Tableau du Félibrige en 1891

En 1891 mourut Roumanille. À cette occasion La Plume confia à Charles Maurras la réalisation d’un numéro spécial qui devait donner un tableau aussi complet que possible du Félibrige.

En raison de la complexité de ce numéro, qui comprend des textes de Maurras, d’autres auteurs, et des poèmes de divers écrivains provençaux ou de langue d’oc avec leur traduction française, nous ne donnons en html que les passages dus à Maurras. Le texte dans sa version pdf reprend tout ce numéro spécial.

Un jugement de Maurras sur Verlaine

Nous poursuivons notre exploration de la revue La Plume : la mort de Verlaine en janvier 1896 avait précédé de peu une vaste réunion poétique, qui se transforma bien vite en hommage et en élection du plus grand des successeurs.

À cette occasion, La Plume fit paraître l’avis de quantité de poètes, certains considérables — Mallarmé, Heredia, Moréas… — et d’autres bien oubliés. Parmi les avis, celui de Charles Maurras est critique envers Verlaine en qui il voit surtout l’exténuation finale de la révolte romantique entamée par Hugo. Cela lui donne l’occasion d’opiner pour Moréas comme le vrai grand poète du temps, restaurateur d’un certain classicisme.

Lazare écrit à Sénèque

L’année 1891 est une année importante pour les rapports de Maurras et de Barrès. Nous avions déjà publié la Vision du moi de Maurice Barrès. La même année, dans La Plume qui consacre un numéro à l’éthique de Maurice Barrès, Charles Maurras publie un texte curieux.

Parmi les extraits de Barrès publiés à cette occasion, la Consolation de Sénèque le Philosophe à Lazare le ressuscité retient l’attention : c’est alors un extrait du récent Jardin de Bérénice. Maurras publie à la suite de ce texte une Réponse de Lazare le ressuscité à Sénèque le Philosophe.

Il ne faudrait pourtant pas croire ce dialogue sur un mode polémique : il s’agit bien plutôt d’un approfondissement et d’une appropriation originale des thèmes barrésiens par le jeune Maurras.

Une copie inédite du jeune Maurras

Cette copie sur Horace et Boileau date vraisemblablement de 1882, Maurras aurait donc 14 ans. La copie a été retrouvée dans les papiers de Mgr Jean-Baptiste Penon. Mais ce n’est pas lui, alors simple abbé, qui l’avait corrigée à l’époque. Ce devait être le professeur de rhétorique, un certain abbé Amédée Barailler. Mais il était absent, pour une raison que nous ignorons, et la copie a été vue par un autre professeur, un M. Colombel dont a priori on ne sait rien. La copie porte une mention de la main de l’abbé Penon : « accuratissime annotatum par G. Colombel ».

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Les nuits de Provence

Les uns et les autres, il y a des chances pour que nous ayons tous connu de ces nuits bénies qu’offraient la terre, les astres et la mer à nos cœurs.

Mais personne n’est Maurras ! Sa perception des choses, ses intuitions au concert du possible et de l’invisible se traduisent vers 1929-1930 par l’évocation éblouissante de quatre Actes de sa vie. Nous allons l’entendre nous lire les Quatre Nuits, parce qu’il les a choisies dans la suite de son temps.

Dieu est dans les détails ; Maurras a fait le décompte des soirs qu’il a passés ici, et de ceux qui ont été dérobés par le tourbillon de l’existence à l’expatrié volontaire qu’il fut toujours.

Nous pourrons donc d’abord lire les Quatre Nuits, avec la curiosité et la détermination du visiteur sûr de ne pas perdre tout à fait les grains de sa mémoire, de ne pas être passé à côté des plus beaux textes inscrits au cansounié provençal.

Pourtant la musique de ces évocations, dans ce concert secret, requiert une autre écoute, une nouvelle intelligence.

Nous comprendrons alors, un peu plus tard, que sa philosophie, son être intime, c’est bien la Provence et la mer du milieu de la terre qui les lui donnent.

— Tiens, Maurras, prends et mange, et bois, jamais rassasié, lui dit le Maître, Mistral, lui offrant son dernier livre.

Reprenons ensemble, nous avec eux, le chemin de ce Paradis, comme pour accompagner Ulysse de retour dans sa Patrie.

Claude Goyard — Professeur émérite des Universités, 4 mars 2002.