Clemenceau en embuscade

L’Embusqué : nous n’avons guère de moyen pour savoir si le titre de cet article dans L’Action française du 27 août 1914, titre que Maurras attribue dans une note des Conditions de la Victoire à Maurice Pujo, a inspiré moins d’un an plus tard Clemenceau pour sa célèbre et redoutée rubrique du « Carnet des embusqués » dans son propre journal.

Pourquoi embusqué ? Parce que c’est ainsi que Maurras voit la position de Georges Clemenceau à l’époque : sans faire partie du gouvernement d’Union sacrée il le soutient en tant qu’homme politique de poids, mais ne se prive pas, à l’abri de son journal, de le critiquer. Continuer la lecture de « Clemenceau en embuscade »

Du nationalisme à la laïcité

Le tome II des Œuvres capitales de Charles Maurras, sous-titré Essais politiques, s’achève par un texte court au titre prometteur : L’Avenir du nationalisme français.

En exergue, on y lit la mention suivante :

Ces pages forment la conclusion
du mémorial publié sous le titre
POUR UN JEUNE FRANÇAIS
chez Amiot Dumont, Paris, 1949

En fait, le chapitre intitulé L’Avenir du nationalisme français ne constitue pas vraiment la conclusion de l’ouvrage Pour un jeune Français, mais en est la dixième partie (sur douze). D’autre part, il y a eu une réduction significative de taille entre le texte de 1949 et celui, posthume, de 1954 : on passe de 7130 mots (43160 caractères) à 2950 (17350 caractères). Les coupures portent sur des incidentes diverses concernant l’histoire de l’Action française, dont une longue explication sur l’antisémitisme, ainsi que sur tous les passages polémiques ou évoquant des polémiques passées. Continuer la lecture de « Du nationalisme à la laïcité »

Martigues restera-t-elle toujours Martigues ?

Chaque ville, comme chaque province, chaque terre dont on se reconnaît être et appartenir, suscite chez ses anciens habitants la nostalgie de ce qu’elle fut au temps de leur enfance, quelle qu’ait été la nature réelle, bénéfique ou malvenue, des transformations opérées dans l’intervalle. Il ne s’agit pas là d’un jugement, même subjectif, mais d’une réalité relevant de la biologie et de la démographie, qu’il faut bien se garder d’interpréter autrement. Continuer la lecture de « Martigues restera-t-elle toujours Martigues ? »

Déjà, le front et l’arrière

« Contre les murmures » ? Que veut donc dire le titre de cet article du 26 août 1914 ? Murmurer ce n’est pas seulement parler bas. C’est aussi le bruit de la rumeur publique, celui de l’opinion. Et l’on sait qu’en démocratie l’opinion est un enjeu, qu’elle fait et défait les ministères et les politiques, qu’elle est faite par les journaux et ultimement par l’argent qui les possède.

Or Maurras vient de passer plusieurs articles quotidiens à batailler contre Gervais ou Clemenceau, contre ces politiciens que la guerre elle-même ne fait pas taire et qui continuent à pousser chacun son avantage en empilant les articles ou les tribunes. Croyait-il vraiment que l’Union sacrée mettrait un frein à leurs ambitions ? C’est bien douteux, et la déploration, pour être sincère, n’en a pas moins quelque chose de rituel. Continuer la lecture de « Déjà, le front et l’arrière »

Les Méridionaux du 15e corps

Des Provençaux accusés de lâcheté, d’avoir cédé devant l’ennemi, de n’avoir pas encaissé le choc des Bavarois ou des Mecklembourgeois, de s’être égaillés comme une nuée de moineaux en abandonnant fusils et couvre-chefs ? Et faussement qui pis est ? Maurras ne pouvait pas laisser calomnier ses compatriotes, d’où cet article du 25 août 1914. Il répond à un article du sénateur Gervais dans Le Matin de la veille : « un incident déplorable s’est produit… La défaillance d’une partie du 15e corps a entraîné la retraite sur toute la ligne ». Or le 15e corps d’armée était essentiellement composé de régiments méridionaux. Continuer la lecture de « Les Méridionaux du 15e corps »

« Tuer comme un chien » le ministre de l’Intérieur

Si les ministres de l’Intérieur sont facilement accusés d’instrumentaliser certaines forces politiques marginales contre les bons citoyens, d’utiliser la police de manière politique, de favoriser en tout les voyous contre les honnêtes gens ou encore d’être l’incarnation du parti de l’Étranger, il est plus rare qu’un journaliste menace publiquement par voie de presse de faire tuer le ministre de l’Intérieur pour le châtier de toutes ces noirceurs.

Il n’y a guère qu’un seul cas : celui de Maurras menaçant Abraham Schrameck le 9 juin 1925, dans cet article qui ne porte que le titre de rubrique « La politique », mais que les contemporains eurent tôt fait de baptiser « Lettre à Schrameck ».

Deux lettres en fait : l’une au préfet de police, plus précise quant aux reproches faits par Maurras après divers incidents graves et plusieurs assassinats ; l’autre qui recherche plus proprement la responsabilité politique d’Abraham Schrameck, alors ministre de l’Intérieur. Continuer la lecture de « « Tuer comme un chien » le ministre de l’Intérieur »