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Archives pour la catégorie « Iconographie »

L’épée d’académicien de Charles Maurras

Mardi 8 avril 2008

Charles Maurras a été élu à l’Académie française le 9 juin 1938.

Son épée d’académicien, financée par une souscription nationale, lui fut offerte le 4 mars 1939, salle Wagram, par Charles Trochu, président du conseil municipal de Paris. Conçue par Maxime Real del Sarte qui en cisela la maquette, elle fut réalisée par le joaillier Mellerio.

Poignée de l'épée d'académicien de Charles Maurras
photo AAMCP

La poignée représente Sainte Geneviève protégeant de ses mains un écu fleurdelysé posé à la proue d’une nef d’où se détache le chapiteau de pierre dit « bucrâne » qui orne la terrasse de la maison du Chemin de Paradis. Les vagues évoquent la vocation de marin à laquelle Charles Maurras dut renoncer à cause de sa surdité ; elles battent contre un mur de pierres surmonté de « merlons », semblables à ceux du mur grec de Saint Blaise, site archéologique proche de Martigues qui inspira profondément Maurras.

Coquilles épée de Charles Maurras
Carte postale d’époque

La bastide du Chemin de Paradis, maison de famille de Charles Maurras, gardée par deux cyprès d’émeraudes, est encadrée par les armes de Provence et de Martigues, et surmontée d’un ciel où brille une Grande Ourse de diamants. Sur le revers se trouve le château de Versailles, flanqué des armes de France et de Versailles, et surmonté du bouclier d’Orion.

Par ailleurs, le fourreau de l’épée se termine par une petite amphore grecque.

Tolstoï, l’illuminé devenu anthropophage

Samedi 2 février 2008

L’Anthropophage est un conte sur le romancier russe Tolstoï.

Dès 1896, donc après la publication du Chemin de Paradis, Maurras écrit un conte sur Léon Tolstoï. C’est une attaque en règle contre l’humanitaire et la sensiblerie professés par le vieux gourou russe, dont Maurras peut constater et déplorer l’influence sur une grande partie des milieux littéraires français ; le pacifisme de Tolstoï agit en effet chez les dreyfusards comme un encouragement à la surenchère anti-nationale. Mais le conte n’est pas publié.

Cinq ans plus tard, le premier prix Nobel de littérature échappe à Léon Tolstoï, qui se voit préféré le poète français Sully Prudhomme, peu apprécié par la Revue blanche, organe de l’intelligentsia tolstoïenne et dreyfusienne.

En 1908, dans un article de L’Action française consacré à l’anti-militarisme, Maurras fait brièvement allusion au conte composé douze ans plus tôt. Deux ans après, Tolstoï meurt dans des conditions restées assez mystérieuses.

Et ce n’est qu’en 1931 que Maurras, retrouvant ses notes de 1896, les refond et les publie sous le titre L’Anthropophage. Il s’amuse à expliquer que, doté d’un sens aigu de la prémonition, il avait prévu avec quatorze ans d’avance les vraies raisons de la mort de l’écrivain ; ces jeux du retour sur le temps reviendront plus tard sous sa plume dans divers textes, notamment dans Le Mont de Saturne.

L’Anthropophage se donne un petit air de mystère, vite estompé : Tolstoï n’y est jamais nommé. Mais le « Comte T… » en a tous les attributs : le rang, les prénoms, la maison d’Iasnaïa. À un moment, surgit dans le récit allégorique cet autre histrion dans la philosophie que fut Marcellin Berthelot, lui aussi sous un nom à peine contrefait.

Portrait de Charles Maurras

L’Anthropophage ne fut publié qu’en livre d’art sous emboîtage, tiré à un peu plus de mille exemplaires. Il est orné d’un portrait de Maurras gravé par Édouard Chimot, contient sur deux pages un fac-similé du manuscrit du début de la préface, et huit illustrations.

L'Anthropophage, Charles Maurras Autographe Maurras fac simile L'Anthropophage 1 Autographe Maurras fac simile L'Anthropophage 2 Achevé d'imprimer calligramme Maurras l'Anthropophage

Pour comprendre ce qu’était l’influence de Tolstoï au temps où Maurras écrivait la première version (inconnue de nous) de son conte, voici ce qu’en écrivait Léon Daudet dans ses Souvenirs Littéraires publiés en 1925. Tolstoï y est abordé entre Wagner et Ibsen ; le commentaire, aujourd’hui impubliable mais que nous reprenons en intégralité, se termine par une évocation de la mort de Tolstoï, écrite bien avant que l’auteur ait pu prendre connaissance du texte de L’Anthropophage.

