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novembre 2008

Le souvenir d’Henri Vaugeois

par Philippe le 26 novembre 2008

Le fondateur de l’Action française, Henri Vaugeois, meurt en pleine guerre, le 11 avril 1916. Dans l’éditorial qu’il publie le lendemain, Charles Maurras rappelle tout ce qu’il doit à son ami, qui était son aîné de quatre années, cet homme d’action et de commandement, cet esprit de synthèse qui possédait « une espèce de grâce [qui] supprimait tous les intermédiaires inutiles, ces béquilles qui servent au commun pour penser ».

On connaît peu Henri Vaugeois, si tôt disparu. On le connaît beaucoup moins que Léon Daudet ou Jacques Bainville. On ne l’associe pas spontanément à l’histoire de l’Action française ou à celle du royalisme, on sait peu de chose du rôle qu’il y a effectivement joué.

Pourtant, à la réflexion, ce rôle fut sans doute considérable, mais davantage par le vide que laissa sa disparition que par la dynamique des premières années. Celles-ci nous sont essentiellement connues par les souvenirs qu’en ont laissé ses amis, notamment Maurras dans le Signe de Flore.

Henri Vaugeois ne fut pas que le fondateur de l’Action française. Il en assura ensuite la direction, le pilotage, la cohérence entre l’action militante et le combat des idées. On peut se risquer à dire qu’à cette fonction centrale, il ne fut jamais remplacé.

Après la mort de Vaugeois, Maurras qui avait acquis sur ses compagnons un primat intellectuel indiscutable, fut naturellement appelé à être, aussi, le capitaine du navire, le seul maître à bord. Et la « gouvernance » changea profondément de nature. Maurras le reconnaîtra, longtemps après, dans sa Tragi-Comédie de ma surdité.

Il est clair qu’après la saignée de la Grande Guerre, si l’Action française continue de séduire quantité d’esprits jeunes et brillants, elle sait de moins en moins les conserver, et elle ne rallie plus guère d’esprits confirmés. Bien des raisons ont été invoquées pour expliquer cette impuissance qui va s’aggraver au fil des années, et il serait bien puéril de n’y voir qu’un effet de la disparition d’Henri Vaugeois ! En revanche, un enchaînement de causes indirectes peut être proposé.

Il y a eu entre Maurras et Vaugeois comme un partage des rôles, une connivence peut-être plus fortuite que pensée. Entre le républicain nationaliste et le jeune félibre fédéraliste, il y a d’abord la recherche commune d’une solution à la crise politique, intellectuelle et identitaire née de l’Affaire Dreyfus. Tous deux concluent à la Monarchie et à l’Ordre, Maurras le premier, et il convainc sans peine son ami. Mais Maurras laisse à Vaugeois le soin de faire la traversée complète ; l’anticlérical républicain qu’était Vaugeois devient catholique et royaliste. Devant ses contemporains, il est un chef entier, l’organisateur du mouvement, pleinement cohérent avec ses convictions.

Maurras, au contraire, reste sur la ligne de crête de l’agnosticisme. Et s’il décide de « rentrer en politique comme on entre en religion », il le fera en polémiste, en homme de lettres et de culture ; à Maurras le génie flamboyant de la création, à Vaugeois la conduite des affaires.

Maurras ne changera pas après la disparition de Vaugeois. Il n’en revêtira pas la tunique. Il restera ce qu’il est, félibre, agnostique, inclassable. Pour conserver ses troupes catholiques, pour rassurer l’épiscopat, il devra redoubler d’efforts, de justifications, de contorsions. Il ira jusqu’à se dédoubler, mettant en scène sa propre incapacité d’aboutir, dans Le Mystère d’Ulysse, dans Le Mont de Saturne.

En ce sens, Vaugeois aura largement façonné le profil politique, le personnage de Maurras. Ils furent comme deux chevaux tirant l’attelage. Et lorsque l’un disparut, le second ne changea pas de place pour se mettre au centre. Partielle certes, cette interprétation de l’histoire de l’Action française ne manque pas de séduire ; doit-elle être poursuivie ?

