non.</p>
<p>L&#8217;explication vaut-elle ? Quoi qu&#8217;il en soit, ce sont en fait deux temps de la Papauté, et non un seul, qui sont résumés par cette maxime qui participe de l&#8217;un et de l&#8217;autre.</p>
<p>Pie X, dans sa <em><a href="http://maurras.net/pdf/rome/pie-x_lettre-condamnation-sillon.pdf" class="bibli">Lettre sur le Sillon</a></em> du 25 août 1910, cite ce passage de l&#8217;encyclique <em><a href="http://maurras.net/pdf/rome/encyclique_graves-de-communi.pdf" class="bibli">Graves de communi re</a></em>, promulguée par Léon XIII le 18 janvier 1901 :</p>
<blockquote><p>… maintenir la diversité des classes qui est assurément le propre de la cité bien constituée, et vouloir pour la société humaine la forme et le caractère que Dieu, son auteur, lui a imprimés.</p></blockquote>
<p>et en donne le texte original latin en note :</p>
<blockquote><p><em xml:lang="la" lang="la">… dispares tueatur ordines, sane proprios bene constitutae civitatis ; eam demum humano convictui velit formam atque indolem esse, qualem Deus auctor indidit.</em></p></blockquote>
<p>Tandis que la version française de <em>Graves de communi re</em> propose la version suivante :</p>
<blockquote><p>Elle [la démocratie chrétienne] doit pourvoir aux intérêts des petits, sans cesser de conduire à la perfection qui leur convient les âmes créées pour les biens éternels. Pour elle, il ne doit y avoir rien de plus sacré que la justice ; il lui faut garder à l&#8217;abri de toute atteinte le droit de propriété et de possession, maintenir la distinction des classes qui, sans contredit, est le propre d&#8217;un État bien constitué ; enfin, il faut qu&#8217;elle accepte de donner à la communauté humaine une forme et un caractère en harmonie avec ceux qu&#8217;a établis le Dieu créateur.</p></blockquote>
<p>On le voit, l&#8217;écart entre les variantes est considérable. Maurras aura donc préféré ne retenir que le texte latin, tellement plus concis, où <em xml:lang="la" lang="la">ordo</em> évoque l&#8217;Ordre, et les Ordres, au moins autant que les classes sociales, où <em xml:lang="la" lang="la">civitas</em> fait davantage penser à la Cité antique qu&#8217;à l&#8217;État moderne, et où <em xml:lang="la" lang="la">constituta</em> ne doit rien à aucun régime constitutionnel.</p>
<p>Séparés par une période de neuf ans et demi qui aura vu, en France, la rupture du concordat, les deux textes pontificaux présentent de nombreuses analogies, surtout vis à vis des catholiques et du clergé français. En 1901, Léon XIII accepte le mot de <em>démocratie chrétienne</em>, mais c&#8217;est pour l&#8217;opposer frontalement au socialisme, à l&#8217;égalitarisme et à la lutte des classes. En 1910 Pie X accepte le mot de <em>Sillon</em>, mais c&#8217;est pour remettre celui-ci sur le chemin de l&#8217;orthodoxie romaine. Dans les deux cas, il s&#8217;agit de textes tardifs, précédant de peu la mort de leurs auteurs. Dans les deux cas, il s&#8217;agit de textes prescriptifs, qui donnent des instructions précises aux fidèles, qui organisent la reprise en mains des brebis égarées. Et dans les deux cas, ces prescriptions ne seront suivies d&#8217;aucun effet. Le parti chrétien progressiste sait en effet à merveille jouer du gallicanisme quand cela l&#8217;arrange, et se montrer d&#8217;un papisme sourcilleux lorsque le Vatican tourne en son sens.</p>
<p>Nous avions déjà publié la <em>Lettre sur le Sillon</em>, en annexe de <a href="http://maurras.net/pdf/maurras_democratie-religieuse.pdf">la version PDF de <em>La Démocratie religieuse</em></a>. Compte tenu du rôle majeur que ce texte a joué dans la genèse de l&#8217;œuvre maurrassienne, nous pensons utile de le publier à part, en format usuel, de même que la version française de <em>Graves de communi re</em>. La précision, la rigueur et l&#8217;exhaustivité de ces deux documents expliquent peut-être aussi, en partie, pourquoi Maurras a pu attendre jusqu&#8217;en 1937 pour rédiger sa propre synthèse sur ces mêmes questions ; c&#8217;est qu&#8217;il s&#8217;y reconnaissait entièrement.    </p>
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		<title>Le déferlement du n&#8217;importe quoi</title>
		<link>http://maurras.net/2010/07/24/le-deferlement-du-nimporte-quoi/</link>
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		<pubDate>Sat, 24 Jul 2010 13:40:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe</dc:creator>
				<category><![CDATA[Nouveautés]]></category>
		<category><![CDATA[1943]]></category>

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		<description><![CDATA[Ne pas vérifier ses sources, se tromper et ne pas se donner la peine de rectifier, considérer que toute erreur que l&#8217;on commet soi-même est vénielle par définition, tels semblent bien être les canons du journalisme contemporain. Le vrai et le faux se valent, et une préférence systématique va au n&#8217;importe quoi.