La période de l’Entre-deux-guerres, qui va de 1885 à 1898 environ, marque en littérature comme en musique un obscurcissement singulier de l’esprit français. Les plus éclairés parmi nos compatriotes se cherchent et ne se trouvent point. Une vogue excessive, dans laquelle il entre plus de snobisme que de discernement, va à quelques étrangers représentatifs ou considérés comme tels (…)

Tourgueniev, homme envieux, perfide et qui possédait de nombreuses relations en France, avait fait tous ses efforts pour tenir sous le boisseau son ancien ami et concurrent heureux Léon Tolstoï. Mon père, néanmoins, lut Guerre et Paix qu’on venait de traduire dans notre langue, et en fut enthousiasmé. Il parlait de ces trois volumes à tous ses amis. Il ne cessait de les citer. Il en savait des passages par cœur. Vers le même temps, Melchior de Voguë publiait ses études sur le roman russe. Cette admiration pour le grand écrivain et observateur de Guerre et Paix et d’Anna Karénine rencontra la vague anarchique, pacifiste et révolutionnaire qui s’attachait au genre de vie rustique, paradoxal et falot de l’apôtre d’Yasnaïa Poliana. La sottise humanitaire, conséquence de notre humiliation et du traité désastreux de Francfort, se mit sur Tolstoï, adopta, prôna, encensa démesurément, et pour tout le côté caduc et désuet de son œuvre, le grand vieillard aux yeux d’eau et de rêve. L’ancien levain des Misérables et les attardés du romantisme fermentèrent de nouveau avec Résurrection. Les pessimistes formés à l’école de la métaphysique allemande, d’Hartmann et de Schopenhauer, se ruèrent sur La Puissance des Ténèbres. Le troupeau absurde des démocrates chrétiens, en quête d’une hérésie nouvelle qui devait être, vingt ans plus tard, le modernisme, se mit à pousser, autour du faux évangéliste, des bêlements de joie.

Dans le monde des gens de lettres, des professeurs d’université, des politiciens, des magistrats, des journalistes et des oisifs, ce fut à qui réhabiliterait la prostituée, le souteneur, la proxénète et le malandrin. Ce fut, pour employer le jargon de l’époque, à qui se pencherait sur les enfers de la société, en extrairait et en chérirait les plus sordides et les plus flasques échantillons. Le bagnard prit une auréole. Les déclassés des deux sexes devinrent des sujets d’attendrissement, des dessus de pendules moscovites. Il n’y eut plus de franches canailles, mais de pauvres gens, précocement dévoyés et que de bonnes paroles, des conférences appropriées, auraient tôt fait de remettre dans le droit chemin. Maurice Pujo, dans sa belle pièce satirique Les Nuées, a fait un véridique tableau de ces aberrations d’après ses souvenirs de l’Union pour l’Action Morale. Il y eut là, en effet, pendant plusieurs années, une source jaillissante de comique. Le gobe-mouches Henri Bauer, invraisemblable primaire à tête de Dumas père, qui pontifiait à l’Écho de Paris de Valentin Simond, alignait des colonnes de prêche laïque sur la non-résistance au mal par la violence, qu’il interrompait soudainement pour éreinter une pauvre vieille actrice du nom de Léonide Leblanc.

De cette non-résistance au mal, il n’était pas un banquier, pas un pilleur d’épaves, pas un déchet de tripot, pas un usurier de Paris, qui ne parlât avec les larmes aux yeux. Les frères Natanson, Alexandre et Thadée (il fallait entendre Forain prononcer, en accentuant le T, ce prénom de Thadée !), étaient directeurs d’une Revue blanche où ces insanités faisaient florès. Thadée avait une barbe noire, un masque empâté de sémite gras. Alexandre avait les yeux blancs d’un lapin albinos, le poil sec d’un Hébreu employé de banque. Ils s’étaient adjoints :

– un phénomène anarchiste à tête de Yankee de caricature, du nom de Félix Fénéon ;

– Lucien Mühlfeld ;

– un sémite jouant les jolis garçons avec un chapeau mou à l’artiste et un tout petit nez droit dans une physionomie trop régulière (cette sous-variété est horrible) appelé Léon Blum ;

– l’absurde logicien Rémy de Gourmont et quelques autres symbologhettos.