Henri Vaugeois par Maurice Joron

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Ni Anatole France ni Racine

par Nicolas le 18 novembre 2008

Le prétexte est en effet bien mince pour intituler ce texte Anatole France et Racine. Quiconque y chercherait une étude précise sur le sujet — l’influence de Racine sur Anatole France — ne pourrait qu’être déçu. Sans doute le livre de Gabriel des Hons dont Maurras feint de parler aborde ce sujet, mais le véritable propos est tout autre. Maurras n’avoue-t-il pas à la fin de son texte n’avoir pas dit encore grand-chose de « la difficulté que l’on peut croire maîtresse »… croire seulement.

De quoi est-il donc question ? et que fait ce texte dans Poésie et Vérité, dont nos lecteurs doivent commencer à entrevoir l’unité de propos sous les divers sujets littéraires qu’il réunit en un faisceau ?

Horace

Il s’agit d’abord d’une anecdote : un emprunt de Bossuet à Horace, emprunt que Maurras a repéré au détour d’une conversation dans le salon de Jacques Bainville.

L’image empruntée par Bossuet à Horace, qui sera empruntée à son tour à l’un ou l’autre par Musset, qui l’a été par Horace à quelqu’un d’autre — peut-être Homère —, quel est donc son statut littéraire ? Est-il légitime pour un poète de s’emparer ainsi du bien d’autrui et d’en faire des vers plutôt que de les tirer de son fonds propre et original ? Oui répond Maurras, non sans égratigner le vieil Hugo au passage.

Cette idée d’un bien commun littéraire, d’images, de thèmes, de formules qui ne sont la propriété de personne mais qui la sont de tous pour peu que l’emprunteur ait du talent pour se les approprier, c’est incontestablement pour Maurras l’une des conceptions constitutives de son classicisme. Non pour perpétuer des formes sanctionnées par une autorité, mais bien parce que ces formes sont autant que la réalité matérielle et observable des sujets littéraires.

Autant dire tout net qu’il n’y a point de véritable différence entre la rose des jardins et celle qui, fleurie dans l’imagination des hommes anciens…

On retrouve bien ici la réflexion centrale de Poésie et Vérité, son souci du rapport entre la vérité et son expression poétique ou littéraire.

Ce petit texte dira-t-on alors ne va pas bien loin, affublé de son titre à demi trompeur. Voire.

D’abord cette conception selon laquelle l’emprunt est légitimé par le talent de l’emprunteur rappellera quelques formules heureuses de politique : il en est du pouvoir comme d’un champ à l’abandon : le prend qui veut, le tient qui peut. Il ne serait peut-être pas trop hardi de voir dans le roi légitime le seul qui puisse tenir le champ, et le seul qui ait assez de talent pour emprunter à l’histoire légitimement, comme le poète véritablement doué peut et doit s’approprier tel ou tel héritage poétique sans qu’on s’en scandalise.

Ensuite, ce petit texte montre l’air de rien combien Maurras n’était pas étranger aux recherches poétiques du vingtième siècle. Qu’est-ce à dire quand il prétend que la rose qui s’épanouit dans le jardin est la même qui s’épanouit dans Ronsard ? sinon dire que la littérature peut et doit se prendre elle-même pour sujet légitime, aussi légitime que le monde matériel ou moral qui nous entoure ? que l’écriture peut, sans se trahir ni s’appauvrir ou s’exténuer, s’engendrer elle-même. Sans doute Maurras n’a pas pratiqué lui-même les formes littéraires que ces conceptions porteront au vingtième siècle. Pour cette raison il serait excessif de faire plus que simplement citer les noms d’auteurs aussi fondamentaux et contemporains que Maurice Blanchot ou Roger Laporte. Mais cette limite affirmée, il faut alors bien dire que Maurras n’a nullement été aveugle aux mouvements de l’esprit qui les annoncaient, et que loin d’un passéisme excessivement formel où certains voudraient l’enfermer, il a pleinement participé aux réflexions littéraires de son temps, à sa manière et avec sa sensibilité d’homme né en 1868.

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Donnez votre avis en répondant à notre enquête

par Philippe le 13 novembre 2008

survey-maurras.jpg

Quelle est l’image de Charles Maurras ?

Quelles idées, quelles thématiques lui sont-elles spontanément associées ?

