Les colonies du point de vue empirique

« Ce vocabulaire sentimental présente assez mal la question. Voyons les faits. »

Voilà, sur le sujet des colonies, un texte tiré des Cahiers de la république des lettres en 1928, et qui résume non seulement les préoccupations de Maurras sur ce sujet, mais qui illustre aussi comment sa démarche est comprise.

Car comment expliquer que l’on nous rabatte si souvent les oreilles du fameux empirisme organisateur, dont Maurras parle somme toute très peu, sinon dans les Trois Idées politiques ? Sans doute une certaine fossilisation de la lecture de Maurras en est responsable. Mais cette fossilisation même, où a-t-elle bien pu prendre sa substance ? au point qu’on entend parfois parler de l’empirisme organisateur comme si Maurras y avait consacré des volumes entiers, comme s’il l’avait théorisé de la même manière que le matérialisme historique l’a été par Marx ou le « libéralisme » — au sens anglo-saxon — par Rawls ? → Lire la suite de Les colonies du point de vue empirique” »

En Arles, aux temps de Trophime

Qui était ce Trophime, compagnon de Lazare, arrivé en Provence avec les saintes Maries, donné comme premier évêque d’Arles ? Fut-il, de par des polémiques savantes ou naïves, et à l’instar de Marie-Madeleine, un ou plusieurs personnages ? Les écrits ne s’accordent guère entre eux, et le font voyager de plusieurs siècles d’un coup, en cette antiquité romaine où l’histoire de la Provence n’était pas consignée dans les archives reliées du bulletin des débats d’une Assemblée…

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Souvenirs de lettré

On connaît la maxime célèbre de Confucius à qui l’on demandait quoi faire face au désordre et à la décadence : « restaurer les dénominations ». Mais l’on pourrait citer Maurras plutôt que Confucius :

Nous devons maintenir qu’en un âge où la parole imprimée ou sonore tient une place si considérable, il importe que le plus grand nombre de Français sachent le sens des mots qu’ils emploient : cela ne se peut sans le grec et le latin. Nous devons obtenir qu’en une heure où les technicités professionnelles enfoncent de plus en plus l’esprit des hommes dans les spécialités les plus étroites, une vaste culture générale soit le plus répandue possible ou l’immense majorité ne s’entendra plus parler ni penser : cette culture ne se peut pas non plus sans latin ni sans grec.

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Mon cœur est-il bien le centre du monde ?

Telle est la question qui sommeille en chacun de nous et dont l’éveil est mortifère. Maurras moque cet emballement de la sensibilité chez des auteurs comme la comtesse de Noailles ; il l’aura dénoncé en politique toute sa vie durant ; et dès son plus jeune âge, depuis la nuit du Tholonet, il en fait un thème récurrent de sa réflexion anthropologique.

L’un des contes du Chemin de Paradis, le second de la série « Voluptés », Eucher de l’île, est à ce propos sous-titré la naissance de la sensibilité. On y voit un rude pêcheur de Martigues nommé Eucher devenir sur le soir de sa vie un fin rhéteur, qui s’attendrit sur lui-même, puis tombe sous l’emprise totale de ses sentiments incontrôlés jusqu’à s’en donner la mort. Car, comme l’explique l’apparition marine qui le fascine :

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Anna de Noailles

Adorée de tous, mais moins qu’elle ne s’adorait elle-même ?

Contemporaine de Maurras, dont elle est de huit ans la cadette, la comtesse Anna de Noailles connut de son vivant une grande célébrité.

La postérité lui fut moins favorable. Elle aurait pu devenir une icône incon­tournable du féminisme, des droits de l’homme, ou de l’intégration des immigrés (elle était mi-Grecque, mi-Roumaine). D’autres qu’elles aujourd’hui occupent ces places. Certes, quelques rues, quelques collèges portent son nom, mais on aurait pu s’attendre à mieux. D’où vient cette relative désaffection ? → Lire la suite de Anna de Noailles” »

Le grand homme de Saint-Omer

Polytechnicien, cinq fois président du conseil, académicien au fauteuil 16 qui sera plus tard celui de Charles Maurras, cumulant tour à tour honneurs, mandats, fonctions et distinctions, Alexandre Ribot fut pendant trente ans un personnage incon­tournable de la troisième République.

Quel souvenir aura-t-il laissé ? Peu de chose à vrai dire, car son positionnement de républicain modéré, oscillant entre le centre et le centre droit, ne le conduisit jamais à être au premier rang des grands bouleversements politiques de cette période. On garde la mémoire des instigateurs, des meneurs, comme Jules Ferry, Clemenceau, Waldeck-Rousseau ou Jean Jaurès, non celle des opposants qui finissent toujours peu ou prou par se retrouver minoritaires et se rallier.

Peu de chose également car les talents d’Alexandre Ribot furent surtout oratoires, et ne laissèrent donc guère de traces. Peu de chose, enfin, parce que son action diplomatique en faveur de l’alliance russe et de l’alliance anglaise, bien que déterminante en son temps, ne survécut pas au séisme de 1914. En conséquence, plus personne aujourd’hui ne sait qui fut Alexandre Ribot, sauf peut-être les habitants de Saint-Omer, sa ville de naissance dont il fut député, puis sénateur, pendant plus de quarante ans.

Maurras qualifia plusieurs fois son action et son personnage de « funeste ». Et lorsque Ribot meurt, le bilan de sa vie politique que dresse Maurras dans L’Action française du 15 janvier 1923 n’est guère flatteur. Un seul point, il est vrai crucial, est mis à son actif : celui d’avoir déjoué, en septembre 1917, un projet de paix séparée avec l’Allemagne, auquel Briand était prêt à donner suite.

Quelques jours après cette publication, Marius Plateau était assassiné. Et quelques semaines plus tard, après un vote disputé, l’Académie française accueillit en son sein Charles-Célestin-Auguste Jonnart, au détriment de Charles Maurras. Or Jonnart, outre qu’il n’avait jamais rien écrit, est natif de Saint-Omer et fut en quelque sorte le protégé d’Alexandre Ribot…

La notice nécrologique d’Alexandre Ribot fut reprise en 1928 dans le recueil Les Princes des Nuées.