 Et si rien [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span class="drop_cap">N</span>e pas vérifier ses sources, se tromper et ne pas se donner la peine de rectifier, considérer que toute erreur que l&#8217;on commet soi-même est vénielle par définition, tels semblent bien être les canons du journalisme contemporain. Le vrai et le faux se valent, et une préférence systématique va au <em>n&#8217;importe quoi</em>.</p>
<p><a href="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/07/lot027.jpg" rel="lightbox[2014]"><img src="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/07/lot027-300x237.jpg" alt="Le goût de la vérité (Inscriptions sur nos ruines)" title="Le goût de la vérité (Inscriptions sur nos ruines)" width="300" height="237" class="alignleft size-medium wp-image-2019 frame" /></a> Et si rien ne distingue au fond le vrai du faux, la réprobation ne doit pas tant toucher celui qui a proféré une énormité que le mauvais coucheur qui l&#8217;a dénoncée. Quel attardé, quel fâcheux, en effet, que celui qui s&#8217;obstine à exiger l&#8217;exactitude et à vitupérer l&#8217;inexactitude, alors que seule compte, selon les cas, l&#8217;émotion suscitée ou l&#8217;indi&shy;gnation brandie !</p>
<p>Généralement, nos modernes râleurs attribuent ces défauts à l&#8217;air du temps, ce temps frelaté que nous vivons, alors que jadis la bonne éducation, le scrupule et la probité intellectuelle étaient de mise. Ah, qu&#8217;elle était chérie et recherchée, la Vérité, au doux temps d&#8217;autrefois…</p>
<p>Fort bien, mais jusqu&#8217;où faut-il remonter dans l&#8217;Histoire pour trouver des hommes intègres et des ouvrages cent fois sur le métier repassés ?</p>
<p><a href="http://maurras.net/textes/141.html" class="bibli">Dans un article publié sous l&#8217;occupation</a>, dans <em>Candide</em>, le 26 mai 1943, Maurras nous suggère qu&#8217;il faut en tous cas remonter beaucoup plus loin en arrière. En effet, pour ce qu&#8217;il voit en ces heures tragiques, la situation semble en tous points comparable à ce que nous connaissons aujourd&#8217;hui : le n&#8217;importe quoi est à la mode, le n&#8217;importe quoi s&#8217;impose partout. Qu&#8217;il soit question de philosophie ou d&#8217;histoire, des mythes absurdes et infondés naissent, mutent et se multiplient, enfin s&#8217;imposent, tel un cancer de la pensée, ne laissant à la vérité des faits aucune chance de se faire entendre.   </p>
<p>Et il ne suffit pas d&#8217;en appeler à la rigueur et au bon sens. Car le penchant général pour la facilité du n&#8217;importe quoi est encouragé, porté, stimulé par l&#8217;esprit démocratique ; il n&#8217;y a intrinsèquement ni vrai ni faux, tout se vaut, et ce sont des majorités changeantes et capricieuses qui décident. Mais Maurras ne va pas plus loin dans ce court article qui n&#8217;est qu&#8217;un simple divertissement d&#8217;écriture, à la Juvénal ; <a href="http://maurras.net/textes/92.html"><em>L&#8217;Avenir de l&#8217;Intelligence</em></a> a été achevé quarante ans auparavant, et restera sans suite. </p>
<p>Que nous reste-t-il, dès lors, des prescriptions finales de <em>L&#8217;Avenir de l&#8217;Intelligence</em> ? Le « vrai seul » cher à Sainte-Beuve a été submergé par le déferlement de ce <em>n&#8217;importe quoi</em> qui aura tué la critique littéraire, privant d&#8217;oxygène le genre où le jeune Maurras fit ses premières armes. Maurras qui lui-même en est l&#8217;une des principales victimes ; s&#8217;il est un auteur dont on dit n&#8217;importe quoi, de nos jours, c&#8217;est bien lui !</p>
