Blasphèmes véniels et blasphème fatal

Nous poursuivons la publication des contes du Chemin de Paradis avec aujourd’hui le premier d’entre eux, premier de la série des « Religions » : Le Miracle des Muses, où Maurras met en scène le sculpteur Phidias, devenu amer et jaloux tant de la vilénie des hommes que de la perfection des Dieux qu’il a lui-même ciselés, au point de dénier à son art toute inspiration divine, ce dont il est immédiatement puni.

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Mon cœur est-il bien le centre du monde ?

Telle est la question qui sommeille en chacun de nous et dont l’éveil est mortifère. Maurras moque cet emballement de la sensibilité chez des auteurs comme la comtesse de Noailles ; il l’aura dénoncé en politique toute sa vie durant ; et dès son plus jeune âge, depuis la nuit du Tholonet, il en fait un thème récurrent de sa réflexion anthropologique.

L’un des contes du Chemin de Paradis, le second de la série « Voluptés », Eucher de l’île, est à ce propos sous-titré la naissance de la sensibilité. On y voit un rude pêcheur de Martigues nommé Eucher devenir sur le soir de sa vie un fin rhéteur, qui s’attendrit sur lui-même, puis tombe sous l’emprise totale de ses sentiments incontrôlés jusqu’à s’en donner la mort. Car, comme l’explique l’apparition marine qui le fascine :

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Quand les Sybarites périrent de plaisir

Nous commençons aujourd’hui la publication, qui se poursuivra sur plusieurs épisodes, des contes du Chemin de Paradis. Cette œuvre majeure de Charles Maurras est une collation de neuf textes publiés entre 1892 et 1894 dans diverses revues. Œuvre de jeunesse, de badinage philosophique, Le Chemin de Paradis se trouva bientôt au centre des attaques des démocrates-chrétiens qui y voyaient une entreprise païenne et blasphématoire. La réédition de 1921, et toutes celles qui suivirent, est expurgée des passages les plus « anti-chrétiens » et accompagnée d’une nouvelle préface (devenue ensuite postface) qui explique, justifie, relativise, minimise… mais cela ne fera pas taire la polémique, si bien qu’il est impossible désormais de lire ces Contes au premier degré, en faisant abstraction de toutes les interprétations que leur ont données admirateurs, contempteurs et exégètes.

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Mythe et Mystique d’une France ultra-profonde

Émile Pouvillon

Émile Pouvillon.

Imaginons une parcelle de France villageoise surgie des temps révolus, abyssale à force d’être rurale, profonde d’entre les profondes, fossile d’entre les fossiles. Plaçons-y des personnages plus enracinés dans leur terroir que les moules sur leur rocher, qui toute leur vie durant n’auront pas franchi la ligne d’horizon d’où l’on cesse de voir le clocher à l’ombre duquel on naît et meurt. Puis, de cette scène où rien ne se passe, où rien ne change, faisons un roman de mœurs…

C’est la gageure que s’était donnée un certain Émile Pouvillon (1840–1906), au temps du naturalisme triomphant. Mais alors que Zola situait ses créations dans le tourment de l’évolution, dans l’ébullition de la marmite sociale, Pouvillon les imagine près du zéro absolu, là où les corps chimiques ne révèlent que des proto-comportements, sa thèse étant sans doute que c’est là qu’on peut le mieux observer d’où nous venons et de quoi nous sommes faits…

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Baudelaire en Martigues

Le 15 septembre 1895, Charles Maurras qui est Parisien depuis dix ans évoque, dans la chronique littéraire de la Revue encyclo­pédique Larousse, les rémi­nis­cences baudelairiennes qui renaissent en lui lors de ses retours au pays natal :

Là, tout n’est qu’ordre et beauté
Luxe, calme et volupté.

Ainsi scande L’Invitation au voyage. Et cependant, Maurras fait ce qu’il peut pour chasser de lui-même ce « mauvais enchan­teur » de Baudelaire… Mais rien n’y fait. Ces vers, « autrefois aimés », qu’on veut morts « de vieillesse et d’ennui », reviennent et s’imposent, comme exhalés par le vent marin, les bosquets d’oliviers et les flottilles de pêcheurs. Maurras aura beau s’en défendre, plaider et argumenter, Baudelaire restera le plus fort. Mais tout jardin littéraire qui se respecte ne doit-il pas être parsemé d’îlots de plantes vénéneuses au charme fascinant ?

Ce très beau texte de 1895 sera connu du public vingt ans plus tard, lorsqu’il deviendra l’avant-propos de L’Étang de Berre. Il n’y porte pas de titre, et commence par des points de suspension. Nous lui avons donné un nom : Au flanc d’une colline.

Au flanc d’une colline est le premier des textes choisis en 1989 par le docteur Robert Fouque pour illustrer l’ouvrage On n’échappe pas à sa Terre qu’il donne à l’Association des Amis de la Maison du Chemin de Paradis. Nous vous en offrons quelques extraits, avec l’illustration d’Albert André pour L’Étang de Berre en 1927 :


Le système des poètes romans

Revue La Plume

Revue La Plume, couverture.

La Défense du système des poètes romans est parue dans une revue un peu particulière, à laquelle Maurras collabora dans les années 1890 : La Plume.

Revue « artiste » : il y en avait tant à l’époque ! Mais à lire simplement les sommaires de ce bimensuel, on reste impressionné : il n’est pas rare que l’on trouve dans le même numéro les noms mêlés de Paul Verlaine, Jean Moréas, Anatole France, Émile Verhaeren, Willy (qui y tenait une féroce rubrique de critique musicale), Maurice Barrès, Léon Bloy, Banville, Coppée, Félicien Rops, Aristide Bruant… Et tant d’autres, dont Charles Maurras, qui y défendit en particulier les conceptions poétiques de l’École Romane, groupée autour de Jean Moréas, lequel avait rompu difficilement avec le symbolisme pour revenir à une esthétique plus latine, sinon grecque, à partir de 1891-92.