Quel intérêt lui porte-t-on, lorsqu’on le connaît ou lorsqu’on pense le connaître ?

Quelles sont les questions, les attentes exprimées vis à vis de notre site maurras.net ?

Répondre à ces interrogations nécessite d’organiser une enquête. Mais auprès de qui, et selon quelles procédures ? Faute de moyens, nous avons choisi une formule ouverte et permanente, c’est à dire que tout un chacun peut apporter volontairement sa réponse, à tout moment et de façon anonyme.

Voilà une pratique aujourd’hui fort commune sur l’internet. Généralement, de telles opérations n’ont d’enquête que le nom ; l’échantillon n’est représentatif de rien, des gens s’arrangent pour « voter » plusieurs fois, des réseaux de connivence pèsent pour faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre, et l’utilisation des résultats relève plus de la manipulation que de l’étude. Rien de scientifique, donc.

Nous avons pris la position inverse. Grâce à une formulation élaborée, fruit d’une certaine expérience en la matière, et à l’usage de logiciels de traitement professionnels, nous aurons la capacité de nous rapprocher, au fur et à mesure de l’accumulation des réponses, de conditions satisfaisantes d’échantillonnage, et donc de tirer un enseignement réellement objectif de la masse des informations recueillies.

Mis au point à l’été 2007, alors que le site avait un an d’existence, le questionnaire est désormais stabilisé. Les programmes d’exploitation sont validés et les réponses peuvent désormais être reçues et intégrées sans limite de nombre ni de délai. Les résultats pourront être actualisés au fur et à mesure de la progression de la population répondante, permettant ainsi de comparer les différentes strates d’enquête en fonction de la date de collecte et de l’avancement correspondant du site.

Une première série de 44 réponses ont été recueillies en août 2007 lors du « Camp Maxime Real del Sarte ». Leur examen a permis de tester les procédures d’exploitation et d’esquisser quatre profils de répondants. On trouvera ci-dessous un résumé de ces premiers résultats.

Désormais, le questionnaire est prêt pour une mise à disposition permanente auprès du public.

La structure du questionnaire

Le questionnaire existe en trois versions :

(Veuillez nous envoyer un e-mail pour savoir à quelle adresse postale renvoyer une version imprimée par vos soins si vous choisissez cette solution.)

Il est anonyme ; seule une première question sur l’âge permet de distinguer, en gros, les lycéens, les jeunes étudiants, les jeunes adultes et les plus de 35 ans. Il se compose de sept questions, dont une seule est ouverte, conduisant à 38 variables d’analyse ; mais malgré ce chiffre le temps de remplissage est inférieur à cinq minutes. L’ensemble est un heureux compromis entre le détail et la concision.

Deux questions (la première et la quatrième) visent à situer la position de la personne qui répond, d’une part quant à sa connaissance de Charles Maurras, d’autre part quant à sa connaissance du site. Ce sont des échelles simples, allant par degrés successifs du néophyte à l’expert.

Deux questions (la seconde et la troisième) précisent l’image que le répondant se fait de Charles Maurras et les centres d’intérêt qu’il privilégie dans son œuvre ; symétriquement, les cinquième et sixième questions visent à décrire les attentes et les besoins vis à vis du site.

Enfin, la dernière question est un appel aux bonnes volontés.

Les échelles d’opinion

La seconde question porte sur une série de huit opinions issues du dépouillement de plusieurs séries d’entretiens à bâtons rompus ; elles constituent un résumé de ce qu’expriment, ici les maurrassiens fidèles, là les lecteurs critiques. En revanche, nous avons éliminé de notre sélection les propos à l’emporte-pièce ne relevant que de la malveillance ou du dénigrement stérile. Les questions sont numérotées ci-dessous en référence à la version papier du questionnaire :

Quatre de ces opinions sont univoques, deux étant clairement positives :

  • Q2 – Maurras reste notre Maître et sa pensée est toujours aussi actuelle
  • Q8 – Il faut agir pour la réhabilitation de Maurras et la révision de son procès

les deux autres étant négatives :

  • Q3 – Maurras a écrit trop de choses impubliables aujourd’hui
  • Q6 – Maurras donne aujourd’hui une trop mauvaise image du royalisme

Les quatre autres formules proposent un balancement de deux propositions,

l’une avec la conjonctive et :

  • Q4 – Maurras appartient désormais au passé et il faut l’aborder en historien

les trois autres avec la conjonctive mais :

  • Q1 – Maurras est intéressant mais ce n’est pas le seul penseur royaliste ;
  • Q5 – Maurras doit être actualisé mais reste irremplaçable pour comprendre le monde ;
  • Q7 – Maurras s’est planté mais son œuvre est infiniment riche et précieuse.

