Athènes antique

Le chapitre d’Anthinéa dans lequel Maurras relate sa visite à Athènes en 1896 est reconnu comme l’un des textes les plus importants du corpus maurrassien. Il est également, avec certains passages du Chemin de Paradis, celui qui aura le plus alimenté les attaques des démocrates chrétiens et leurs accusations de mécréance. D’ailleurs, Anthinéa devait à l’origine recevoir pour titre Promenades païennes

Dans les éditions courantes d’Anthinéa, ce texte nommé Athènes antique occupe le chapitre II du livre I, lui-même titré Le Voyage d’Athènes. Mais dans la toute première édition, celle de 1901 chez Félix Juven, il en constitue le chapitre III. Il se compose de 16 subdivisions, le sous-titre L’Acropole étant intercalé au début de la troisième, et un second sous-titre Les Collections au début de la huitième. Ces deux sous-titres figurent dans les sommaires de toutes les éditions d’Anthinéa. La seizième subdivision, la plus anti-chrétienne, a été supprimée de toutes les éditions postérieures à la Grande Guerre. Continuer la lecture de « Athènes antique »

Philippe VIII dans la nasse de Viviani

Encore l’Union sacrée ? eh oui ! S’il fallait une preuve que derrière les grandes déclarations patriotiques tout n’allait pas autant de soi qu’on le répétait, l’insistance même qu’y mettent Maurras et tous ses collègues à l’été 14 est un indice. Et quel renfort est de plus de poids dans un journal royaliste que celui du prétendant lui-même ? L’article sur les ordres du roi du 12 août 1914 cite Philippe d’Orléans et illustre le processus : l’Union sacrée doit faire s’effacer toutes les différences idéologiques devant l’ennemi ? Alors la loi d’exil doit céder aussi et il doit pouvoir s’enrôler dans l’armée française… las, Viviani — le promoteur même de l’Union sacrée —, a une autre interprétation : la loi demeure, et le prétendant se retrouve à jouer les ambulanciers pour la Croix-Rouge belge. Ce qui ne l’empêche pas de prêcher à ses partisans l’union autour du gouvernement, de l’armée, des élus, bref autour de la France républicaine quoi qu’on en dise. Le piège fonctionne sous nos yeux et démontre que l’Union sacrée est à sens unique : les républicains y gagnent le silence de leurs ennemis, les royalistes y sont bâillonnés et n’y gagneront que de se sacrifier. Se sacrifier pour qui ? pour la France ? pour la République ? pour ce qui sortirait du conflit, c’est l’évidence. Mais que pouvait-il sortir du conflit sinon la République continuée puisque l’Union sacrée se résumait à mettre en sourdine toute considération politique ? Encore une fois il ne s’agit pas de contester la tragique nécessité de ce choix, ou de nier que personne alors ne pensait à une guerre si longue qu’elle épuiserait bien des forces et changerait durablement les sociétés européennes : il n’y avait pas d’autre choix, la République y avait travaillé de longue main. Le piège n’en existait pas moins, d’autant plus redoutable dans ses conséquences qu’il était à peu près inévitable de s’y engager. Continuer la lecture de « Philippe VIII dans la nasse de Viviani »

De l’Ordre injuste et du devoir de rébellion

Maurras, chantre et théoricien de l’Ordre, s’efforça toute sa vie d’expliquer la différence entre l’Ordre bienfaisant exercé par un souverain légitime et sa caricature, le césarisme. Contre une tyrannie qui bafouerait les principes supérieurs, « inécrits », de la civilisation, c’est la rébellion qui devient légitime. La figure emblématique d’Antigone a souvent été mise en avant pour nous donner un Maurras faisant de l’Ordre un moyen plus qu’une fin, et justifiant l’insurrection dès lors qu’elle a pour but de rétablir l’Ordre véritable ; ce fut le discours de Pierre Boutang, repris par plusieurs de ses continuateurs.

Cependant Maurras nous a laissé très peu de textes sur Antigone. Rien de comparable avec Jeanne d’Arc ! Nous en connaissons trois : d’abord des extraits d’une lettre à Maurice Barrès, datée de décembre 1905 ; puis un article de 1944 faisant suite à la première représentation de la pièce éponyme de Jean Anouilh ; enfin deux poèmes composés à Riom en 1946.

Ces deux derniers textes ont été réunis dans une plaquette tirée à 320 exemplaires chez un imprimeur de Genève, le jour même du 80e anniversaire de Maurras, le 20 avril 1948. À cette date, Maurras a quitté Riom pour Clairvaux depuis un peu plus d’un an. Contrairement à d’autres publications de ces premières années d’emprisonnement, Antigone Vierge-Mère de l’Ordre est une édition de luxe, soignée et sans coquilles. Continuer la lecture de « De l’Ordre injuste et du devoir de rébellion »

L’esprit vainqueur de la chair ?

Le troisième des contes du Chemin de Paradis, dernier de la série des Religions, s’intitule La Reine des Nuits. Cette reine n’est autre que la Lune, décrite ici comme la divinité du désir charnel, non celui qui s’exprime le jour, en conscience et dans la société, mais celui qui peuple les rêves et s’évanouit à l’éveil. Et voici que cette Lune s’éprend d’un vieux philosophe qui passe ses journées d’étude à percer les secrets de la Beauté et de l’Amour. Elle l’enlève et s’offre à lui, allant même jusqu’à se transfigurer pour prendre la forme des anciennes amours terrestres du vieillard ; mais celui-ci parvient à résister à la tentation. Le Songe et la Connaissance resteront donc à jamais étrangers l’un à l’autre. Continuer la lecture de « L’esprit vainqueur de la chair ? »

La mer, la mer, toujours ensorcelée

Le neuvième et dernier conte du Chemin de Paradis, troisième et dernier de la série des « Harmonies », n’est pas véritablement un conte, car il ne contient ni action ni personnages. C’est l’évocation d’une rupture amoureuse, déclinée en 28 chants, formant comme une suite d’hommages et d’actions de grâce à la Mer. Mais ces louanges ne sont qu’esquissées, drapées sous le fin voile de mystérieuses paraboles ; on n’y trouve rien qui ferait penser à un bruyant éclat de culte païen arrivant en finale d’un recueil dont maints commentateurs n’ont voulu retenir que les aspects anti-chrétiens. Continuer la lecture de « La mer, la mer, toujours ensorcelée »