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		<title>Réponse à un lecteur de L&#8217;Huma</title>
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		<pubDate>Sun, 18 Jul 2010 17:21:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nicolas</dc:creator>
				<category><![CDATA[Nouveautés]]></category>
		<category><![CDATA[1908]]></category>

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		<description><![CDATA[L&#8217;Action française quotidienne commence à paraître le 21 mars 1908. Outre le premier article du premier numéro, article collectif traitant du nationalisme intégral et co-signé par ceux qui seront les principales figures du journal, Maurras signe le 22 une revue de presse sous son pseudonyme bien connu de Criton. Même chose le lendemain 23. Nous numériserons [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/07/Une-AF-24-03-1908.png" rel="lightbox[1992]"><img src="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/07/Une-AF-24-03-1908-212x300.png" alt="" title="Une de l&#039;AF du 24 mars 1908" width="212" height="300" class="alignleft size-medium wp-image-2002 frame" /></a><em><span class="drop_cap">L&#8217;</span>Action française</em> quotidienne commence à paraître le 21 mars 1908. Outre le premier article du premier numéro, article collectif traitant du nationalisme intégral et co-signé par ceux qui seront les principales figures du journal, Maurras signe le 22 une revue de presse sous son pseudonyme bien connu de <em>Criton</em>. Même chose le lendemain 23. Nous numériserons à l&#8217;occasion l&#8217;une ou l&#8217;autre de ces revues de presse pour en donner une idée, sans doute ferons nous de même pour celles qui parlent d&#8217;événements ou d&#8217;écrits plus particulièrement remarquables ou histo&shy;riques, ou encore pour celles qui développent des vues originales,  mais leur masse même, leur caractère souvent très circonstanciel et le fait que parfois la plupart des lignes n&#8217;y sont pas de Maurras lui-même mais des publications dont il fait la revue en diminuent l&#8217;intérêt.</p>
<p>Il faut donc attendre le 24 mars 1908 pour trouver un article signé « Charles Maurras » dans <em>L&#8217;Action française</em> quotidienne, premier d&#8217;une très longue liste.</p>
<p><a href="http://maurras.net/textes/140.html" class="bibli">Il s&#8217;agit, sous le titre « Le Bien de tous »</a>, de la réponse à une lettre, peut-être fictive, qui aurait été envoyée à l&#8217;A. F. dès le 21 mars par un lecteur de <em>L&#8217;Humanité</em> : occasion de dire clairement que la dimension sociale n&#8217;est pas oubliée par la nouvelle publication royaliste, mais qu&#8217;elle ne saurait se suffire à elle-même et que c&#8217;est dans le cadre national et royal que cette préoccupation sociale prend son sens.</p>
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		<title>Une imprécision corrigée</title>
		<link>http://maurras.net/2010/07/13/une-imprecision-corrigee/</link>
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		<pubDate>Tue, 13 Jul 2010 10:51:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Nicolas</dc:creator>
				<category><![CDATA[Autour des textes]]></category>
		<category><![CDATA[Vie du site]]></category>
		<category><![CDATA[1923]]></category>

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		<description><![CDATA[On ne peut pas tout savoir ! Faut-il s&#8217;en plaindre ou s&#8217;en réjouir ? 