Pour chaque opinion proposée, l’enquêté est invité à se situer sur une échelle à cinq positions :

  • 1 – Tout à fait d’accord
  • 2 – Plutôt d’accord
  • 3 – Neutre, sans préférence
  • 4 – Plutôt pas d’accord
  • 5 – Pas du tout d’accord

Les numéros d’ordre ont été choisis de façon à présenter une certaine alternance : une personne aux attitudes très tranchées sera ainsi amenée à passer plusieurs fois d’un bout à l’autre de l’échelle, ceci pour éviter tout risque d’hysterésis dans les réponses. Dans le même ordre d’idées, les formulations ont été volontairement accentuées, voire rendues provocantes, pour éviter l’accumulation des réponses sur la modalité centrale et pour que les cas réels d’indifférence ne soient pas, par réflexe de courtoisie, traduits en déclarations d’accord.

Premiers résultats

Il faut insister sur le fait que les chiffres présentés ci-dessous ne sont qu’une illustration de ce que l’enquête pourra fournir comme enseignements. Notre premier échantillon est d’une part trop petit, d’autre part trop particulier dans sa composition, pour que les résultats puissent avoir une valeur normative. Néanmoins ils sont suffisants pour entrevoir la nature des conclusions qui pourront se dégager d’un échantillon plus important et plus diversifié, ainsi que les réflexions que l’on pourra en tirer, tant sur la perception des idées maurrassiennes que sur les attentes exprimées vis-à-vis du site.

1 – Enseignements des questions d’opinion sur la première vague d’enquêtes

Les huit questions d’opinion ont été classées comme suit, de la mieux acceptée à la plus rejetée :

Q2 – Maurras reste notre Maître et sa pensée est toujours aussi actuelle
1.70
Q1 – Maurras est intéressant mais ce n’est pas le seul penseur royaliste
1.86
Q5 – Maurras doit être actualisé mais reste irremplaçable pour comprendre le monde
2.07
Q8 – Il faut agir pour la réhabilitation de Maurras et la révision de son procès
2.11
Q7 – Maurras s’est planté mais son œuvre est infiniment riche et précieuse
3.66
Q3 – Maurras a écrit trop de choses impubliables aujourd’hui
3.80
Q6 – Maurras donne aujourd’hui une trop mauvaise image du royalisme
4.18
Q4 – Maurras appartient désormais au passé et il faut l’aborder en historien
4.30

 

Ces réponses, recueillies sur un échantillon de jeunes militants a priori fiers d’arborer une fidélité sans faille à leur Maître, révèlent une coupure particulièrement nette entre quatre items fortement acceptés et quatre autres fortement refusés. En particulier, sur le dernier d’entre eux (Q4) le terme « historien », associé il est vrai au mot « passé », se révèle très négativement connoté. De même en Q7 la qualification élogieuse « infiniment riche et précieuse » ne parvient pas à contrebalancer le trivial « il s’est planté ». En revanche en Q1 et Q5 les expressions restrictives « n’est pas le seul » et « doit être réactualisé » sont bien acceptées et ne pénalisent pas l’ensemble de l’appréciation.

Mais ce qui est plus intéressant, et qui permet d’esquisser une cartographie des représentations que l’on peut se faire de Maurras, c’est la manière dont s’articulent proximités et antinomies entre ces huit opinions, et comment se dessinent des types homogènes de répondants par rapport à ces mêmes proximités et antinomies.

