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Archives pour la catégorie « Autour des textes »

Fauteuil 16

Samedi 2 juin 2007

Nous vous parlions récemment du duc de Lévis Mirepoix qui a succédé à Charles Maurras à l’Académie française.

Nous vous proposons de télécharger son discours de réception, où il fait le traditionnel éloge de son prédécesseur.

Académie française

L’historien de la monarchie de Juillet

Mardi 17 avril 2007

À l’âge de vingt ans, Charles Maurras publie dans La Controverse et le Contemporain, revue éditée par un comité de professeurs des facultés catholiques de Lyon, une longue critique de l’Histoire de la monarchie de Juillet de Paul Thureau-Dangin. Sur les sept tomes que comptera finalement cette œuvre monumentale, quatre sont parus au moment où l’article est écrit.

Maurras se montre très élogieux pour l’auteur, et cette admiration ne faillira pas dans les années qui suivront, bien que les deux hommes ne partagent pas les mêmes convictions. Paul Thureau-Dangin est un libéral conservateur, très attaché au régime parlementaire ; Maurras admire en lui l’homme de lettres, son style, son érudition et surtout sa méthode d’analyse et d’écriture de l’histoire. En 1913, après la mort de l’historien entre temps devenu académicien, Maurras lui rend un bel hommage, tout en moquant avec courtoisie l’attachement du défunt au parlementarisme. Cet article sera repris en 1928 dans Les Princes des Nuées.

Mais revenons en 1888. L’actualité, c’est le boulangisme, et le régime en place, bien que parlementaire, n’a plus grand chose de commun avec le parlementarisme « à l’anglaise » de la monarchie de Juillet. Aussi Maurras limite-t-il ses commentaires à cette période, et à la méthode historique en général ; et il trouve tant à dire, sur la société, les institutions, la littérature, les débats des années 1830 à 1848, qu’il s’y immerge avec volupté. Et le lecteur d’aujourd’hui ne manquera pas de voir, sous ces flots d’érudition précoce, que les idées que Maurras développera plus tard, et dont on entend souvent dire qu’elles lui sont venues pendant les années marquées par l’affaire Dreyfus, étaient déjà largement esquissées lorsque paraît l’article en septembre 1888.

Une courte notice de 1894

Dimanche 21 janvier 2007

Tirée du numéro 136 de la Plume (15 décembre 1894, p. 518-519), la courte notice suivante ne peut figurer parmi les œuvres de Charles Maurras, elle n’a ni l’originalité ni les dimensions qui lui permettraient cette ambition. Elle a néanmoins son intérêt ; si Une Passade est un peu oubliée, Henry Gauthier-Villars, alias Willy, ne l’est pas : c’est bien le Willy qui épousa Colette puis signa plusieurs de ses ouvrages à défaut de les écrire, qui fut un journaliste brillant et un critique musical ou dramatique aussi avisé que féroce.

Bibliographie

Une Passade

Notre collaborateur et ami Henry Gauthier-Villars vient de publier chez Flammarion un petit chef-d’oeuvre, cette Passade qu’il a signée de son pseudonyme habituel et déjà plus qu’a demi célèbre de Willy.

Nous ne parlerons pas de Willy. Willy, ce joli nom correspond dans l’esprit des lecteurs à des images parfaitement arrêtées et d’une netteté entière. Les directeurs de journaux disent déjà aux débutants « Faites nous du Willy » comme ils demandaient du Janin il y a cinquante ans. Mais Willy vaut mieux que Janin, et Janin n’a d’ailleurs jamais écrit Une passade, ni rien qui vaille ce charmant poème de l’Amour-Esclave.

Une Passade est, d’ailleurs, d’un Willy tout neuf, d’un Willy en profondeur, si j’ose ainsi parler. On le connaissait et on l’admirait pour l’agilité de ses sautillements, pour les vastes espaces de pensées qu’il courait en un clin de phrase, en un tour de main, en rien de temps, le nombre de secondes indispensables à la sommaire indication d’un bon calembour. Des calembours métaphysiques, des calembours moraux, Willy en fourmillait dans ses moindres cartons. Mais voici que le moraliste intégral se démasque, et le métaphysicien pur nous apparaît dans !es pages d’Une Passade.

Ne riez pas. Il y a là une métaphysique, courte et bonne, d’une des passions essentielles de l’amour, qui, sans conteste, est l’habitude. Il y a une description de l’intérieur (très peu meublé, je le concède, mais la faute n’en est nullement au peintre, à Willy) d’une âme de petite femme.

Puis les jolis paysages de Montmartre ! Les tendres croquis d’anarchistes au café et, par dessus tout, la belle charge (elle était devenue nécessaire), de la jeune grue littéraire coiffée en Botticelli, allongeant des yeux de Lippi, discutant de perversité et de magnificence, et, pour couronne, se distribuant en récompense aux esthètes les mieux aimés des Muses les plus absconses.