Tout ce monde-là pontifiait, dogmatisait, tolstoïsait, s’apitoyait, Ysnaïait-Polianait en cadence, déclarait qu’on ne verrait plus jamais, jamais la guerre, qu’il était absolument inutile de s’y préparer, que l’on se foutait de l’Alsace-Lorraine, qu’elle ne valait pas le petit doigt de pied, que les militaires étaient les plus bêtes des hommes, que la patrie était un mythe et un mythe odieux, etc., etc. Il y aurait un choix effarant à faire de ces insanités, qui s’abritaient sous la grande renommée du bonhomme Tolstoï. Le pauvre vieux fou, par ses disciples, aura certainement contribué à notre manque de préparation à la guerre. Méfions-nous du millionnaire et aristocrate en sabots, qui retape sa blouse et son pantalon lui-même. Méfions-nous des loups ravisseurs qui viennent vêtus de peaux de brebis, dit le véritable Évangile.

Périodiquement, afin de réchauffer le zèle des prosélytes, un enfant de chœur du tolstoïsme faisait le voyage d’Yasnaïa et rapportait, au retour, ses impressions et celles du maître. Léon Nicolaïevitch semblait avoir gardé toute sa géniale ironie pour ses œuvres, tant ses appréciations sur la littérature française étaient absurdes et enfantines. Je ne me rappelle pas le détail. Mais, sollicité par son interlocuteur, il ne manquait pas d’attribuer une grande importance, dans le mouvement des esprits contemporains, à Rémy de Gourmont, à Léon Blum et aux frères Natanson. Ensuite il recommandait de boire de l’eau, de ne pas fumer, de s’abstenir de viande rouge, de faire comme les frères Doukhobors et de refuser le service militaire. Henri Bernstein, dramaturge selon l’éthique de la revue des Natansons, a suivi ce conseil, mais ça ne lui a pas trop bien réussi.

Léon Tolstoï, personnage amer et tragique, que de fois j’ai songé à toi, à ce mélange de sublimité et de sottise qui fit ta profonde originalité, et à ta funeste influence ! Ô fils métaphysique de Rousseau, bien plus noble certes que ton père, comment alliais-tu la perspicacité la plus aiguë quant aux hommes, et le plus noir aveuglement quant aux idées ? Comment te retrouvais-tu toi-même, lorsque tu te cherchais âprement, ô solitaire ? C’est surtout ta fin qui me hante, ta fin errante et désespérée, où tu fus poursuivi, j’en suis sûr, par tous tes fantômes contradictoires, ta propre pitié muée en colère et ton humilité muée en orgueil.

La Revue blanche a existé de 1889 à 1903. Alexandre Natanson en assura la direction entre 1891 et 1902.

Pour un réveil français

Lundi 29 octobre 2007

Curieux texte que Pour un réveil français. C’est un livre d’art, sous emboîtage, dont le tirage confidentiel semble avoir été réalisé dans des conditions quasiment clandestines.

D’emblée, la première page de garde nous avertit :

Pour un réveil français 1

Le texte lui-même est tant bourré de fautes qu’un errata sur quatre pages y est annexé, et l’errata lui-même fera ultérieurement l’objet d’un rectificatif. Il n’y a pas que des fautes ; il y a des bizarreries qui font penser que le texte a été composé à la main, caractère par caractère, et que le typographe a cherché à économiser ceux-ci en prenant quelque liberté avec les usages. C’est ainsi que « chute » devient partout « chûte », que « cela » devient partout « celà » et que la plupart des « et » sont remplacés par des esperluètes.

L’achevé d’imprimer vient confirmer notre hypothèse, mais ajoute par ailleurs au mystère :

Pour un réveil français 2

Or le texte ne peut avoir été imprimé le 25 juin 1943, puisqu’il fait notamment allusion aux débuts de la quatrième république. Plus précisément, Maurras y parle du Comte de Paris en précisant qu’il a quarante ans et onze enfants. Or le Comte de Paris est né en 1908 et son onzième et dernier enfant, le prince Thibaut, est né le 20 septembre 1948. Le tirage n’a donc pu qu’être postérieur.

Pourquoi, à cette date, avoir procédé dans des conditions aussi précaires et avoir cherché à brouiller les pistes ?