Voici d’abord les plus fortes corrélations observées (en valeur absolue décroissante) :

Q2 contraire de Q4
Opposition entre « actuelle » et « passé »
- 0.68
Q3 semblable à Q4
Assimilation entre « passé » et « aujourd’hui dépassé »
0.54
Q4 semblable à Q6
Même idée, avec en plus la « mauvaise image »
0.49
Q5 contraire de Q4
Opposition entre « passé » et « irremplaçable »
- 0.46
Q2 semblable à Q8
"Actuelle » implique « réhabilitation »
0.46
Q2 contraire de Q6
Le « Maître » ne saurait avoir une « mauvaise image » !
- 0.40
Q2 semblable à Q5
Le « Maître » est forcément irremplaçable !
0.40

 

Les autres corrélations sont (en valeur absolue) inférieures à 0.40 et pour nombre d’entre elles non significativement différentes de zéro. Il n’y a pas de collinéarités flagrantes ; ainsi Q2 et Q4, qui sont les deux opinions extrêmes du classement (la plus unanimement acceptée et la plus unanimement rejetée) forment le couple le plus négativement corrélé, ce qui est logique, mais à un niveau très moyen.

1.1 – Composantes principales

De la matrice des corrélations se dégage un axe très bien marqué qui oppose fortement les opinions favorables (Q2, puis Q8 et Q5) aux opinions défavorables (Q4, puis Q3 et Q6). C’est ce qu’on pourra appeler le facteur « d’adhésion synthétique ». Les deux opinions Q7 et Q1, surtout cette dernière, se situent au milieu, dans une zone neutre près du barycentre de l’échantillon.

Deux autres facteurs apparaissent légèrement significatifs mais leur interprétation reste fragile. Ils font intervenir tous les deux, et fortement, les opinions Q1 et Q7 délaissées par le premier facteur, l’un en les rapprochant, l’autre en les opposant. Dans le premier cas l’axe semble opposer un regard purement historique (rejouer la vie de Maurras, pour comprendre et réhabiliter) à un regard tourné vers l’action (en quoi Maurras peut-il nous aider ici et maintenant) ; les personnes qui cumuleraient les deux démarches, ou ne verraient entre elles aucun antagonisme, seraient alors regroupées au centre. Dans le second cas, l’opposition se situerait, aussi bien au sein des historiens qu’au sein des prospectivistes, entre les tenants du « seul Maurras » et ceux d’une problématique royaliste plus globale.

Coordonnées des opinions sur les composantes principales :

(corrélations entre variables et facteurs ; l’orientation n’a pas de signification)

Adhésion Synthétique
Histoire versus Prospective
Maurras versus Royalisme
Q1
- 0.10
0.69
- 0.55
Q2
- 0.82
0.01
0.20
Q3
0.70
0.21
0.35
Q4
0.83
- 0.37
- 0.01
Q5
- 0.55
0.30
0.32
Q6
0.66
0.06
0.21
Q7
0.36
0.65
0.46
Q8
- 0.57
- 0.22
0.45

 

1.2 – Typologie des opinions

Quatre groupes assez bien distincts se dégagent de l’analyse.

L’ordre dans lequel ils apparaissent dans le tableau ci-dessous ne se retrouve sur aucune des huit opinions ni sur l’un des trois facteurs, et n’a pas de signification particulière. En fait les groupes sont rangés dans l’ordre inverse de leur apparition au fur et à mesure de la construction de l’arbre de classification. Les groupes 3 et 4 sont les plus nombreux ; ce sont des noyaux durs qui se forment dès les premiers appariements, alors que les groupes 1 et 2 fédèrent des électrons libres qui ne s’agrègent qu’en fin d’opération.

Rien n’indique que ces groupes se conserveront, en nombre comme en contenu, quand l’effectif de la population répondante augmentera, et que l’interprétation qu’on peut en faire à ce stade gardera quelque sens. L’exercice est néanmoins intéressant.

Les deux groupes dominants présentent, nombre oblige, des valeurs très proches des moyennes d’ensemble. Ils se différencient essentiellement sur Q8, et par nuances sur quelques autres opinions. Tous affirment leur attachement et leur fidélité, mais les « modernes » montrent plus d’attention à la compréhension du monde actuel, alors que les « classiques » pensent d’abord à la révision du procès et à la réhabilitation.