Toujours heureux de corriger une erreur ou une imprécision, nous devons donc remercier M. Henry D. qui, meilleur connaisseur de l&#8217;œuvre de Plutarque que nous ne le sommes, nous a donné la référence de la mention faite par Maurras d&#8217;une apostrophe [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span class="drop_cap">O</span>n ne peut pas tout savoir ! Faut-il s&#8217;en plaindre ou s&#8217;en réjouir ? </p>
<p>Toujours heureux de corriger une erreur ou une imprécision, nous devons donc remercier M. Henry D. qui, meilleur connaisseur de l&#8217;œuvre de Plutarque que nous ne le sommes, nous a donné la référence de la mention faite par Maurras d&#8217;une apostrophe parlementaire de Jaurès à Alexandre Ribot. La citation n&#8217;est pas faite très littéralement et souffre de quelque imprécision. Heureux temps où l&#8217;on savait ces textes au point de partager les mêmes erreurs sur leur détail sans même les corriger pour se les envoyer à la tête depuis la tribune de la Chambre des députés…</p>
<p>Nous corrigeons donc notre <a href="http://maurras.net/textes/133.html#note6">note numéro 6 à l&#8217;article sur Alexandre Ribot du 15 janvier 1923</a>.</p>
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		<title>Chroniques du bombardement de Paris</title>
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		<pubDate>Sun, 04 Jul 2010 08:55:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe</dc:creator>
				<category><![CDATA[Nouveautés]]></category>
		<category><![CDATA[1918]]></category>
		<category><![CDATA[1923]]></category>
		<category><![CDATA[1932]]></category>

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		<description><![CDATA[Le mois de novembre 1923 marque sans doute l&#8217;apogée, puis le point de retournement de la puissance française vis-à-vis de l&#8217;Allemagne, et, corrélativement, de la concordance entre les idées de l&#8217;Action française et la politique étrangère du gouvernement de la Troisième république.
La Ruhr est occupée par les troupes françaises depuis le 11 janvier 1923. Après [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/07/canparis7.jpg" rel="lightbox[1964]"><img src="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/07/canparis7-150x150.jpg" alt="Canon du bombardement de Paris" title="Canon du bombardement de Paris" width="150" height="150" class="alignleft size-thumbnail wp-image-1983 frame" /></a><span class="drop_cap">L</span>e mois de novembre 1923 marque sans doute l&#8217;apogée, puis le point de retournement de la puissance française vis-à-vis de l&#8217;Allemagne, et, corrélativement, de la concordance entre les idées de l&#8217;Action française et la politique étrangère du gouvernement de la Troisième république.</p>
<p>La Ruhr est occupée par les troupes françaises depuis le 11 janvier 1923. Après quelques mois de « résistance passive », l&#8217;Allemagne qui met fin à cette posture le 23 septembre semble s&#8217;enfoncer dans le désordre. Semaine après semaine, l&#8217;hyperinflation y ruine les rentiers et les épargnants, alors que le pouvoir central contrôle de moins en moins le pays. Après une courte période de fierté et d&#8217;union nationales autour du gouvernement de la république de Weimar, des lézardes profondes apparaissent. Un nationaliste nommé Adolf Hitler mène la surenchère en Bavière, où son jeune mouvement devient de plus en plus puissant.</p>
<p>À Paris, le président du Conseil Raymond Poincaré tient bon, exige de l&#8217;Allemagne le payement des réparations prévues par le traité de Versailles, sans discussion ni moratoire. Dès lors, l&#8217;occupation française dans la Ruhr se fait de plus en plus coercitive et confiscatoire. N&#8217;est-ce pas ce que Maurras réclame avec insistance depuis la signature du « mauvais traité » ?    </p>
<p>Cependant cette situation est fragile et Maurras le sent bien. À Berlin, Gustav Streseman qui est arrivé au pouvoir le 13 août reprend peu à peu la maîtrise des événements. Il attise subtilement les dissensions entre les Alliés ; en effet les Anglo-Saxons désapprouvent l&#8217;intransigeance française, car un économiste nommé John Manyard Keynes est devenu célèbre en expliquant qu&#8217;une Allemagne ruinée ne remboursera rien à personne, et surtout qu&#8217;un étranglement de l&#8217;économie allemande ferait gravement souffrir les entreprises britanniques dont elle est le principal marché. En France, le parti des pacifistes est redevenu puissant, les opposants à la politique de fermeté se font de plus en plus entendre, et la forme républicaine de l&#8217;État rend celui-ci dépendant des caprices de l&#8217;opinion…</p>