Charles Maurras

Macchus échappé des Atellanes

Mercredi 17 janvier 2007

Mon cher Deschamps,

Votre collaborateur M. Adolphe Retté, dans la Plume du 15 février dernier, mêle mon nom à de plates bouffonneries. Dites-lui, je vous prie, qu’il a perdu son temps : il ne m’a pas donné le sujet ni l’envie de m’intéresser à ses livres.
La première agression qu’il se permit à mon égard lui ayant été fructueuse, M. Adolphe Retté a cru sans doute qu’il pourrait réaliser indéfiniment le même profit. Il s’est trompé. Ces beaux calculs ne réussissent qu’une fois. Je vous prie de l’en informer.
Et je vous serais reconnaissant encore, mon cher Deschamps, de publier ces lignes à la place où mon nom a paru dans la Plume.
Cordialement à vous,

Charles Maurras.
Paris (7, rue Guénégaud) 17 février 1895.

Décidément Retté avait mauvais caractère et n’avait pas pardonné les critiques de Maurras sur son Thulé des brumes trois ans plus tôt.

Qu’avait donc écrit Retté dans le numéro du 15 février 1895 pour que Maurras envoie cette lettre à Deschamps, directeur de la Plume, en lui demandant de l’insérer dans le numéro suivant ?

Il avait employé quelques termes peu amènes, encore aggravés par le début de son article Chronique des livres consacré en partie aux Figures Contemporaines de Bernard Lazare. Qu’on en juge plutôt :

[Nous ne donnons pas une assez longue citation de B. Lazare] Il m’a plu de placer en tête de ma chronique ces lignes prises à la préface de M. Bernard Lazare. Elles résument fort bien la pensée de quiconque écrit ce qu’il pense, au mépris des cénacles gémissants. Oui la haine est bonne et bonne aussi la fustigation des veules de « l’Art pour l’Art », cette absurdité au nom de laquelle se tripotent tels pleurnicheurs incapables d’un sentiment violent. Il est vrai que le souci d’exprimer droitement sa pensée suscite des malveillances… Qu’importe ?… Qu’importe encore si, parmi cette petite caste bourgeoise qu’il sied de dénommer la gent de lettres, maints baveux répondent aux arguments pressants par la calomnie ? Lorsque ces déjections proviennent de quelques Gitons lécheurs de chers Maîtres, de quelques mauvais clairs de lune exhibant leurs grâces en chemise de soie rouge sur les trottoirs de la Cité Inférieure, le coup de pied au cul qui rappellerait à ces Ganymèdes des jouissances habituelles, est superflu — le mépris suffit. Pour ceux qui se fâchent par procuration, une solide mornifle sur le muffle du messager est tout indiquée.

[…]

D’autre part je ne partage pas tout à fait l’opinion de M. Bernard Lazare sur M. Moréas, S’il « farde Lydia, Chloris et Lycé », s’il « fait soupirer ces amantes défuntes en des poèmes que le Limosin rencontré par Parnuge n’eût pas écrits peut-être mais qu’il n’eût certainement pas dédaigné », s’il se donne le ridicule d’octroyer, par firman spécial, la faveur à ses thuriféraires de s’intituler « les plus humbles de ses disciples », enfin, s’il mène à sa suite — sans doute pour s’en égayer — ce Macchus échappé des Atellanes, ce Πλατύστομος qui a nom Charles Maurras, M. Moréas n’en a pas moins écrit de fort beaux poèmes et qui resteront. Ériphyle même contient des vers de haute valeur.

On conviendra que ce n’était pas très gentil.

La réponse d’Adolphe Retté sur Pythéas

Vendredi 5 janvier 2007

Le Repentir de Pythéas écrit par Maurras en janvier 1892, était sévère pour Adolphe Retté et son Thulé des brumes. D’autant que Maurras était l’une des rares voix critiques dans un concert de louanges.

Adolphe Retté repondit en février 1892 dans la Plume (n° 68, 15 février) à l’article de Maurras paru dans l’Ermitage. Nous ne reproduisons ici que la deuxième partie de son article intitulé Écoles.

De par les résultats acquis, de par la valeur éprouvée de son fondateur, l’école romane est plus intéressante bien que MM. Moréas et Maurras aient fait, inconsciemment, et à maintes reprises, le possible pour empêcher qu’elle réussisse.

M. Moréas est un excellent poète ; nous l’avons dit plusieurs fois et nous nous plaisons à le répéter mais il est un exécrable théoricien absolument dépourvu d’idées générales. Les Premières armes du symbolisme, la préface du Pèlerin passionné viennent à l’appui de notre dire aussi bien que tel article du Figaro (toujours la réclame) par où M. Moréas voulut répondre aux attaques de M. Fouquier — comme si l’on répondait à un Fouquier ! Il était dit notamment dans cet article « Le symbolisme que j’ai en partie inventé…, le symbolisme est mort. »