Maurras aurait effectivement prononcé en 1943 une conférence sous le titre « Pour un réveil français », qu’il aurait reprise ensuite plusieurs fois. Certains passages du texte pourraient donc bien avoir été rédigés en 1943, conservés puis repris tels quels quelques années plus tard. Quant au numéro « R. 2048 », ce n’est en rien une autorisation d’imprimer, mais le numéro d’écrou de Charles Maurras à la prison de Riom. Le livre contient également une photo, non datée, qui représente Maurras certes âgé, mais en costume de ville, donc peut-être en 1943 :

Pour un réveil français 3

Le texte est divisé en cinq parties : seules les seconde, troisième et quatrième sont, dans l’original, numérotées II, III et IV. Elles ne sont pas sous-titrées ; on pourrait les décrire ainsi dans un rapide sommaire :

I — Les origines gauloises et gallo-romaines de la France 
II — La formation du génie français et ses spécificités 
III — L’œuvre capétienne 
IV — Le combat de l’Action française 
V — Pourquoi la restauration monarchique est nécessaire.

En tout état de cause, qu’il ait été rédigé en 1943 et retouché en 1948, ou composé en 1948 sur la base de notes prises en 1943, le texte ne manque pas d’unité. Prenant la mesure du désastre de 1940, Maurras se demande comment la France peut renaître, « se réveiller » ; ce qui l’amène à explorer son histoire, ses chutes et ses réveils précédents, en analyser les raisons. En passant, c’est toute sa propre histoire politique et ses engagements qu’il déroule, pour conclure que le retour de la Monarchie traditionnelle reste la meilleure et la seule voie de salut.

Maurras justifie et exalte tous ses combats passés ; il ne regrette rien, ne revient sur rien, reste comme arc-bouté sur les positions qu’il a défendues au long de sa vie. Certains rares passages seraient aujourd’hui censurés ; dans d’autres, Maurras affiche sereinement, du fond de sa prison, la permanence de ses sentiments anti-allemands et va jusqu’à affirmer que la France finira un jour par annexer toute la rive gauche du Rhin. Peut-être autant qu’une réflexion intrinsèquement politique sur les longs cycles historiques, c’est la psychologie d’un Maurras atteignant ses quatre-vingt ans que ce texte illustre ; le souvenir de l’appui apporté au général Mangin et au mouvement séparatiste rhénan du Docteur Dorten, puis le combat pour le maintien de la présence française en Sarre viennent dans son esprit se surimprimer sur la situation de l’Allemagne occupée par les puissances alliées après 1945.

Au cours de ce qui apparaît aussi comme un catéchisme royaliste revisité et écrit dans une langue superbe, Maurras évoque de façon inattendue le rôle central de l’élément féminin dans le génie français, révélant par cet éloge vibrant de la féminité à quel point la troisième république, qu’il a combattue toute sa vie avec toute son énergie, a bien été le régime le plus misogyne que la France ait jamais connu.

Pour un réveil français 4

Inspiré du Chant premier de l’Iliade

Dimanche 8 juillet 2007

Ce poème, Ni peste ni colère, aurait été composé le 19 janvier 1944. Mais il n’a été publié qu’en 1951, dans un cahier de grand format tiré à seulement 120 exemplaires, avant d’être repris dans La Balance intérieure, puis dans les Œuvres capitales.

L’argument en est l’épisode bien connu du Chant premier de l’Iliade où le prêtre d’Apollon, Chrysès, attire sur les Grecs les traits d’Apollon sous la forme de la peste pour les punir de ne pas lui avoir rendu sa fille Chryséis.

Ni peste ni colère, couverture

Ni peste ni colère, 2

La date qui figure sur l’ouvrage est celle du 20 avril, jour anniversaire des 83 ans de Maurras.

Le bois gravé qui accompagne l’édition de 1951 est l’œuvre de Michel Jamar, artiste nancéen.

Jamar pour le Ni peste ni colère de Charles Maurras en 1951

Deux portraits gravés

Mardi 13 février 2007

Deux petites gravures d’Albert Decaris s’ajoutent à notre galerie de portraits.

Ex-libris par Decaris

Cet ex-libris de M. Robert Delidon, dont la gravure mesure 60×85 mm, a été tiré en 1945 par le Caveau Saint Roch, à Nancy.
L’épigraphe vient du 10e vers du chant II de l’Enfer de Dante.



Portrait de Charles Maurras par Decaris

Taille : 90×130 mm.

Toujours réalisé en 1945 par le Caveau Saint Roch, à Nancy, c’est le second tirage, destiné aux graveurs de Ravenne, ville où repose l’Alighieri.

La légende est tirée du XXIIe chant du Purgatoire :

Tu as fait comme ceux qui par derrière portent
Une torche la nuit, — elle ne leur sert pas,
Mais elle éclaire ceux qui viennent à leur suite —, (…)

Maurras est représenté sanglé dans le « droguet » alors réservé par l’administration pénitentiaire aux reclus à perpétuité.