<p>Aussi Maurras déploie-t-il toute son énergie pour dénoncer les sirènes d&#8217;une fausse paix qui laisserait l&#8217;Allemagne redevenir dangereuse, comme la Prusse sut le faire après Iéna. Cinq ans déjà ont passé depuis l&#8217;armistice, et le souvenir des atrocités de la guerre commence à s&#8217;estomper. Et s&#8217;il est naturel que les populations oublient peu à peu, car il faut bien vivre, il revient à l&#8217;État, selon Maurras, d&#8217;être le « conservatoire des griefs » et de tenir le grand livre du ressentiment national.  </p>
<p>Tel est le thème de sa conclusion de <a href="http://maurras.net/textes/139.html" class="bibli">l&#8217;ouvrage <em>Les Nuits d&#8217;épreuve ou la Mémoire de l&#8217;État</em></a>. Maurras y réunit ses articles du printemps 1918 sur les bombardements de Paris, épisodes dont le rappel devrait suffire à obvier le risque d&#8217;un retour triomphant du pacifisme, et leur adjoint une préface et un épilogue où transparaissent toutes ses inquiétudes :</p>
<blockquote><p>Cette chronique de nos deuils, de nos ruines, de nos justes indignations motive et fortifie aussi clairement que possible l&#8217;amertume des déconvenues de la France depuis l&#8217;armistice et surtout depuis le traité.</p>
<p>Quelque chose a manqué, sans conteste possible, pendant cette guerre et depuis cette paix. Et cette chose, c&#8217;est l&#8217;État.</p>
<p>Nous nous sommes défendus. Dans la carence de l&#8217;État, nous n&#8217;avons su ni ce que nous voulions, ni ce qu&#8217;il nous fallait au terme de la défense victorieuse.</p>
<p>Maintenant nous exploitons juridiquement et péniblement ce mauvais traité. Cela se fait depuis quelques mois, depuis l&#8217;entrée dans la Ruhr, le moins mal possible ; une action tardive répare difficilement un ensemble d&#8217;omissions précipitées. La pression directe de nos nécessités financières a seule obtenu cet effort.</p>
<p>Nous n&#8217;avons eu ni politique de la guerre ni politique de la paix. Rien n&#8217;a été dirigé de haut, envisagé de loin, élevé de nos profondeurs. Tout le monde en convient. Il faudrait convenir de nous reconstruire un État.</p></blockquote>
<p>Deux éditions se suivent, en décembre 1923 et janvier 1924, et le texte sera repris en 1932 dans le recueil <em>Heures immortelles</em>.</p>
<p>Mais, pendant les dernières semaines de 1923, le vent tourne. D&#8217;abord en Allemagne : Hitler tente de prendre le pouvoir le 8 novembre, échoue, et Streseman peut raffermir sa position. Puis, le 20 novembre, l&#8217;État allemand annule sa dette intérieure et un nouveau mark met fin à l&#8217;hyperinflation. L&#8217;économie peut repartir…</p>
<p>Et en France, le 24 décembre, un tribunal acquitte Germaine Berton, qui pourtant revendique haut et fort l&#8217;assassinat de Marius Plateau. Par ce geste symbolique, c&#8217;est tout le pays légal républicain, qu&#8217;il soit judiciaire, policier ou politique, mais aussi intellectuel, universitaire, social ou économique, qui signifie son désir de solder les comptes de la Grande Guerre et son aspiration à réintégrer l&#8217;Allemagne dans le concert des « nations démocratiques ». Le reste s&#8217;ensuit : le 11 mai 1924, c&#8217;est la victoire du cartel des Gauches, puis en août le ralliement au plan Dawes qui ramène les réparations allemandes à la portion congrue. Le retrait de la Ruhr est décidé quelques mois plus tard, sans contreparties.</p>
<p>Le parallèle est saisissant : l&#8217;anarchiste Germaine Berton est relaxée en raison de son pacifisme, alors que peu après, Adolf Hitler, lors du procès de son coup d&#8217;État manqué, bénéficiera de la mansuétude de ses juges en raison de son patriotisme.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, plus personne ne se souvient que Paris fut bombardé au printemps 1918. Les manuels d&#8217;histoire sont unanimes à qualifier l&#8217;occupation de la Ruhr d&#8217;erreur politique et de désastre économique. Il nous reste, pour comprendre cette époque autrement que par sa caricature, à lire et à méditer le texte de Maurras : <em>tout ça, pour ça !</em></p>