Les deux groupes dissidents sont d’une part les « bonnetistes » (allusion peut-être rapide à Blanc de Saint Bonnet…) ; ils sont très tournés vers l’histoire, pensent que Maurras a pu se tromper et en tous cas n’est pas la seule référence à étudier, mais qu’il convient de lui rendre justice.

À l’inverse, les « sceptiques » prennent leurs distances, admettent que Maurras puisse être dépassé, qu’en tous cas il est prudent de ne pas trop l’afficher et qu’il vaut mieux laisser son souvenir en paix, que c’est désormais l’affaire des historiens.

Valeurs moyennes des opinions et des facteurs sur les quatre types :

 
Bonnetistes
Sceptiques
Modernes
Classiques
Ensemble
Q1
1.40
2.33
1.60
2.06
1.86
Q2
1.40
3.17
1.53
1.44
1.70
Q3
3.00
2.33
4.13
4.22
3.80
Q4
5.00
2.17
4.60
4.56
4.30
Q5
2.00
3.17
1.73
2.00
2.07
Q6
4.40
2.83
4.13
4.61
4.18
Q7
1.60
3.50
3.80
4.17
3.66
Q8
1.40
3.00
3.00
1.28
2.11
F1
0.10
- 1.99
0.13
0.53
0
F2
- 1.41
0.68
- 0.37
0.48
0
F3
- 1.10
0.02
0.52
- 0.13
0

2 – Classement par ordre d’intérêt des différents aspects de l’œuvre maurrassienne

Attention : ces réponses reflètent les attentes et les connaissances propres à la première vague de répondants et n’ont aucune valeur intrinsèque. Elles sont cependant assez contrastées pour être regardées avec intérêt. Pour prendre quelque consistance, elles devront être croisées avec les types précédemment esquissés ; mais l’échantillon dont nous disposons est trop réduit et trop circonstanciel pour permettre dès à présent ce genre d’exercice.

L’échelle utilisée est une moyenne quadratique variant entre zéro et 2.

La doctrine royaliste d’Action Française
1.85
La décentralisation et le fédéralisme
1.75
La philosophie politique et l’anthropologie
1.62
La politique étrangère
1.46
La vie politique sous la IIIe République et la guerre de 1914
1.29
La question religieuse
1.27
La stratégie royaliste
1.26
La formation des idées du jeune Maurras
1.12
La critique littéraire
1.07
Athènes, Rome, la Méditerranée
1.04
La Provence et le Félibrige
0.97
L’Occupation et le procès
0.95
La poésie
0.81
Martigues, les souvenirs et la maison du Chemin de Paradis
0.52

 

Manifestement, nous avons affaire à un échantillon de militants désireux de se former à l’action politique en priorité ! Les souvenirs de Martigues, l’œuvre poétique de Maurras et la période de Vichy ne les touchent guère ; la latinité à peine un peu plus. À l’inverse, la décentralisation, mais sortie de son contexte provençal ou méditerranéen, occupe la seconde place en haut du tableau.

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De sel et d’eau

par Nicolas le 7 novembre 2008

Sans doute ce texte assez court sur Joseph d’Arbaud n’a pas d’importance particulièrement marquée. Il a néanmoins sa place dans Poésie et Vérité : ce qui y est en cause, c’est bien, encore et toujours, ce qui constitue la poésie et le classicisme pour Maurras : une certaine adéquation de ce qui est dit et de ce qui est, ou de ce qui est senti avec la manière dont l’émotion est rendue par les vers ou les mots.

Si Joseph d’Arbaud, dont il faut bien dire qu’il n’est plus guère lu, est si grand poète aux yeux de Maurras, c’est parce qu’il réalise la synthèse d’une terre, d’un peuple et de son expression, ensemble rendu dans la formule empruntée à Mistral : la poésie est ici coumparitudo des hommes qui s’expriment dans une langue et du sol qui les a vus naître.

Notre-Dame de Caderot

Et s’il fallait un charme supplémentaire à ce petit texte, l’historiette liminaire du bœuf qui traverse l’étang de Berre pour venir découvrir les reliques de Notre-Dame de Caderot suffirait, rapportée par un Maurras qui y rajoute quelque ironie attendrie pour les rives qui lui sont chères.

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