Hé non, M. Moréas, vous n’avez rien inventé du tout. — D’abord parce que de tous les poètes qu’on s’est plu à ranger parmi les symbolistes, vous êtes bien le moins symboliste qu’on puisse voir. Allégoriste si l’on veut, oui, et rien de plus. D’abord, votre admirable rhétorique confinée dans le domaine du sentiment pur ignore trop toute émotion profonde, est trop en dehors de la sensation et de l’idée pour avoir jamais pu prétendre à ériger des symboles. Ensuite, le symbolisme comporte un trop grand nombre de personnalités divergentes et aussi intéressantes que la vôtre pour que vous ayez sujet de déclarer qu’il est mort. D’abord qu’est-ce que le symbolisme ? Si l’on interrogeait séparément chacun des poètes dits symbolistes, il est à croire qu’on obtiendrait autant de définitions qu’il y aurait d’individus interrogés. Aucun de nos confrères ne nous démentira à cet égard. Pour nous, nous ne considérons le terme de symbolisme que comme une étiquette désignant les poètes idéalistes de notre génération ; c’est une épithète commode et rien de plus. — L’art n’a rien à voir avec les étiquettes et les écoles, l’art c’est la vie vue en rêve, et non le symbolisme ou le romanisme.

Mais vous, mal content de n’être qu’un très bon poète vous avez cru devoir vous affubler d’un plumet roman. — Parce que vous vous efforcez à une laborieuse marquetterie où des mots du XVIe siècle s’enchâssent de mots du XIIIe parce que vous déployez à nouveau les guenilles de la défroque mythologique ; parce que vous restituez aux fleuves de la Russie méridionale leurs noms anciens ; parce que, surtout, vous avez dévoyé quelques charmants poètes non dépourvus de talent mais qui depuis qu’ils vous fréquentent refont Galatée, et emploient comme vous les vocabulaires périmés, les paillons mythologiques l’Arax et le Strimon, pour toutes ces raisons, ne croyez pas avoir fondé une école. — Tout au plus restera-t-il de votre tentative une sorte de Parnasse plus ennuyeux et plus mort que le premier. Quant à vos disciples quand ils seront las de vous donner du laurier et de clamer que si vous les accueillez au rang de vos poètes, leur front démesuré atteindra jusqu’aux cieux, ceux qui auront quelque fleur bien personnelle à cultiver retourneront dans leur jardin et vous laisseront seul animer les échos de votre olympe déserté, — Les autres…, ce n’est pas la peine d’en parler ; ils seront votre école.

On est particulièrement peiné de voir M. Maurras employer son talent juvénil au los de l’école romane d’autant que cet écrivain aggrave son cas d’un rêve d’alliance entre M. Moréas et le félibrige.

M. Maurras, dernièrement, dans l’Ermitage nous prit à partie au sujet de nos prétendues tendances germaniques. Il négligea du reste de réfuter les arguments d’un article sur la question que nous avons publié ici-même en août dernier, et s’est contenté d’affirmer à nouveau et sans démonstration probante que Shakespeare représentait évidemment l’aboutissement de la Renaissance italienne et de déplorer notre penchant vers Siegfried et Brunehild. Il crut aussi pouvoir s’autoriser de certaines réponses de M. Oscar Wilde à un journaliste pour déclarer que ce poète applaudissait au romanisme. Comment M. Maurras ne s’est-il pas aperçu que M. Wilde avait très spirituellement plaisanté son interlocuteur ? Quant à l’opinion de M. Wilde sur l’école romane, nous pouvons avec presque certitude, nous porter garant qu’elle est loin de lui être sympathique. M. Maurras n’a sans doute jamais entendu dire, à M. Wilde parlant des théories de M. Moréas : « Oh ! ce n’est pas intéressant ! »

Nous concéderons à M. Maurras ceci : actuellement, un écrivain de talent ou de génie et de sang plus ou moins germanique n’est tout à fait complet que par une éducation gréco-latine ; mais de la plus forte part de son talent ou de son génie, il sera toujours redevable à son origine d’homme du nord. — Le midi pur ne donne (toujours actuellement et à peu d’exceptions prés) que des rhéteurs ou des adaptateurs habiles. Quant aux félibres, on peut les diviser en deux catégories. Les uns, patoisants honorables, produisent des poèmes égaux en intérêt aux poèmes bretons ou picards. Les autres ne sont que des entrepreneurs de tutupanpan.

Il n’y a qu’une langue en France, le Français. Et la meilleure preuve, c’est que M. Maurras lui-même écrit en français les Quatre âmes de mon pays qui sont une chose exquise.

M. Maurras devrait donc parachever cette œuvre au lieu de s’employer à réunir des brebis derrière la houlette de ce pasteur de l’Hymette : notre ami Moréas. Qu’il se pénètre de cette vérité au Nord comme au Midi, il n’y a pas d’écoles, il y a des individus.

M. Maurras a interrogé Pythéas afin de nous confondre ; nous, nous avons interrogé la grande Muse éternelle : « Déesse, lui disions-nous, est-il vrai que désormais les poètes devront élire l’un d’entre eux pour roi afin que celui-ci leur départisse les vêtements dont il ne voudra plus et les fasse obéir au geste de son sceptre ? Est-il vrai qu’il faut fonder des écoles ? »

Mais la grande Muse étoilée ne répondit rien. Un sourire dédaigneux fleurissait sur ses lèvres et ses regards terribles restèrent perdus vers les profondeurs éthérées.

Adolphe Retté.