<p><a href="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/07/ZB018.jpg" rel="lightbox[1964]"><img src="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/07/ZB018-192x300.jpg" alt="Titre" title="Titre" width="192" height="300" class="alignleft size-medium wp-image-2011 frame" /></a><a href="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/07/ZB019.jpg" rel="lightbox[1964]"><img src="http://maurras.net/wp-content/uploads/2010/07/ZB019-183x300.jpg" alt="Dédicace" title="Dédicace" width="183" height="300" class="alignleft size-medium wp-image-2012 frame" /></a></p>
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		<title>Par où Kant se décante</title>
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		<pubDate>Fri, 25 Jun 2010 12:29:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe</dc:creator>
				<category><![CDATA[Nouveautés]]></category>
		<category><![CDATA[1904]]></category>

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		<description><![CDATA[Le 9 février 1904, dans la rade de Chemulpo (aujourd&#8217;hui Incheon, en Corée du Sud), la flotte japonaise attaque les deux navires de guerre russes qui s&#8217;y trouvent, et ceux-ci se sabordent après avoir été durement touchés. La guerre entre les deux pays ne sera pourtant formellement déclarée que le lendemain. Donc, en regard des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span class="drop_cap">L</span>e 9 février 1904, dans la rade de Chemulpo (aujourd&#8217;hui Incheon, en Corée du Sud), la flotte japonaise attaque les deux navires de guerre russes qui s&#8217;y trouvent, et ceux-ci se sabordent après avoir été durement touchés. La guerre entre les deux pays ne sera pourtant formellement déclarée que le lendemain. Donc, en regard des lois internationales, cette agression relève de la piraterie. Mais elle vient également rappeler au monde que les traités ne sont que papier, et que quand ils ne reflètent pas les vrais rapports de force, ceux-ci reprennent vite le dessus, avec brutalité si besoin est.</p>
<p>Trois jours plus tard, le 12 février, l&#8217;Europe célèbre le centenaire de la mort de Kant, l&#8217;homme qui justement voyait dans le développement de la « juridicisation » des relations internationales la clef d&#8217;une <em>paix perpétuelle</em>.</p>
<p>Maurras ne manque pas de rapprocher les deux événements, et <a href="http://maurras.net/textes/138.html" class="bibli">publie le 18 février 1904, dans la <em>Gazette de France</em>, un article vivement anti-kantien</a> qui sera repris en 1916 dans le recueil <em>Quand les Français ne s&#8217;aimaient pas</em> sous le titre « À Chemulpo, ou le centenaire de Kant ». </p>
<p>En 2004, la renommée de Kant en France était réduite à bien peu de chose, par rapport à la situation que Maurras décrivait un siècle plus tôt. Le bicentenaire de sa mort est passé totalement inaperçu de ce côté-ci du Rhin. Le gouvernement fédéral allemand avait bien souhaité en faire son affaire, en forçant du même coup les Russes à ouvrir des négociations sur le statut de Kaliningrad. Ce fut peine perdue. Le Vert Joschka Fischer, alors ministre des Affaires étrangères, se contenta d&#8217;un discours où il qualifiait Kant de « fondateur de notre modernité » ; sans doute aurait-il pu, dans l&#8217;ex-Königsberg, traduire mot à mot les platitudes prononcées à Paris deux ans plus tôt pour le bicentenaire de la naissance de Victor Hugo. Ces deux-là n&#8217;auront eu que deux ans de vie commune ici bas, mais les caricatures de vision prophétique du monde qu&#8217;on leur attribue à l&#8217;un et à l&#8217;autre ne se distinguent guère.</p>
<p>Kant est-il oublié parce que ses idées ont triomphé ? C&#8217;est ce que beaucoup pourraient penser, tant l&#8217;emprise du droit et des engagements réciproques semble désormais régir le monde et réglementer l&#8217;usage de la force… jusqu&#8217;au jour du prochain Chemulpo !  </p>
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